6 - Lecture de "L'autobiographie de Charles Darwin" (le Monde 2)

A propos d'un article : "L'Autobiographie de Charles Darwin", paru dans "Le Monde 2" du 02 08 08, page 26 et suivantes

 

(Le texte intégral de « L’autobiographie » de Charles Darwin (1809-1882) paraît enfin en France…)

Voilà un homme, assez touchant dans sa démarche,  qui dit sincèrement ce qu’il pense, un homme qui montre  ses convictions mais aussi, vers la fin, ses doutes

 

Un extrait sur ses convictions religieuses, résumé en bleu, et mes réflexions, en noir.

 

1) page 26 - Un doute sur le Dieu de la Bible et sur ce qu’on y raconte :

 

En effet, aujourd’hui, l’on ne croit plus « à la lettre ».

 

A) On ne croit plus à  tous les mythes  « comme la tour de Babel, l’arc en ciel comme signe » : …

 

Ceux-ci, très poétiques, sont devenus symboles ; en tant que mythes, ils contiennent de grandes vérités, tout comme, pour les Grecs de l’Antiquité, le mythe d’Œdipe, par exemple ; ils continuent à nous instruire ; nous réfléchissons sur eux.

 

B) On ne croit plus à un Dieu « tyran vindicatif », …

 

En effet, aujourd’hui, nous recherchons le consensus universel : pour que les hommes nés sous d’autres cieux acceptent nos propres convictions religieuses, nous nous sommes aperçus que nous devions respecter les leurs : c’est le principe de la tolérance, première condition de l’entente entre les hommes, loin de tout fanatisme. Nous devons essayer de nous comprendre et de rechercher ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise ; nous nous apercevrons alors que la quête finale de toutes les religions est identique, et que les hommes restent bien tous les mêmes sous toutes les latitudes : imparfaits et « en quête »…L’idée donc d’un Dieu tyran ne servant qu’une seule religion -dans l’Ancien Testament la religion juive- et permettant aux hommes de tuer tout, jusqu’à la volaille, dans un village qui n’a pas les mêmes croyances, ne nous convainc plus.

Toutefois cette avancée d’un peuple élu qui lutte courageusement pour sa survie dans des conditions très difficiles, pour obéir à sa vocation : aller s’établir dans « La Terre Promise » nous touche encore, mais là encore, nous symbolisons : cette Terre Promise, c’est la Jérusalem Céleste, elle ne sera atteinte que spirituellement, à la fin des temps.

 

C) On peut prouver que Les Evangiles ont été écrits au moment des événements qu’ils relatent et …ils diffèrent sur nombre de points importants…

 

Aujourd’hui on sait  que les Evangiles n’ont pas été écrits au moment des événements : ils nous sont parvenus de l’effort de mémoires pour reconstituer le réel, mais ils ne s’écartent pas de l’essentiel : l’axe d’amour,  même si les auteurs des Evangiles ne sont que des hommes, après tout.

 

D) On ne croit plus « qu’un homme sain d’esprit puisse accepter les miracles qui soutiennent le christianisme » à cause « des lois immuables de la nature »…

 

Et pourtant, les faits sont là : même si beaucoup sont de faux miracles, beaucoup sont vrais.

Comme protestante libérale, je ne crois pas que ce soit la Vierge qui les fasse, celle-ci étant pour les protestants réformés libéraux une femme comme une autre (mauvais choix de la traduction entre vierge et jeune femme) ; elle a toutefois eu un grand privilège, celui d’être la mère de Jésus, mais je crois à la puissance de l’Esprit, dans l’homme guéri ou dans ses proches solidaires, et l’Esprit peut revêtir bien des aspects, même celui d’une « Vierge ».

Quant aux « lois immuables de la nature »…il doit rester aux hommes beaucoup à en dire !

