313 - « L’Institution de la religion chrétienne » de J. Calvin. III, 24. Election et perdition (suite)
06 10 09
313 - « L’Institution de la religion chrétienne » de J. Calvin. III, 24. Election et perdition (suite)
10. En attendant de les appeler, Dieu préserve les élus
Les élus ne sont pas réunis au troupeau de Christ par la vocation du Seigneur dès le ventre de leur mère, ni à un même moment, mais comme cela plaît à Dieu de leur accorder cette grâce.
Ici il me semble qu’il faut distinguer deux temps : celui de la prédestination et celui de la vie du croyant. En effet, dans celui de la prédestination, voilà ce que dit le magnifique psaume 139, au verset 16 :
Tes yeux m’ont vu, lorsque je n’étais qu’un embryon,
Et sur ton livre étaient inscrits
Tous les jours qui m’étaient réservés,
Avant qu’un seul de ces jours existât.
Le second temps c’est celui auquel fait allusion Calvin ; nous pouvons citer l’exemple typique de la conversion de Paul : de tous temps l’Eternel avait inscrit le parcours de Paul dans sa prédestination, mais dans le temps vécu par Paul, cela arriva à un certain moment de sa vie.
Le parcours de certains élus est progressif : Calvin cite ceux de Paul et de Corneille qui ne partent pas de rien.
Pour Paul : Moi, circoncis…fils d’Hébreux ; quant à la Loi, Pharisien…(Philippiens 3. 5)
Pour le centenier de Césarée, Corneille :
Il était pieux, et craignait Dieu, lui, avec toute sa maison ; il faisait beaucoup d’aumônes au peuple et priait Dieu continuellement.
Il ne lui manquait plus rien, si ce n’est une révélation claire de l’Evangile. (Actes 10. 2)
Ensuite Calvin pose le cas de personnages illustres qui n’ont pas connu l’Evangile, comme Socrate.
Selon moi, plus haut que l’Evangile, il y a l’Esprit. L’Evangile est une traduction, parmi les meilleures, sans doute, de l’Esprit. Mais celui qui cherche l’Esprit peut le trouver dans tous les temps, dans tous les lieux, j’oserais ajouter dans toutes les religions, dans toutes les cultures[1], selon la parole magistrale de Jésus à la Samaritaine :
Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité…Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité. (Jean 4. 23-24)
…Cela reviendrait à dire, après avoir démontré l’intégrité de Socrate, Aristide…et autres païens, qu’on pouvait en conclure que ceux qui ont été aveuglés par l’idolâtrie ont une vie sainte et authentique.(p. 910)
Je me demande si dans ce passage Calvin ne confond pas plusieurs plans de vision ; ne se borne-t-il pas trop à Jésus-Christ ? Cela me fait penser aux limbes, endroit pour les catholiques, comme une sorte de parenthèse de vie, où les âmes des enfants morts et des bons païens vont après la mort ; c’est ainsi que, pour le chrétien Dante, Virgile ne connaîtra pas le Paradis. Je cite ce passage que cite Calvin de Paul qui montre que Calvin confond dans son esprit les mots « païen » et « idolâtre » (si l’adaptation au texte n’est pas ici erronée), ce que ne fait pas Paul, qui a ici une parole juste (« au nom » et « par ») :
Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront pas le royaume de Dieu ? Ne vous abusez point : ni les impudiques, ni les idolâtres, …ni les voleurs…Mais vous avez été lavés…sanctifiés…justifiés, au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu. (I Corinthiens 6. 9-11)
On sait bien que même des chrétiens courent le risque d’être idolâtres quand ils s’agenouillent devant une statue de saint !
11. avant d’être appelés, les élus sont tous des brebis égarées
Esaïe 53. 6 ; Josué 2 ; II Rois, 21. 16 ; Luc 23. 41-42
12. La justice de Dieu envers les réprouvés
Il s’est écoulé plus de quatre mille ans avant l’avènement de Christ, durant lesquels le Seigneur a caché à tous la lumière de la bonne nouvelle du salut.
Ce que j’ai dit précédemment dans le paragraphe 10 peut servir de commentaire à cette phrase.
Sur cent personnes qui écouteront le même message, vingt le recevront dans l’obéissance de la foi, les autres ou n’en tiendront pas compte, ou s’en moqueront, ou le rejetteront et le critiqueront.
Rajoutons : certains trahiront ce message intentionnellement ou non, comme ceux qui, pour protéger des fresques anciennes, les réparent en gâchant leur beauté, ou comme ceux qui, voulant comprendre jusqu’au bout, en toute vérité, s’engageront dans des impasses, ce qui peut m’arriver !
