29. Marc. 3. 1 à 6. Lecture commentée. Jésus, le lépreux et les Pharisiens

Article 29. Bible. Lecture suivie de l’évangile selon Saint Marc. La main desséchée,
verset par verset, puis de ses compléments dans les autres évangiles. Correspondances de l’extrait dans les autres évangiles : Mt. XII, 9 à 14 ; Lc VI, 6 à 11.
III, 1
Une autre fois, Jésus entra dans une synagogue où se trouvait un homme qui avait une main prise par la lèpre1
Remarquons la concision du propos, la mise en place dès le départ des éléments essentiels pour comprendre la suite. Peut-être à cette époque n'a-t-on pas relié ces premiers symptômes de la lèpre à cette maladie, car le malade n'est pas isolé, puisqu'il se trouve dans la synagogue. Dans d’autres chapitres des Evangiles on voit des lépreux isolés. Luc précise que c'est la main droite qui est prise.
III, 2
Les pharisiens l'observaient pour voir s'il le guérirait un jour de sabbat, afin de pouvoir l'accuser.
Les pharisiens jouent toujours un rôle négatif dans les Evangiles ; ils sont intégristes : suivent à la lettre la Torah, non selon son esprit [la Torah : les 5 premiers livres de la Bible, ou Pentateuque, donnés par Dieu à Moïse, selon la tradition juive]. Ici on ne doit rien faire le jour du Sabbat, le 7e et dernier jour de la semaine, pour honorer le jour du repos de Dieu après la Création (Genèse chap. 2, versets 1 à 3 ; Exode chap. 20, versets 8 à 11).
III, 3
Il dit à l'homme qui avait la main desséchée : lève-toi et viens te présenter !
Jésus s’oppose toujours en public et avec courage aux Pharisiens, car ils sont puissants ; ils représentent la Synagogue. Ici une fois de plus il est seul contre plusieurs d’entre eux et sa guérison va être publique, dans une synagogue, ce qui est plus dangereux pour lui. D’autre part, il affronte sans doute les Pharisiens à dessein, pour faire passer sa vérité, selon sa parole symbolique en Luc 11,33 :
Personne n'allume une lampe pour en cacher la lumière sous le boisseau [récipient pour mesurer les matières sèches], mais au contraire on l’élève par un support afin que ceux qui entrent soient éclairés par la lumière.
La lumière, c’est aussi celle, symbolique, de l’Esprit, de Jésus, de Dieu. (Jean. 8. 12 : Jésus… dit : « Je suis la lumière du monde »).
On peut imaginer le lépreux assis tout à fait derrière, près de la porte. L'homme n'osait s'approcher, peut être pour deux raisons : d’abord parce qu'il se savait au premier stade de la lèpre. Ensuite se rendait-il compte de cette dangereuse opposition entre Jésus et les Pharisiens ? Attendait-il que Jésus sorte de la synagogue pour lui demander de le guérir ?
III, 4
Puis il leur dit : "Est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien ou de faire du mal, de sauver une âme ou de la laisser périr ?
Ici Jésus interpelle aussi bien les gens dans l’assistance que les pharisiens ; il sait sans doute qu’il ne pourra convaincre les pharisiens mais qu’il convaincra bien des gens dans l’assistance.
Nous avons déjà abordé cette question des maladies psychosomatiques, où, dans les maladies, c'est souvent l'âme qui mène le corps. Toutefois nous connaissons aujourd’hui la puissance inconnue de guérisseurs qui peuvent faire ce que la médecine officielle n’arrive pas à faire. Jésus voit bien que, s'il ne le guérit pas, le malade se dirige progressivement vers la mort.
III, 4 (suite)
Mais ils gardaient le silence.
Les pharisiens savent que s’ils persistent dans l’interdiction, la moitié des gens ne les suivront pas. S’ils se rendent à l’argument de Jésus, une nouvelle ère commencera qui supprimera leur pouvoir au profit de celui de Jésus. Ils ne sont qu’une courroie de transmission de la Synagogue. Il y a toutes sortes de silences : ici nous avons celui de la lâcheté et de la volonté de pouvoir, du refus d’évoluer, de l'orgueil mensonger, de la ruse des ennemis, ceux qui ont choisi le mauvais camp. Ne savent-ils pas que leur attitude est condamnable, sinon, ils parleraient pour défendre leur point de vue ?
III, 5
Alors, promenant sur eux ses regards avec indignation, et affligé de l'endurcissement de leur cœur, il dit à l'homme : "Etends ta main." Il l'étendit, et sa main redevint saine.
Jésus est l’homme sans compromis, l’homme de Dieu, de la Loi de Moïse :" Tu ne tueras pas" (Exode 20. 13) ; malgré cette hostilité, il va courageusement poursuivre son alliance avec Dieu, avec la vie, contre la Synagogue. Le miracle est immédiat.
III, 6
Les pharisiens, étant sortis, tinrent aussitôt conseil avec les Hérodiens2 contre lui, pour le faire périr.
