C3 - I - 1) Les erreurs du darwinisme pour une embryologiste


Langue de bois et nominalisme



Lorsque l’on privilégie l’abstraction par rapport à l’examen attentif des faits, tout devient permis : l’abstraction, c’est souvent l’arbitraire du signe. Les modèles, spécialement mathématiques, ont joué parfois un rôle important dans le développement des sciences ; encore faut-il savoir qu’un modèle n’est qu’une formalisation de la réalité et non la réalité elle-même. Prendre un modèle pour une réalité, c’est prendre de la paille pour du foin, un exercice de la raison pour la chose elle-même. Sa formulation en termes savants, hautement abstraits en langage mathématique, peut facilement faire illusion. Celle-ci conduit en ce qu’en philosophie on nomme le nominalisme du langage ; cela consiste à prendre un terme pour une réalité, or il faut savoir qu’un mot est beaucoup plus malléable que la réalité. R. Chandebois dénonce, à juste titre, tout ce trafic illicite de mots car c’est lui qui est principalement à la source de la désinformation. Un glissement à peine perceptible de sens peut avoir des conséquences incalculables sur la pensée. R. Chandebois dans « Pour en finir avec le Darwinisme » (p. 49)  prend pour exemple l’utilisation du terme « objet vivant » pour « être vivant ».  «  La  distinction entre objets artificiels et objets naturels paraît à chacun de nous immédiate et sans ambiguïté », écrit J. Monod, dès la première phase de « Le hasard et la nécessité ». « Rocher, montagne, fleuve ou nuage sont des objets naturels ; un couteau, un mouchoir, une automobile sont des objets artificiels, des artefacts. »  Un peu plus loin, dans un chapitre ultérieur, il ajoutera au nombre des artefacts les ordinateurs qui sont des machines à traiter de l’information. Par un glissement à peine perceptible de sens, on en vient à traiter l’être vivant lui-même comme un artefact, un objet. Par cette opération, Monod l’a dépouillé de son identité propre, de  sa spécificité, de son originalité, de sa spontanéité, de sa sensibilité. Par cette astuce de langage, Monod  refusera, au nom du postulat de l’objectivité de la Nature, de traiter le vivant autrement qu’en référence au principe d’inertie, formulé par Galilée et Descartes, mais qui n’est appliqué, selon ces derniers, qu’aux forces mécaniques. Or, c’est ce coup de force du langage que dénonce R. Chandebois : « depuis quelques années, écrit-elle, il est de bon ton de parler « d’objet vivant » ce machin bricolé par l’évolution aveugle » [Pour en finir avec le Darwinisme, une nouvelle logique du vivant p.49]. Toute personne, comme tout chercheur qui ne feraient pas allégeance à ce dogme imposé seront traités de vitalistes. Il n’y a pas de salut possible en dehors de la seule biologie moléculaire* car c’est seulement sur la molécule que le hasard peut avoir prise par le jeu de mutations survenant aléatoirement. La cellule, pourtant considérée comme l’unité anatomique et physiologique de tout être vivant, n’est plus désormais envisagée que comme une simple machinerie moléculaire intégrée elle-même dans une super machine que serait l’organisme.




Quel statut pour le hasard selon les darwinistes ?
 


Ne pouvant ignorer les résultats des travaux concernant l’apparition et l’évolution des grands groupes zoologiques tels que les embranchements et les classes, les darwinistes ont dû postuler des explications pour réduire, autant que faire se pouvait, le nombre de coups de hasard d’une improbabilité astronomique. Ainsi ont-ils imposé l’idée que tous les animaux pluricellulaires descendaient d’un ancêtre unique qu’ils ont appelé « La Gastraea » dont l’architecture est celle des Acoelomates dotés d’une cavité digestive à une seule ouverture, dont les parois étaient formées d’un ectoderme* et d’un endoderme*. Les darwinistes donnaient comme preuve à cette idée il y a seulement encore une quinzaine d’années, juste avant l’effondrement du tout génétique, que tous les êtres vivants possèdent tous des gènes communs, qu’il s’agisse des petits pois de Mendel, des levures, des drosophiles (mouches du vinaigre), de la souris ou de l’homme ; ainsi lisons-nous dans « La Recherche1 »  :  « tous les organismes sont faits plus ou moins des mêmes molécules, combinés et recombinés. On a souvent  comparé le travail  de l’Evolution à celui d’un ingénieur, mais il ressemble beaucoup plus à celui d’un bricoleur. Elle utilise de vieilles structures pour en faire de nouvelles, prend le rideau de grand-mère pour en faire la jupe de la petite fille, ou une caisse à savons pour en faire une boite de radio » (entretien de  François Jacob  avec André Langaney). A ce monophylétisme affirmant l’unité d’origine de tous les êtres vivants, R. Chandebois oppose un polyphylétisme plus conforme aux faits. A ce monophylétisme affirmant l’unité de tous les êtres vivants, sur laquelle l’Evolution n’aurait fait que bricoler, R. Chandebois oppose un polyphylétisme plus conforme aux faits. Ainsi les Acoelomates que l’on retrouve dans la nature actuelle –les éponges, les méduses, les vers plats- dérivent, vu leur diversité de structures cellulaires,  de groupes distincts de protozoaires plutôt que d’un bricolage sur un fond commun dont on ne peut rien dire. Pour R. Chandebois, un groupe de protozoaires serait à l’origine des éponges avec leurs cellules à collerette qui laissent passer un courant d’eau par leurs nombreux orifices ; un autre groupe de protozoaires possédant des flagelles (les Flagellés) seraient les ancêtres des méduses avec leurs longs filaments souvent urticants. La notion de bricolage devient factice si le fond d’où est issu le monde animal actuel s’enracine dans des structures cellulaires déjà organisées.




