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346 - « L’Institution de la religion chrétienne » de J. Calvin. IV. 18. La messe profane la cène du Seigneur (suite et commentaire)
13. Les divers sacrifices selon l’Ecriture
Le nom de « sacrifice » : [selon] les Grecs, ce qui est, d’une façon générale, offert à Dieu.
Les différents sacrifices de l’Ancien Testament peuvent être regroupés en deux catégories. Ou il était fait pour le péché comme satisfaction afin de racheter une faute devant Dieu (sacrifices de propitiation ou d’expiation), ou il était un signe du service divin et comme un témoignage de l’honneur qui était dû à Dieu (sacrifices destinés à honorer Dieu et à lui exprimer du respect). Cette seconde catégorie comprenait trois genres de sacrifices, tous destinés à exprimer le respect éprouvé pour son nom : supplication… louange… renouveler la mémoire de son alliance. Voilà pourquoi il faut rapporter à cette seconde catégorie ce qui est nommé, dans la Loi, « holocauste », « libation », « oblation », « premiers fruits » et les « sacrifices de communion ».
Tu offriras chaque jour un jeune taureau, en sacrifice pour l’expiation des péchés, tu purifieras l’autel par cette expiation et tu l’oindras pour le consacrer. (Exode 29. 36)
Le sacrifice d’expiation est fait pour apaiser la colère de Dieu, satisfaire sa justice et, ce faisant, purifier et éliminer les péchés, afin que le pécheur, lavé de ses souillures et étant de nouveau comme pur et juste, rentre en grâce auprès de Dieu. Les sacrifices qui étaient offerts, sous la Loi, pour effacer les péchés étaient appelés ainsi, non parce qu’ils étaient suffisants pour effacer l’iniquité ou réconcilier les êtres humains avec Dieu, mais parce qu’ils figuraient le vrai sacrifice qui a finalement été accompli de façon réelle par Jésus-Christ et par lui seul, car aucun autre ne pouvait le faire. Ce sacrifice a été offert une seule fois…Autrement dit, tout ce qui était nécessaire pour nous réconcilier selon la grâce du Père, pour obtenir la rémission des péchés, la justice et le salut, tout cela a été fait, réalisé et accompli par son seul et unique sacrifice…
Je reprends ici une nouvelle fois ma critique du sacrifice expiatoire à propos de Jésus, qui a comme origine les tout premiers débuts de l’Ancien Testament, comme on le voit dans les propos ci-dessus de Calvin et sa citation.
Je rappelle d’abord le déchirement interne de tout être humain, placé entre ciel (les exigences spirituelles et morales de son âme) et terre (son instinct vital d’animal), avec la liberté tragique que lui a accordée Dieu.
Toute son histoire témoigne qu’il ne peut et ne pourra jamais résoudre ce conflit interne, car s’il opte pour le « ciel » c’est la croix qui
l’attend. Voilà son choix : la croix (Antigone, Don Quichotte) ou l’animalité qui le constitue en grande partie ( l’auge. Sancho Panza. La consommation à n’en plus pouvoir.)
Face à cela, les humains, dès l’aube de l’humanité, ont inventé un rituel qui puisse perpétuellement laver leur âme de leur animalité ; c’est celui du sacrifice expiatoire. Il fut d’abord humain (Abraham et Isaac, Agamemnon et Iphigénie), puis animal.
Avec Caïphe et le Sanhédrin face à Jésus (Jean 11. 47 à 54), on revient à ces anciens sacrifices humains que l’on croyait abolis, en échange de l’unité de l’Eglise, fondée sur la pensée unique, sous l’égide d’hommes de pouvoir, d’arrivistes (mais le fond mauvais de l’homme n’est jamais aboli… il peut dormir, comme le retour des Indulgences simoniaques –remise du péché à la place de Dieu- promises aux jeunes catholiques contre un pèlerinage ou un autre, par Benoît XVI, il n’y a pas si longtemps ; un troc des choses spirituelles, en somme.)
Ce sont donc ces hommes de pouvoir qui tuent Jésus, non consentant ; jamais, à aucun endroit dans les évangiles, consentant.
Jésus est un homme comme nous tous, un homme très grand, comme Moïse, Aristote ou Phidias, un prophète –le dernier, celui qui clôt l’ancien Testament, un roi spirituel, un Messie…Et là je fais une pose : il va falloir approfondir ce terme… mais pas un Dieu, pas Dieu, pas celui de la Trinité (dogme, un de plus, hélas, inventé par les hommes).