 

E) « aussi belle que soit la morale du Nouveau Testament, on peut difficilement nier que sa  perfection dépend en partie de l’interprétation que nous donnons aujourd’hui de ses métaphores et de ses allégories … »

 

Après une affirmation : la morale du Nouveau Testament est belle, nous passons immédiatement à sa réfutation  : c’est seulement parce que nous, les hommes, l’interprétons qu’elle est belle ; autrement dit : les dires des Evangiles  ressembleraient un peu à ceux d’un Nostradamus, par exemple, et ce sont les héritiers qui ont tout fait…Mais quand on dit que les vignerons tuent le Fils du Maître pour s’emparer de la vigne, l’interprétation n’est-elle pas relativement simple, surtout à partir du contexte des Evangiles, puisque les hommes qui avaient en charge l'héritage spirituel (Caïphe, les prêtres du Temple et le peuple qui leur a obéi) ont crucifié Jésus, fils de Dieu, pour s'emparer de l'héritage ?

 

F) page 27 - Je trouvais de plus en plus difficile, même en donnant toute latitude à mon imagination, d’inventer des preuves qui suffiraient à me convaincre…

 

Si moi-même,  je cherche ces preuves, ne puis-je les trouver dans les deux commandements de Jésus  qui résument toute « la Loi et les Prophètes » : (Mt. XXII, 36 à 40 ; Mc. XII, 28 à 31 ; Lc. X, 25 à 28)


Tu aimeras le
Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée. Voilà le premier et le plus grand commandement. Et voici le second qui lui est semblable :  tu aimeras ton prochain comme toi-même ?


Personnellement je trouve que le second commandement est compréhensible pour tout homme : évidemment, si chacun pouvait faire cela, ce serait comme créer le paradis sur terre. Le premier commandement est plus difficile à suivre car Dieu nous semble inconnu. Jésus nous aide en nous disant que les deux commandements sont semblables : en quelque sorte celui qui obéit au second obéit au premier : Dieu est amour. Tout ce qui n’est pas amour n’est pas Dieu.

 

Tout notre honneur et tout notre malheur vient donc de la conscience de notre liberté : nous pouvons choisir l’amour, mais nous en sommes incapables, par notre nature déficiente. Renoncer à notre honneur, c’est devenir une bête, soumise à ses instincts. Toutefois, face à nos insuffisances, Jésus place la Grâce, le pardon. La première chose demandée est la Foi en Dieu. A mes yeux, ce système paraît cohérent ; il a résisté 2000 ans ; il a fait la grandeur de notre civilisation occidentale.

 

G) …Ainsi l’incrédulité m’envahit-elle très lentement,mais aussi très sûrement…et je n’ai jamais douté depuis, une seule seconde, de l’exactitude de ma conclusion…

 

Charles Darwin place peut-être ses propres conclusions scientifiques avant celles du christianisme ; comme elles semblent à ses yeux  se contredire, il préfère les siennes…

 

H) …En fait je peux difficilement admettre que quelqu’un puisse souhaiter que le christianisme soit vrai ; car si c’était le cas, les Ecritures indiquent clairement que les hommes qui ne croient pas , à savoir mon père, mon frère et presque tous mes meilleurs amis, seront punis éternellement. Et ceci est une doctrine condamnable….



Il est bien difficile aux hommes de discerner ceux qui croient et ceux qui ne croient pas ; c’est sans doute à une autre profondeur que cela se juge : Est-il plus facile de dire « je crois » ou d’agir en fonction de valeurs supérieures qui reflètent Dieu, « d’être » ?

« L’homme ne regarde que l’apparence mais l’Eternel regarde au cœur » (I Samuel, XVI, 7)


I) La question de la finalité

 

Ceux qui pensent qu’ils peuvent y répondre par leur pauvre science humaine ne sont sans doute pas au bout de leur chemin… toutefois, les scientifiques, les philosophes peuvent, doivent tenter de présenter des hypothèses ; il y en a qui paraissent plus logiques que d’autres ; par ici  celles du professeur Chandebois semblent préférables à celles de Darwin, dont elle réfute les thèses !

 

J) L’organisation généralement bénéfique du monde …le bonheur …  cela s’harmonise bien avec la sélection naturelle…

 

De bien fragiles affirmations ?…Donc, si l’on suit son raisonnement, tous ceux qui souffrent seront éliminés par la sélection naturelle… mais qui ne souffre pas sur terre : quel homme, quel animal, quelle plante, même ?