une erreur de méthode

                       

A partir de ce constat, R. Chandebois comprend pourquoi les darwinistes préfèrent se tourner vers les formes adultes des espèces et faire des comparaisons entre elles. Il s’agit là, pour elle, d’une erreur de méthode. Celle-ci consiste à raisonner comme si des formes adultes complètement développées s’étaient directement transformées les unes dans les autres. Cette idée est souvent illustrée dans des revues scientifiques, ou ailleurs dans des revues populaires – effet de propagande sans doute – par une file de singes à l’état adulte qui se redressent de plus en plus jusqu’à la station verticale de l’être humain. Il ne s’agit là que d’une figuration à laquelle se prête l’anatomie du squelette. Pourrait-on en dire autant  du bras et surtout de son prolongement par la main ? Est-ce après une suite de changements insensibles survenant par hasard dans les os de la main, comme le voudrait  le gradualisme darwinien,  que le pouce de l’homme est apparu comme ce délicat instrument  qui, en tournant et en s’opposant aux autres doigts, permet à la main de saisir avec délicatesse les objets entre lui et les autres doigts ? On sait en effet que chez les pongidés (la famille des singes anthropoïdes) les objets ne peuvent être saisis que par un fléchissement de toute la main. C’est dans l’atelier de la nature que s’est préparé  ce changement ; j’exposerai plus loin la thèse de R. Chandebois. Les organismes adultes y ont joué un rôle  mais seulement comme relais, d’une génération à l’autre, du fond commun de l’espèce et non pas directement. A s’en tenir à la comparaison entre des formes adultes d’espèces différentes, il est plus facile pour les darwiniens de faire passer pour une filiation entre espèces ce qui est de l’ordre du simple cousinage, ajoute R. Chandebois. 




Mendel a-t-il sauvé Darwin ?
                    



On a pu dire à juste titre que Mendel avait été la Providence de Darwin. Comment ? C’est ce qu’explique R. Chandebois. Mendel est ce moine botaniste de Moravie qui, dans le jardin de son monastère, croisait des pieds de petits pois différant par un seul caractère (graine lisse ou ridée, fleurs blanches ou colorées). Un peu plus tard, il étendit sa recherche à des plants différents entre eux par deux caractères. Ce qui l’intéressait, c‘était de suivre au fil des générations et en fonction des croisements effectués la réapparition de certains caractères, autrement dit, les lois de la transmission. Un rapprochement avec les recherches de Darwin sur la transformation des espèces peut être fait facilement. En effet, c’est ce que comprendra, un peu plus tard, en fait quarante ans plus tard, au début du 20ème siècle, de Vries (1848-1935), un botaniste néerlandais qui introduira en biologie la notion de mutation. En 1909, Johannsen, un danois, inventera le terme de gène pour désigner l’entité biologique mutante. Enfin Morgan étendra à la vie animale ce qui, jusqu’alors, avait seulement été expérimenté sur les végétaux. Il choisit comme matériel d’expérimentation la mouche du vinaigre ou drosophile qui, jusqu’à nos jours, est restée un matériel de choix pour les généticiens. Le hasard est censé, dès lors, trouver sa caution scientifique dans la notion de mutation portant sur des gènes. Y a-t-il vraiment mutation chez cette mouche ? C’est à partir de là que progressivement va naître dans l’esprit des généticiens la notion de « théorie synthétique de l’Evolution », appelée encore néo-darwinisme. De quelle synthèse s’agit-il ? Quelles sciences de la vie prétend embrasser la théorie synthétique ? La science de l’Evolution telle que la concevaient les darwinistes, fondée sur le hasard et la sélection naturelle, la génétique bien sûr, la science de l’hérédité, plus tard celle du développement, la paléontologie. Dans cette énumération, il y a une grande oubliée, fait remarquer R. Chandebois : l’embryologie classique, expérimentale.