Jésus fait constamment honte à ces pharisiens intégristes qui paralysent une relation authentique du peuple avec son Dieu. Comme le dit Eugen Drewermann dans son ouvrage : « La parole et l'angoisse, commentaire de l'Evangile de Marc » (éditions Desclée de Brouwer, page 33) : l'alternative est absolue : ou bien ce sont eux qui ont raison et Jésus est possédé du démon (Mc 3,22) ou bien c'est l'inverse
Drewermann éclaire bien le terrain dans ce livre : il y psychanalyse l'homme face à Dieu : si j'essaie de résumer sa démarche, il nous montre que les religions, mais j'élargis à toutes les institutions, travaillent trop souvent à contre-courant de Dieu, du Bien du Vrai, du Beau, et entraînent derrière elles les "troupeaux" qui les suivent ; je pense entre autres à l'excommunication, à l'Inquisition, à Michel Servet... ; les foules sont naïves, ou n'osent s'opposer au "régisseur" de Kafka, de peur du qu'en dira-t-on et de l'exclusion finale du groupe. L'homme sacrifie ainsi sa liberté dans son dialogue original et personnel avec Dieu, au profit d'usurpateurs de l'Esprit. [exemples personnels : un pasteur m'a écrit : je me limite à Calvin...(et Dieu ?) ; on pourrait aussi bien dire, au lieu de Calvin : le pape, Darwin, ou...etc...Voyez les ravages de vie qu'a fait l'interdiction du divorce ...et ces fameuses "indulgences" promises aux jeunes pèlerins, trocs d'actions pieuses contre des portions de paradis, comptabilité du "Bon Dieu" revenue tout droit du Moyen Age...etc...]. Drewermann nous dit encore : "Elles (les Eglises) (nous) demandent "non de comprendre, mais d'obéir, non de chercher, mais d'apprendre, non de trouver, mais de maintenir." (page 65)
Toutefois, me dit mon époux, il faut bien des organisations conservatrices, toujours boiteuses puisqu'humaines, pour faire vivre le tout... Alors, oui, mais soyons vigilants et courageux...de peur de perdre notre liberté personnelle et d'aller à l'encontre de la volonté de Dieu. Dieu nous aime d'un amour gratuit, tels que nous sommes, à la fois homme et bête, nous dit l'auteur (voir le passage sur la Tentation, où Jésus est entouré de bêtes) ; il veut que nous nous aimions aussi, tels que nous sommes, sans sentiment d'infériorité, sans l'angoisse de la culpabilisation face à la bête qui est en nous, ou à nos insuffisances, que nous aimions la vie et que nous la préservions.
Il nous dit ailleurs, comme Montaigne -voir Marc I, 14 à 19- que l'homme ne "colle" pas avec sa fonction, son hérédité ou tout autre conditionnement : en un instant, les pêcheurs du Lac quittent tous ces conditionnements pour suivre Jésus.
notes : 1 - Littéralement "une main desséchée", que l'on a pu traduire par "paralysée" : c'est le premier stade de la lèpre : lésions cutanées, bien spécifiques, sèches (anhidrose), bien limitées et planes ; au niveau de ces lésions, le malade ne sent ni la douleur ni la chaleur.
2 - Les Hérodiens : les gens du parti d'Hérode : En effet, Hérode Le Grand ( - 73 av. J.C. ==> +4 ) n'est juif, ni par son père (Iduméen) , ni par sa mère (arabe) ; il a été nommé tétrarque avec l'appui des Romains et il craint toujours d'être dépossédé de son pouvoir.
_________________________________________________
Clin d'oeil : un mot : fonction
Essais de Montaigne III, 10 :
" Nous ne savons pas distinguer la peau de la chemise...J'en vois qui se transforment et se transsubstantient en autant de nouvelles figures et de nouveaux êtres qu'ils entreprennent de charges ... Le maire et Montaigne ont toujours été deux, d'une séparation bien claire..."
_________________________________________________
Réf. de l'illustration : Amiens - BM - ms. 0108 - f. 176v - Guérison de la main sèche - 1197
http://www.enluminures.culture.fr/Wave/savimage/enlumine/irht3/IRHT_060200-v.jpg
_________________________________________________________________
Voir l’insertion de cet article dans l’ensemble plus vaste de mon école du dimanche sur la toile :
841. Marc 2. 23-28. 3. 1-12. Ecole du dimanche. 2. Fév. 1e sem. (15 11 17)
http://marike.over-blog.com/2017/11/841.marc-2.23-a-3.19.ec.du-dim.2.fev.1e-sem.html
(L’ école du dimanche sur la toile commence à l'article 809, à l’adresse : http://marike.over-blog.com/2017/09/809-ecole-du-dimanche-octobre-2017.html )
Pour trouver les articles de ce blog :
1) Aller aux archives :
http://marike.over-blog.com/2017/10/archives-liste-des-articles-date-numero-titre.html
(Sinon, Rechercher sur la toile n’importe quel article, par exemple à « l’école du dimanche de Marike », puis cliquer sur un article pour l’ouvrir. Aller en marge de droite et à l’encart PAGES
Aller à page 1 : Archives : cliquez sur le titre pour aller aux archives)
2) Allez à la fin des archives, à la section 10, où commence la liste des articles de l’école du dimanche entièrement sur la toile, avec leur lien,
[Sinon relever leur n°, leur titre, et leur date de création et les insérer dans les encarts « Rechercher » et « Archives » (classées par année et par mois) vers la fin de la marge de droite de l’article].
_____________
Livres de Marike (décrits sur la toile, dans ce blog, et recensions) :
- Anthologie de la prose française. 1100-1900. Ed. indépendante illustrée. 2005. 480 p. Prix : 26 € (Qui la rééditera ?)
- Etude des Evangiles, suivi de : Les Evangiles et l'écologie - L'Harmattan, coll. Chrétiens autrement. 2006. 155 p. Prix : 14,50 €
- Interroger sa foi. Du calvinisme au judéo-christianisme libéral. Préface du pasteur P. J. Ruff. Editeur : Edilivre. 2013. 261 p. Prix : 20€
Livres de Michel Lefeuvre, philosophe des sciences :
Une page sur lui et ses oeuvres : voir en marge d'un article : PAGE 4 :
http://marike.over-blog.com/
pages/4_Michel_Lefeuvre_et_ses_oeuvres_Michel_Lefeuvre