255 - « L'Institution chrétienne » - II,7 - La Loi - Ah, la notion du sacrifice expiatoire !
Par le terme de « Loi », j'entends non seulement les Dix Commandements,
qui nous montrent comment vivre justement et saintement, mais toute la forme de culte que Dieu a instaurée par Moïse. Il leur rappelle cette alliance
gratuite que Dieu avait conclue avec leurs pères
Les aspects du rituel institué par la Loi ne sont que les ombres ou les figures de vérités correspondantes.
Ici, je me trouve embarrassée, une fois de plus, car, si je suis chrétienne, je ne suis pas calviniste[1]...
Mon point de vue : Jésus-Christ est venu après l' Ancien Testament, donc tous les bons croyants qui vivaient au temps de l' Ancien Testament, Moïse, David, etc...avaient connaissance de la Loi juive, mais pas de celles de Jésus-Christ. Et toutefois cela leur a suffi pour « être bien » avec Dieu. En réalité, dans l' Ancien Testament, Dieu n'a pas besoin de Jésus pour pardonner aux hommes ni pour leur accorder sa grâce quand il le décide.
Donc qu'est-ce que nous a apporté Jésus ? Il nous a fait partager ses découvertes : le but réel de la Loi de Moïse, c'est de nous aimer et de nous entendre, entre nous, les hommes, et avec Dieu. Il a donc aboli tout ce qui était figé dans la loi telle que la voyaient les Pharisiens, tout ce qui ne correspondait pas à la loi du coeur.
Il nous a fait comprendre que celui qui est vraiment touché par Dieu, qui est son « élu », sait aimer, et que, seulement alors, il peut progressivement arriver à respecter au mieux les dix commandements de Moïse.
Cela ne se fait pas par un coup de baguette magique.
Que veut dire sa crucifixion ? c'est que, par amour pour les hommes, avec un courage lucide, il a voulu porter son message jusqu'à Jérusalem, capitale qui symbolisait le pouvoir des Pharisiens, la volonté de pouvoir en tout homme.
Elle ne veut absolument pas dire qu'il est une victime expiatoire de nos péchés, ce que voulait faire croire Caïphe aux hommes (Jean 11. 47-53) : Tuez le maître de la vigne et vous serez les héritiers, selon la parabole des Vignerons (Matthieu 21.37-38).
Jésus simplement nous éclaire sur les possibilités du pardon entre nous et entre Dieu et les hommes. Il nous montre les voies de l'amour, comment être
serviteur de son prochain, il transfigure la Loi de Moïse, il la complète ; il nous donne la clé interprétative.
Ainsi, il en est de même de la Loi de Moïse ou de celles de Jésus, elles sont des découvertes à la fois dans le temps et hors du temps. Elles éclairent les hommes pour mieux vivre.
Ni Moïse, ni Jésus ne sont des dieux ni ne participent à la divinité ; ils sont parmi les meilleurs de nos frères supérieurs, ils sont des réceptacles de l' Esprit à moins que l'on ne fasse de Dieu quelque chose comme une essence qui soit partout et nulle part.
Calvin, lui, renverse la vapeur : Jésus, dès le commencement, éclaire tout. Il ne considère pas que le Messie attendu par les Juifs n'a pas encore de visage, dans l' Ancien Testament.
En réalité, on peut quand même s'entendre avec l'auteur, si l'on considère que la loi de Moïse préexistait à Moïse, comme celle de Jésus à Jésus, si l'on considère que l' Esprit, lui, est là dès les origines dans les hommes et qu'il les éclaire.
Reprenons le texte :
Nous ne pouvons nier que l'obéissance totale à la Loi a comme récompense la vie éternelle...La faiblesse de la Loi. Puisque cette obéissance n'existe en aucun de nous...à moins que nous recevions, par la foi, la grâce...Calvin dit aussi précédemment que nous recevons aussi la foi par grâce.
Augustin : L'amour, dit-il, procède de la connaissance ; aussi, pour aimer parfaitement Dieu, faut-il d'abord avoir connu sa bonté. Or pendant notre pèlerinage sur terre, nous ne la discernons que de façon obscure et comme dans un miroir. L'amour que nous portons à Dieu est donc imparfait.
Le premier usage de la Loi...accuse chacun de son injustice....Ainsi celui qui a été instruit de la Loi de Dieu est dépouillé de l'orgueil dont il était naturellement plein.... Nos désirs sont si profonds et si entortillés qu'ils se dissimulent à la vue....
La Loi est comme une bride qui réfrène les désirs de la chair qui, autrement, prendraient des proportions démesurées.