                        C’est dans les années 1940 et les décades suivantes que l’autorité de la « théorie synthétique » s’impose avec force. L’idée centrale est qu’à un gène correspond un caractère, le nez des Bourbons ou la lippe des Habsbourg. On comprend aisément le débordement d’enthousiasme de Crick qui, venant juste de découvrir avec Watson la structure chimique de la molécule en double hélice de l’A.D.N., se précipite dans le bar voisin en s’écriant naïvement « Nous avons découvert le secret de la vie ». L’homme et tout ce qui fait son hérédité n’est plus qu’un paquet de gènes. Un peu plus tard, en 1961, le modèle proposé par Jacob et Monod, sur lequel je vais revenir plus loin, fait tomber la science du développement et non plus seulement celle de l’hérédité dans l’escarcelle de « la théorie synthétique ». Le néo-darwinisme triomphe.

                        Malgré ce tapage largement médiatisé, R. Chandebois a toutes les raisons de douter. Une des découvertes parmi les plus importantes faites en embryologie est la réapparition de caractères ancestraux au cours de l’organogenèse* ; l’un des exemples le plus connu est celui de la réapparition de fentes branchiales des poissons chez les fœtus de mammifères. De là, on en avait déduit que l’ontogenèse* récapitulait la phylogenèse*. Cette réapparition de caractères ancestraux mine la notion même de programme génétique car elle n’est guère compatible avec la notion d’un développement génétiquement programmé. Si les mutations avaient fait disparaître ces caractères ancestraux chez les adultes, d’où viendraient l’information nécessaire à leur réapparition temporaire dans le fœtus des mammifères ? Des darwinistes ont essayé de minimiser la difficulté en disant qu’il ne s’agissait que d’un rapprochement tout à fait vague, la réapparition des fentes branchiales chez le fœtus de mammifères ne pouvant pas être confondue avec l’anatomie d’un poisson adulte. A cette objection, R. Chandebois répond en faisant remarquer que le têtard d’un grenouille possède tout à fait l’anatomie et la physiologie d’un poisson. Elle poursuit sa critique du modèle néo-darwinisme selon lequel ce seraient des mutations de gènes qui seraient à l’origine de l’apparition de nouvelles espèces en faisant remarquer deux choses :

1 – Des embryologistes ont fait remarquer qu’une mutation était presque toujours délétère. Ainsi, si un œuf est fécondé par le sperme d’une autre espèce, même voisine, son développement est bloqué à un stade plus ou moins précoce, ou bien l’adulte est stérile.

2 – D’autre part, pour qu’une mutation survenue par hasard ait pu être à l’origine d’une nouvelle espèce, il aurait fallu qu’elle se produise dans une même population, en même temps, chez une femelle et chez un mâle ; ceci est déjà difficile à concevoir en soi, mais il aurait fallu en outre que cela se reproduise pour des millions d’espèces.

            La conclusion s’impose : Mendel n’a pas sauvé Darwin et « la théorie synthétique de l’Evolution » est frappée de caducité.




De quel type de hasard s’agit-il ?

           

La critique des modèles darwiniens et néo-darwiniens ne s’arrête pas là pour R. Chandebois. En langage philosophique, on dirait qu’elle s’oriente vers l’épistémê* (les règles du savoir). Quand les darwiniens et les néo-darwiniens parlent du hasard, de quel hasard parlent-ils ? A quelle configuration du savoir renvoie exactement cette notion de hasard ? Est-ce le hasard tel que l’entend Cournot, à savoir la rencontre inopinée de séries causales indépendantes ? Est-ce l’imprévisibilité des évènements soumis à la seule loi des probabilités ? « Il y a des coups de hasard qui se produisent inopinément comme la chute d’une tuile sur la tête d’un passant, écrit le Pr. Chandebois, et ceux qui impliquent le fonctionnement d’une machine spécialement conçue pour en produire, comme les gros lots gagnés dans la foire ». Ce que le concept de hasard a de vague peut générer toutes sortes de désinformations et induire des idées fausses, profondément dommageables pour l’esprit, dans l’inconscient cognitif de plusieurs générations.

 



1 - n° spécial 296 – Mars 1997 – page 18 et suivantes