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347 - « L’Institution de la religion chrétienne » de J. Calvin. IV. 18. La messe profane la cène du Seigneur (suite)
14. Le sacrifice du Christ ne peut en aucune façon être répété
C’est donc jeter un opprobre et prononcer un blasphème intolérable contre Jésus-Christ et son sacrifice, accompli par sa mort sur la croix, que de répéter un sacrifice avec la pensée d’en acquérir la rémission des péchés, de se réconcilier avec Dieu et d’obtenir justice.
Vous avez vu, lecteur, dans le chapitre précédent, comment je ne
m’accorde, ni avec la doctrine de Calvin, ni, à plus forte raison, avec celle des catholiques. Dans cette phrase je mettrais, en remplaçant et ajoutant : « ... contre Jésus-Christ
et son œuvre libératrice, ... que de répéter un sacrifice dans le sens primitif juif, avec la pensée… »
De même, ce mot de « sacrificateur » ne convient plus :
C’est pourquoi je conteste que les prêtres du pape soient des sacrificateurs légitimes… Car Jésus-Christ est le seul Sacrificateur de la nouvelle alliance, sur qui tous les sacrifices anciens ont été transférés, comme c’est en lui que ceux-ci ont pris fin.
L’offrande de Jésus à Dieu est avant tout spirituelle : c’est son message, sa vie entière et les risques qu’il y a pris, jusqu’au risque final.
15. L’usage de la messe rejoint celui des sacrifices païens
Il y a un beau passage de Platon, au deuxième livre de la République, où il montre que cette pratique perverse existait chez les païens. Il dit que les [pécheurs de toutes sortes] pensaient pouvoir effacer la mémoire des crimes en faisant chaque année une sorte de cérémonie et en payant une rente annuelle. Ce philosophe païen se moque de leur folie, en s’imaginant payer Dieu avec une telle monnaie.
16. Les sacrifices d’actions de grâces dans la Bible
Dans l’autre catégorie des sacrifices, les sacrifices d’actions de grâce, se trouvent les actes empreints d’amour qui, accomplis envers nos prochains, le sont aussi, dans une certaine mesure, envers Dieu qui est ainsi honoré dans ses membres. Il y a aussi dans cette catégorie nos prières, nos louanges, nos actions de grâces, et tout ce que nous accomplissons pour servir et honorer Dieu.
16. Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?
(I Corinthiens 3.)
12.13. Et nous avons tous été baptisés d’un même esprit, pour former un même corps …… 23. Tout est à vous, vous à Christ, Christ à Dieu. (I Corinthiens 12)
Le mot membre : La grande idée de Paul, c’est que nous sommes le corps du Christ
(I Corinthiens 12. 12 à 31) ; en réalité, c’est un corps uniquement humain, pour les unitariens, corps habité de l’Esprit.
Cette sorte de sacrifice n’a pas du tout pour but d’apaiser la colère de Dieu, d’obtenir la rémission des péchés ou de mériter et d’acquérir la justice ; elle tend seulement à magnifier et à glorifier Dieu ; elle ne peut lui être agréable que si ces sacrifices proviennent de ceux qui, ayant obtenu la rémission de leurs péchés, sont déjà réconciliés avec lui et justifiés par Christ.
Car depuis le lever du soleil jusqu’à son couchant, mon nom est grand parmi les nations. En tout lieu, on brûle de l’encens en l’honneur de mon nom et l’on apporte
une offrande pure ; car grand est mon nom parmi les nations, dit l’Eternel des armées.
(Malachie 1. 11)
Paul … a ainsi envisagé une forme spirituelle de servir et d’honorer Dieu qui s’oppose, tacitement, aux sacrifices charnels de la Loi mosaïque.
Je prend seulement conscience maintenant, moi qui ai surtout relu les Evangiles depuis quelques années, que le grand écrivain du Nouveau Testament, après les Evangiles, c’est Paul, et c’est sa pensée qui est responsable en grande partie de l’interprétation des Evangiles, en bien comme en mal. En effet, en regardant la table des matières, je m’aperçois –seulement maintenant !- que, si les Evangiles règnent de la page 1 à 104 (103 pages), Paul règne de la page 134 à 205 (71 pages), soit près des trois quarts en quantité, le reste ne prenant que de la page 205 à la page 219 (14 p.), entre autres sans idée de sacrifice, l’Apocalypse non compris (219 à 232, soit 11 p.) !