Son sacrifice : 1) Celui de sa vie au service des hommes :
Le Fils de l’homme n’a pas un lieu où reposer sa tête. (Matthieu 8. 19-20)
2) Celui du très grand risque qu’il prend pendant toute sa mission, et davantage encore pour mener son œuvre spirituelle jusqu’à Jérusalem, jusqu’au cœur du Temple, dans le but de la faire mieux connaître à ses frères, de la faire reconnaître « au sein des seins ».
Ce sacrifice « en continu », dirais-je, qui le mène tout naturellement à la croix.
Son sacrifice expiatoire ?
Certes pas à la manière de l’agneau immolé qui, comme dans les temps primitifs et par enchantement, supprime tout le péché des hommes –en somme une sorte de « troc » simoniaque, là encore-.
Mais comme celui qui offre une clé aux hommes : celle de son message, de l’exemple de sa vie. Par la foi en lui, c’est à dire, comme un cheval à qui l’on met des œillères, que l’homme ne regarde, fidèlement, que « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14. 6) ; c’est là tout ce qu’il peut faire… et pour le reste, pour toutes ses faiblesses, pour ses manquements, Dieu pourvoira.
Car Dieu aime les hommes : son parcours avec eux dans toute la Bible le prouve ; c’est bien simple : il ne peut se passer d’eux ! Il va d’alliance en alliance ; c’est quand même l’ouvrage dont il est le plus fier ! Il n’a qu’une seule exigence : les hommes doivent le reconnaître, sinon il les châtiera de la belle manière !
Car je suis l’Eternel ton Dieu, un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants… (Exode 20. 5)
Ces mots de « sacrifice » et de « sacrifice expiatoire » sont tellement chargés d’un sens corrompu, dévié, par l’histoire, que quelquefois je me demande s’il ne faudrait pas les rayer de notre vocabulaire pour en trouver d’autres, comme l’oeuvre libératrice de Jésus.
Le Messie, maintenant…L’Oint de Dieu, ou Christ
Rappel (Dictionnaire du N. T. de X. L. Dufour) : Le mot « Messie » vient de l’hébreu ( Mâchiah) et veut dire « Oint ». Il existe un doublet de ce terme en grec : Messias, et un autre terme grec de même signification : Kristos, pour le Christ.
Jésus est donc désigné « Christ » à son baptême par Dieu.
Jésus reste ici dans son rang d’homme, mais il est désigné par Dieu comme étant « mis à part », en quelque sorte, pour un destin supérieur à celui de ses frères… par amour (voir aussi la Transfiguration, révélation donnée aux disciples préférés
Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection ; écoutez-le
(Matthieu 17. 5).
Est ainsi réaffirmé, par le dernier terme du propos, le commandement de Jésus face à ses disciples. Jésus-Christ est donc bien roi.
Plusieurs viendront en mon nom, disant : « C’est moi qui suis le Christ » ( Marc 13. 5-6).
Le Messie est toujours aujourd’hui attendu par les Juifs : il doit être un sauveur d’abord terrestre, un roi, pour le peuple juif de l’Ancien Testament, puis, peu à peu, spirituel.
Maintenant quel va être son rôle exact ?
C’est Jésus lui-même qui va le préciser au fur et à mesure qu’il avance dans la conscience de lui-même, au fur et à mesure de l’avancée des Evangiles.
Nous constatons qu’il avance par tâtonnements ; il se situe d’abord par rapport à Jean le Baptiste, à Satan (la tentation), puis il voit sa puissance (les miracles), enfin il constate son intelligence nouvelle de la Loi face aux pharisiens, sa force spirituelle et son courage, tout en se référant constamment à « son Père ».
Mais c’est à la fin de son ministère, quand il prophétise, qu’il révèle ce qu’il pense de lui-même :
Alors on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées avec une grande puissance et une grande gloire… (Marc 13. 26-27)
Veillez donc ; car vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur doit venir.
(Matthieu 24. 42)
28. Lorsque tout cela commencera d’arriver, redressez-vous et levez vos têtes, parce que votre délivrance est proche. 33. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas…36. Veillez donc en tous temps et priez, afin que vous puissiez échapper à tout ce qui doit arriver, et que vous subsistiez devant le Fils de l’homme. (Luc 21)
Le Jugement de Dieu est donc inscrit ici en filigrane, jamais explicitement dit. La dernière ligne de la citation indique un choix de vie ou de mort.
Donc Jésus-Christ est bien l’élu de Dieu, son oint, le roi, non seulement terrestre, comme pour les Juifs anciens, mais essentiellement spirituel ; il l’est dans les cieux et sur la terre, car des cieux infinis découle la terre des hommes.
Il réalise pour les hommes le jugement de Dieu : A son apparition en gloire, ce sera le verdict : leur vie ou leur mort.