 

K) (page 28) Un être aussi puissant et aussi riche de connaissance qu’un dieu capable de créer l’univers étant, pour nos esprits finis, omnipotent et omniscient, nous ne pouvons admettre que sa bienveillance ne soit pas sans limites, car à quoi sert la souffrance de millions d’animaux inférieurs pendant un temps infini ?


Je laisse ici la parole au philosophe pour intervenir ici :


"Pour Darwin, comme pour les Grecs, Dieu est une abstraction de l’intelligence ; mais Dieu n’est pas une abstraction ; c’est un courant de vie créateur qui s’exprime dans l’amour actif  des hommes les uns pour les autres. L’esprit de l’Evangile comme le véritable mysticisme chrétien réside en Dieu comme lien social.

Ma pensée ici est bergsonienne :  Dieu, souffle de vie est un élan de vie qui traverse la matière,  un dynamisme. Nos modernes ne connaissent que l’espace, ce qui va à l’encontre de la mécanique quantique. Nous pouvons constater un double mouvement : d’une part, selon le second principe de la thermodynamique, la matière va toujours vers plus de désordre, d’entropie ; le temps est équivoque : destructeur, il mène à la mort, mais aussi, inversement il est dynamisme créateur."

 

L) Les religions se contredisent sur l’existence d’un dieu, de plusieurs dieux…


Ces contradictions devraient nous rendre plus humbles dans nos assurances…mais si l’on va au fond des choses, peut-être, comme je l’ai dit  plus haut, nous trouverons-nous en accord les uns avec les autres, sur, par exemple, le dynamisme d’amour que représente l’idée de Dieu pour le philosophe ?

 

M) pages 28-29 Le point de vue de la plupart des physiciens : le soleil et ses planètes deviendront un jour trop froids pour que se maintienne la vie…annihilation complète après une aussi lente et immémoriale marche vers le progrès. [Alors] l’immortalité de l‘âme ?

Cet univers immense et merveilleux… résultat d’une nécessité ou d’un hasard aveugles ?

[ Tout ceci ] m’expose à être qualifié de déiste.

[Mais] Je ne peux prétendre jeter la moindre lumière sur des problèmes aussi obscurs. Le mystère du commencement de toutes choses est insondable ; c’est pourquoi je dois me contenter de rester agnostique.

 

Ici Darwin rejoint tous les hommes dans l’aveu de leur impossibilité de savoir. Alors, quelle va être sa ligne de conduite ?

 

N) Un homme…quant à lui, considère le passé et le futur et compare ses divers sentiments, désirs et souvenirs. Il découvre alors, en accord avec le jugement des hommes les plus sages,  que la plus grande satisfaction résulte de l’obéissance à certaines impulsions particulières, à savoir les instincts sociaux….agir pour le bien d’autrui…l’amour des proches, non pas les passions sensuelles, mais des impulsions plus élevées…qui, quand elles deviendront des habitudes auront presque le statut d’instincts…Il agit en suivant son guide intérieur, sa conscience…

 

Mais alors ne revenons-nous pas à nos racines, à notre éducation chrétienne qui a construit en nous ces « instincts », de nobles habitudes… ?

 

O) Et puis à la fin Charles Darwin reprend le modèle du père, athée : 

Mon père ajouta qu’il n’avait connu, au cours de sa longue vie, que trois femmes qui se disaient sceptiques, et il ne faut pas oublier qu’il connaissait une multitude de gens…et à propos de sa belle-sœur il ajoutait qu’il n’avait aucune preuve solide, seulement des indices des plus vagues, soutenus par la conviction qu’une femme aussi lucide ne pouvait pas être croyante…

Mais Darwin ajoute que c’est beaucoup moins vrai de son temps, car les femmes rejoignent leurs maris dans ce domaine de l'athéisme !

 

Et l’auteur de ce blog ajoute que ce n’est pas sans doute ce qu’elle font de mieux !

 

Ainsi voilà un homme qui nous livre ses aller et retour, ses hésitations,  avec humanité, et l’on se sent finalement proche de lui.