C’est pourquoi il me semble indispensable de revoir ce corpus de textes pour retrouver une lecture correcte des Evangiles, en particulier à propos de l’idée de sacrifice. Ainsi regardez ce passage : Hébreux 13. 11-12
Les corps des animaux, dont le grand-prêtre apporte le sang au sanctuaire pour l’expiation du péché, sont brûlés hors du camp. C’est à cause de cela que Jésus lui-même a souffert hors des portes de Jérusalem, afin qu’il sanctifiât le peuple par son propre sang.
Voilà retrouvé le sacrifice primitif juif d’animaux pour l’expiation des péchés. C’est intolérable pour plusieurs raisons, dont la première est que Jésus n’a jamais offert sa vie en sacrifice, au contraire, et qu’il a certainement quelque chose à dire là-dessus, comme je l’ai déjà plusieurs fois rappelé. (et, de plus, ce ne devait pas être la raison authentique pour laquelle Jésus avait été sacrifié là.)
Heureusement que Paul continue différemment le texte, et c’est cette partie-là que Calvin rappelle (16) :
13. Sortons donc du camp pour aller à Lui, en portant son opprobre. 14. En effet nous
n’avons point ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir. 15. Offrons sans cesse à Dieu par Lui un sacrifice de louanges, c’est à dire l’hommage de nos lèvres
confessant son nom. 16. N’oubliez pas non plus la bienfaisance et la libéralité, car c’est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir. (Hébreux 13.) (Philippiens 4. 18 ; I Pierre 2.
5)
17. Le sacerdoce appartient à chaque chrétien
Dans l’ancien Testament nous avons partout actions de grâces et louanges à Dieu, nous dit Calvin (Psaumes 141. 2 ; Hébreux 13. 15)… mais voici ce qu’il ne dit pas et que je découvre aussi par hasard, c’est à dire une plus grande partie des citations qu’il indique :
13. Ai-je besoin de manger la chair des taureaux,
Ou de boire le sang des boucs
14. Pour sacrifice offre à Dieu tes louanges…
23. Celui qui offre comme sacrifice la louange,
me glorifie ;
Et à celui qui veille sur sa conduite
je ferai contempler la gloire de Dieu.
(Psaumes 50. 23)
_______________________________________________
16. Délivre-moi du sang versé, ô Dieu, Dieu de mon salut !
Alors ma langue célèbrera ta justice.
17. Seigneur, ouvre mes lèvres,
Et ma bouche proclamera tes louanges.
18. Car tu ne prends pas plaisir aux sacrifices.
Autrement je t’en offrirais.
19. Le sacrifice agréable à Dieu, c’est un esprit brisé.
O Dieu tu ne méprises pas le cœur contrit et brisé !
20. Fais du bien à Sion, dans ta grâce ;
Edifie les murs de Jérusalem.
21. Alors tu prendras plaisir aux sacrifices
prescrits par la Loi,
22. A l’holocauste et aux victimes entières
23. Alors on immolera des taureaux sur ton autel.
(Psaumes 51. 21)
Nous t’offrirons en sacrifice l’hommage de nos lèvres. (Osée 14. 3)
Cette sorte de sacrifice se trouve forcément dans la cène de notre Seigneur, par laquelle nous annonçons et rappelons la mort du Seigneur…
Ainsi toutes les fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez de cette coupe, vous rappelez la mort du seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. (I Corinthiens 11. 26)
L’œuvre libératrice de Jésus est aussi sacrifice de sa part, comme beaucoup d’œuvres créatrices. Donc je préfère : « vous rappelez l’oeuvre libératrice de Jésus » au rappel du meurtre de prêtres assoiffés de pouvoir, alliés d’un peuple idolâtre de ses chefs, rempli de l’esprit d’autorité, conformiste, obéissant dans sa primitive bêtise.