Ta parole est une lampe à mes pieds et une lumière sur mon sentier. (Psaume 119. 105)
Que faisaient les Juifs en offrant des sacrifices, si ce n'est confesser qu'ils étaient coupables et qu'ils méritaient la mort, puisqu'un animal était substitué à leur place pour être tué ?... Mais par cet acte, le paiement n'était point fait. C'est pourquoi l'apôtre dit que la rédemption des offenses, en vigueur dans l'Ancien Testament et non abolie, a été réalisée par la mort du Christ (Hébreux 9.15)
Je rappelle de mon propre chef cette citation biblique dont les références ont été données dans mes propos précédents :
Caïphe qui était leur grand-prêtre cette année-là, leur dit : « vous n'y entendez rien ! vous ne considérez pas qu'il vaut mieux pour vous qu'un seul homme meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse pas. »... et non seulement pour la nation, mais aussi pour rassembler en un seul corps les enfants de Dieu dispersés. Depuis ce jour-là ils formèrent le projet de le faire mourir. (Jean 11. 49 à 53)
Dieu n'a nul besoin d'un commerce -et évidemment d'un tel commerce !- pour gracier qui il veut...
Cela n'empêche pas de considérer que les Pères anciens ont été participants à la même grâce que nous. Ils ont obtenu cela par Christ...
L'expiation qu'il a réalisée par sa mort (celle du Christ) a aboli pour toujours ces observances extérieures (juives), par lesquelles les hommes se reconnaissaient redevables envers Dieu, sans que leurs dettes soient acquittées.
Je complète l'ouvrage par des citations :
« Abraham crut à Dieu et cela lui fut imputé à justice » (Genèse 15, 6)
tout le psaume 50
" Si tu avais voulu des sacrifices, je t'en aurais offert; mais tu ne prends pas plaisir aux holocaustes. Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c'est un esprit brisé." (psaume 51)
" J'aime la miséricorde et non les sacrifices, et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes. " (Osée 6.6)
Ma conclusion : toute cette construction théologique, précise, pointilliste, sûre d'elle-même « à la lettre » demande à être symbolisée, spiritualisée, toujours réorientée, en gardant toujours et encore le sens du mystère : la véritable connaissance nous dépasse.
[1] Voir « Etude des Evangiles » de Marie-Claire Weber-Lefeuvre, aux éditions de l'Harmattan , coll. Chrétiens autrement, sept. 2006
AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR
Pour la première fois, me semble-t-il, pour ma discipline, se présente en quelque sorte l'interdisciplinarité à propos des Evangiles ; en effet, professeur de Lettres, j'ai très souvent établi dans cette lecture le lien entre la littérature, principalement française, et les textes sacrés. Il reste aux pasteurs, au prêtres, aux prédicateurs de toutes les religions en général, à la pratiquer du haut de la chaire.
Même si nous n'en sommes plus au dix-septième siècle où le parti dévot condamnait le « Tartuffe » de Molière, il est dommage que ce décloisonnement entre les disciplines soit rare, me semble-t-il, sauf en peinture et en sculpture, en musique ; la littérature est pourtant aussi un art.
Il faudrait encore établir un pont entre les Evangiles, la théologie et la philosophie des sciences ; oui, le cloisonnement entre les disciplines est bien dommageable ; en effet, le matérialisme actuel ne peut aller de pair avec les Evangiles ; à notre sens, cette idéologie réductionniste qui se cache sous le nom de science est une thèse trop grossière, même à l'œil nu, pour pouvoir être défendue ; elle révèle une vanité, une inconscience et une profonde ignorance de l'homme, face à ses immenses limites. Elle est extrêmement dangereuse pour l'Esprit, pour toute la culture, pour la spécificité de l'homme face à l'animal et la spécificité du vivant par rapport à l'inerte...toute la chaîne dynamique de l'Evolution. Heureusement, aujourd'hui, certains scientifiques authentiques, surtout les spécialistes en physique quantique, montrent les failles de ce matérialisme ; il reste à ne pas les « enterrer » : faire le silence sur eux en est le meilleur moyen. Je pense particulièrement à ce sujet aux professeurs P. P. Grasset, Rosine Chandebois, embryologiste, et bien plus...
D'autres disciplines, sans doute, auxquelles je ne pense pas dans l'instant, pourraient aussi être mises en regard des Evangiles, au plus grand bénéfice de toutes, et pour réactualiser sans cesse les Evangiles, pour montrer leur universalité et leur bien-fondé.