223 - Le blog du blog. Milton, Galilée et la Transylvanie
John Milton (1608 - 1694) / Galilée ( 1564 - 1642)
Rencontre de Milton et de Galilée
Milton, après la mort de sa mère en avril 1637, envisage, comme c'est l'usage alors chez les jeunes hommes de bonnes familles, de partir en voyage sur le continent en France et en Italie, puis de retourner à Londres pour continuer à étudier et pour dispenser des cours privés. Il embarque pour la France au début de l'année 1638, passe par Paris et Nice puis arrive en Italie où il visite de nombreuses grandes villes, dont Florence. Il rencontre nombre de gens célèbres et influents de son temps dont le cardinal Francesco Barberini mais aussiGalilée dont la condamnation renforce l'attachement que Milton porte aux libertés religieuses de son pays. Milton, informé des prémices de la guerre civile qui gronde en Grande-Bretagne, se décide à rentrer en passant d'abord par Genève.
Galilée est convoqué le 16 février 1616 par le Saint-Office pour l'examen des propositions de censure. C'est une catastrophe pour lui. Les 25 et 26 février 1616, la censure est ratifiée par l'Inquisition et par le pape Paul V. La théorie copernicienne est condamnée. Galilée n'est pas inquiété personnellement mais est prié d'enseigner sa thèse en la présentant comme une hypothèse. Cet arrêté s'étend à tous les pays catholiques...
Le 22 juin 1633, au couvent dominicain de Santa-Maria, la sentence est rendue : Galilée est condamné à la prison à vie (peine immédiatement commuée en résidence à vie par Urbain VIII) et l'ouvrage est interdit. Il prononce également la formule d'abjuration que le Saint-Office avait préparée.
Le texte de la sentence est diffusé largement : à Rome les 2 juillet et 12 août 1633 à Florence. La nouvelle arrive en Allemagne fin août, en Belgique en septembre. Les décrets du Saint-Office ne seront jamais publiés en France, mais, prudemment et pour éviter la controverse, René Descartes renonce à faire paraître son "Traité du monde et de la lumière".
Beaucoup (y compris Descartes), à l'époque, pensèrent que Galilée était la victime d'une cabale des Jésuites qui se vengeaient ainsi de l'affront subi par Horatio Grassi dans le Saggiatore.
D'abord assigné à résidence chez l'archevêque Piccolomini à Sienne, il obtient finalement d'être relégué chez lui, dans les collines au sud de Florence, dans sa villa d'Arcetri, la Villa le Gioiello, non loin de ses filles au couvent.
L'interdiction de rendre visite au « prisonnier d'Arcetri » qui s'assouplit ensuite lui permet de recevoir quelques visites, ce qui lui permet de faire passer la frontière à quelques ouvrages en cours de rédaction. Ces livres paraissent à Strasbourg et à Paris en traduction latine.
Voilà ce que dit Milton à ce sujet :
En son discours : « Aeropagitica » (1644) Il s'adresse à la chambre des Lords et des Communes pour défendre la liberté d'éditer, et pour se défendre, dans ses opinions avancées :
« Je pourrais vous rapporter ce que j'ai vu et entendu dans d'autres pays soumis à la tyrannie de ce type d'inquisition. Lorsque je me suis trouvé parmi leurs savants, car j'ai eu cet honneur, j'ai été considéré comme heureux d'être né dans un pays où la pensée philosophique est libre, comme ils supposent que c'est le cas en Angleterre, tandis qu'eux-mêmes ne peuvent que déplorer la condition servile à laquelle les études ont été réduites chez eux ; c'est ce qui a fait disparaître la gloire des lettres en Italie, de sorte que rien n'y a été écrit ces dernières années, sinon des flatteries et des discours grandiloquents. C'est ce que j'ai trouvé là-bas lorsque j'ai rendu visite au célèbre Galilée, devenu vieux, prisonnier de l'Inquisition parce qu'il pensait autrement en astronomie que les censeurs franciscains et dominicains. »
Milton, la Transylvanie et les Unitariens ?
La culture de John Milton : après ses études universitaires, il va vivre pendant 6 ans, de 1632 à 1638, dans la maison de ses parents à Hammersmith, puis à Horton dans une retraite studieuse. Il approfondit ses connaissances en grec et en latin mais aussi en hébreu, en français en espagnol, en italien et en vieil anglais et dans des disciplines modernes et anciennes comme la théologie, la philosophie, l'histoire, la politique, les lettres, la science, pour préparer sa future carrière de poète. Il acquiert ainsi une formidable érudition.
John Wiclif (1320-1384) : théologien anglais précurseur de la Réforme.
Après la mort de Wyclif, son enseignement se répand rapidement. Sa Bible, qui paraît en 1388, est largement distribuée par ses disciples, les lollards (ordre mendiant de prédicateurs itinérants). Enfin, les œuvres de Wyclif influencent fortement le réformateur tchèque Jan Hus et les Anabaptistes. Martin Luther reconnaîtra également sa dette à l'égard de Wyclif. En mai 1415, le concile de Constance condamnera les hérésies de Wyclif et ordonnera que son corps soit exhumé et brûlé. Le décret sera exécuté en 1428.
En France, Sébastien Castellion (1515 - 1563) n'était pas unitarien, mais émettait des réserves sur la doctrine de la Trinité. Il écrit : « La croyance en la Trinité n'est en rien nécessaire au salut ». Dans son ouvrage pour la défense de Michel Servet, Contre le libelle de Calvin, Sébastien Castellion écrit : « Tuer un homme, ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme ».
En Angleterre, John Biddle (1615 - 1662), auteur de traités antitrinitaires, fondateur de l'unitarisme anglais (1654), est emprisonné jusqu'à sa mort. Après 1689 et L'Acte de Tolérance, l'unitarisme put être prêché en Angleterre puis, au XVIIIe siècle, dans les colonies américaines (Nouvelle-Angleterre).
Pour le lien entre la Transylvanie et l'Unitarisme, voir mon article 194, et la personnalité novatrice de Ferenc David (1515 - 1579) à ce sujet : il passe du luthéranisme à l'église réformée puis à l'unitarisme. Le prince Sigismond (1540 -1571), acquis à l'unitarisme, fait accepter le compromis de Torda -1568-
Milton écrit encore, après avoir fait l'éloge intellectuel et créatif de son pays au Parlement :
« Et ce n'est pas pour rien que la grave et frugale Transylvanie nous envoie tous les ans des confins montagneux de la Russie, et d'au-delà du sauvage massif hercynien, non pas leur jeunesse, mais leurs hommes du commun, pour apprendre notre langue et notre science théologique. »