…et, formulant des actions de grâces, nous ne faisons rien d’autre qu’offrir un sacrifice de louange.
Mais vous, vous êtes la race élue, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis, afin que vous annonciez les vertus de Celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière. (I Pierre 2. 9)
Jésus-Christ, Médiateur, intercède pour nous…
En réalité, homme, Roi et Juge, je ne sais si c’est son rôle principal ; en tous cas, il est notre « Chemin »… et celui du pardon, par la foi.
En résumé, il est celui « qui a fait de nous un royaume de sacrificateurs. »
A celui qui nous a fait rois et prêtres pour Dieu son Père, à Lui soient la gloire et la force, au siècle des siècles ! Amen. (Apocalypse 1. 6)
18. Il faut rejeter la messe et ses abus
les gains illicites et malhonnêtes que font de tels sacrificateurs par leurs « missations » (note : terme moqueur pour désigner l’acte de célébrer la messe).
19. Résumé de la doctrine des sacrements
Le baptême est quasiment comme l’entrée dans cette Eglise et l’occasion d’une première confession de foi ; la cène est comme une nourriture permanente dont Jésus-Christ rassasie spirituellement ses fidèles. Comme il n’y a qu’un Dieu, qu’une foi, qu’un Christ et qu’une Eglise qui est son corps, il n’y a qu’un baptême qui ne se renouvelle jamais (Ephésiens 4. 4-6). En revanche, la cène est distribuée souvent, afin que ceux qui ont été reçus une fois dans l’Eglise et qui y ont été incorporés comprennent qu’ils sont continuellement nourris et rassasiés de Jésus-Christ.
Il n’y a pas d’autre sacrement institué par Dieu.
Personne n’a été le conseiller de Dieu et ne peut donc parler de son propre chef en son nom.
Un sacrement ne peut pas exister sans promesse de salut.
20. Le baptême et la cène doivent suffire à l’Eglise
Nous voyons combien les sacrements, étant donné la pratique d’aujourd’hui, ont dégénéré de leur simple pureté. On aperçoit beaucoup plus qu’il ne faudrait de pompes, de cérémonies, de comédies, mais on ne cite ni ne tient compte de la Parole de Dieu, sans laquelle les sacrements eux-mêmes ne sont pas des sacrements.
J’ajouterai à propos de la cène : Paul a pu salir l’esprit de la cène, car il avait très ancré en lui l’idée du sacrifice expiatoire, à l’image des anciens
sacrifices juifs d’animaux contre l’expiation des péchés du peuple.
Or Christ n’a à aucun moment voulu sa mort (la parabole du meurtre du fils du vigneron), et n’a jamais dit nulle part, à fortiori, que ce meurtre était « un
sacrifice expiatoire » ; il veut que par ce sacrement nous renouvelions fidèlement, par le souvenir de son nom, la confession de notre foi et que nous prenions le Chemin de
vie.
Luc 22. 7. à 23 : Ayant pris une coupe et rendu grâces, il dit : Prenez ceci, et partagez-le entre vous… Puis il prit du pain, et après avoir rendu grâces, il le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. De même, après avoir soupé, il leur donna la coupe en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous.
Marc 14. 12 à 25 : … « Prenez, ceci est mon corps. » Ayant aussi pris la coupe et rendu grâces, il la leur donna, et ils en burent tous. Puis il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs…. » Matthieu est le seul qui ajoute (26. 29) : « pour la rémission des péchés :
« En effet, en faisant un saut dans le raisonnement, une contraction (du « chemin » enseigné à la victime propitiatoire, il nous amène à faire une fausse déduction, à penser que c’est la mort qui est la cause du pardon, ce qui serait un contresens absolu (Dieu nous pardonnerait parce que nous avons tué son fils !) et non le message livré courageusement jusqu’à la mort1.. »
Il faut interpréter les paroles de Matthieu comme ceci en les mettant sous une triple condition : Si nous avons la foi, si nous suivons le Chemin, si Dieu l’accorde dans sa grâce, nous aurons alors la rémission de nos péchés. En effet, la promesse est pour les croyants fidèles et élus.