Car qui est-ce qui te distingue des autres ? (I Corinthiens 4. 7)
Si l’un est meilleur que l’autre, ce n’est pas à cause de sa propre vertu, mais par la seule grâce de Dieu.
13. Les réprouvé sont des instruments de la juste colère de Dieu
Actes 13. 48 ; Romains 9. 21-22
Augustin : Dieu pourrait convertir en bien la volonté des méchants puisqu’il est tout-puissant. Cela est certain. Pourquoi donc ne le fait-il pas ? Parce qu’il ne le veut pas. Pourquoi ne le veut-il pas ? Cela est caché en lui. Nous ne devons pas en savoir plus.
Cela me fait penser aux hommes qui inventent de nos jours des robots très puissants. Ne pourront-ils pas être dépassés à un moment par leur création ? Vous voyez mon clin d’œil vers Dieu et l’homme ! La clé de la réussite réside dans la liberté de la chose créée, de la créature. Dieu a réussi à débrancher la prise en chassant l’homme du Paradis. Mais quel gâchis quand même ! Et pourtant toute la noblesse de cette création réside dans cette liberté.
Comment concilier liberté et Obéissance à l’Esprit ? Dans l’humilité totale, en toute conscience, sans doute ?
Tout avancement dans la foi et dans la piété est une œuvre admirable du Saint-Esprit.
Jean 6. 44 ; Actes 16. 14
Il est certain que le Seigneur adresse sa parole à quelques uns dont il sait que la cécité va en être augmentée.
Pourquoi a-t-il fait adresser tant de messages à Pharaon ? (Exode 4. 21 ; et de même : Ezéchiel 2. 3 ; 12. 2 ; Jérémie 1. 10 ; 5. 14)
Ecoutez toujours, mais ne comprenez rien !…Qu’il ne se convertisse ni ne soit guéri.
( Esaïe 6. 9-10)
Les Juifs n’ont pas pu croire à la doctrine du Christ, parce que cette malédiction pesait sur eux.
Jean 12. 39 ; Matthieu 13. 11 :
L’incrédulité des Juifs symbolise ici celle des rejetés de Dieu, car, si les Juifs puissants, comme Caïphe et ceux du temple, rejetèrent Jésus, et entraînèrent beaucoup de leurs fidèles derrière eux, d’autres furent les premiers à le suivre, et, sans eux, sans ces Juifs-là, il n’y aurait pas de chrétiens.
Par ailleurs, il est vrai qu’ils n’ont pu recevoir en Jésus un Dieu, et je les comprends ; l’ampleur du personnage les a surpris et gênés ; leur volonté de puissance a joué, si bien qu’il y a eu division en leur peuple : les uns sont restés Juifs, les autres sont devenus des disciples de Jésus.
Quelle que soit l’obscurité présente dans la Parole, elle comporte assez de clarté pour convaincre les consciences des méchants.
14. la raison de l’endurcissement du cœur
Les hommes l’ont mérité…c’est exact. (Romains 9. 19)
Cela est correctement imputé à leur perversité et à leur méchanceté, si du moins on ajoute, ensuite, qu’ils ont été asservis à cette perversité puisque, par le jugement équitable, mais incompréhensible, de Dieu, ils ont été suscités pour faire ressortir sa gloire en leur condamnation.
Cette explication de Calvin ne me convainc pas : comment donc, la source de l’Amour, des 77 fois 7 pardons… ? Où mettrait-elle sa gloire ? Je préfère ne pas comprendre et ne pas tâcher d’expliquer…
I Samuel 2. 25 ; Jean 12. 37-38
Les réprouvés ne souffrent rien qui ne s’accorde avec son juste jugement. Nous devons accepter avec patience [notre incompréhension et notre ignorance] …la sagesse de Dieu a toute sa profondeur.
15. Explication de quelques textes invoqués contre le décret de Dieu : Ezéchiel 33. 11
Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il vive.
Dieu veut sa conversion, nous précise Calvin.
16. I Timothée 2. 4
Dieu, notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.
Deutéronome 4. 7 ; Psaumes 115. 3 ; Exode 33. 19 ; II Pierre 3. 9 ; Ezchiel 36. 26 ; Zacharie 1. 3 ; II Timothée 2. 25 ; Jérémie 3. 18-19
La conversion des êtres humains est dans les mains de Dieu.
17. D’autres objections
… Jusqu’à ce qu’il nous soit donné de comprendre, au dernier jour, comment il veut d’une façon admirable ce qui semble aujourd’hui être contraire à sa volonté.
1] et c’est bien ce que Malraux nous fait sentir dans ses trois livres magistraux : « le Réel », « le Surnaturel » et « l’Intemporel » (éd. Gallimard).