50. Marc. 6, 20 à 29. Lecture commentée. L’histoire d’Hérodiade (fin)

Publié le par Marike


Article 50. Bible. Evangile selon Saint Marc.  6, 20 à 29. Lecture suivie. Hérodiade demande la tête de Jean Le Baptiseur.
Psychologies. Archétypes. Lecture verset par verset, puis de ses compléments dans les autres évangiles. Correspondances de l’extrait : Mt. XIV, 1 à 12 ; Lc. IX, 7 à 9 ; Lc.  III, 19-20

VI, 20
Cependant elle ne pouvait l'obtenir [1] parce qu'Hérode[2] craignait Jean, sachant qu'il était un croyant et un juste ; il veillait sur lui ; sur plusieurs points sa parole l'inquiétait, et volontiers il l'écoutait.

Hérode est tiraillé en lui-même : d’un côté il est un monarque absolu, un despote, qui, dans son orgueil et selon son bon plaisir ne veut pas se laisser dicter sa conduite par un prophète - ici Jean-Le- Baptiseur –, de l’autre il est à moitié convaincu par ce saint homme qui a le courage de dire la vérité…

 Les aspects de la faiblesse d'Hérode face à Hérodiade : il a bien fait emprisonner Jean Le Baptiste à cause d'elle, mais il ne veut pas le faire mourir ; peut-être se méfie-t-il d'Hérodiade -ne pourrait-elle par exemple l'empoisonner ?- selon ces mots : "il veillait sur lui". Il craint Jean comme on craint un envoyé de Dieu. Hérodiade a peur d'être répudiée par Hérode, à cause de Jean.

note :  L’an 4 av. J. C. Il renvoya sa femme pour s'unir, en dépit de la loi juive, à Hérodiade, femme de son demi-frère Philippe dont elle avait eu une fille : Salomé.


VI, 21
Mais le destin favorisa un jour Hérodiade : Hérode à l'occasion de son anniversaire, offrit un banquet aux dignitaires, aux officiers et aux principaux personnages de la Galilée. - 22 - Dans la salle du festin entra la fille d'Hérodiade ; elle dansa et plut à Hérode et à ses convives. 
 Le roi dit alors à la jeune fille :  "Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai" ; - 23 - il en fit le serment, et il ajouta : "Fût-ce la moitié de mon royaume."

On voit ici qu'Hérode est si totalement admiratif de Salomé qu’il en devient totalement déraisonnable. Il soumet tout son royaume au quelconque caprice d'une jeune fille. Intérieurement, qu'en pensent tous ses invités ? On voit aussi que c'est comme cela qu'Hérodiade a pu l'épouser. Elle le connaît ; elle lui envoie sa fille...Et il réédite.

VI, 24
La jeune fille sortit et dit à sa mère : "Que demanderai-je ? La mère répondit : "La tête de Jean-Baptiste".

Voilà ce qui était prévisible et ce qu'Hérode n'a pas prévu : l'amitié, la confiance, l'admiration, le lien ombilical entre fille et mère. Celle-ci est le "référent". Hérodiade reprend le pouvoir ; elle renaît jeune dans sa fille  et lui répond ; elle va reconquérir les pleins pouvoirs sur Hérode, mais contre Dieu.

VI, 25
Rentrant en toute hâte auprès du roi, la jeune fille lui fit ainsi sa demande  : "Je veux qu'à l'instant même tu me donnes sur un plat la tête de Jean Le Baptiste".

Salomé n'est que la belle-fille du roi ; il n'a donc pas eu d'influence paternelle sur elle. On remarque comme il est craint : on ne doit pas le faire attendre. Il est probablement humainement loin d'elle. Elle redonne au roi intégralement la volonté de sa mère, sans le moindre esprit critique contre sa mère, malgré le souhait affreux. Elle est complètement "la fille de sa mère".

VI, 26
Le roi fut accablé de tristesse ; cependant, à cause de son serment, à cause aussi des convives, il ne voulut pas lui opposer un refus.

Là,  il reconnaît sa faute (sa tristesse) : une parole trop rapide ; un enthousiasme trop vif... Un emportement des sens, malgré la Raison de Dieu. C'est la fidélité à une parole donnée, malgré son erreur, c'est le "Qu'en dira-t-on" qui va donc l'emporter...contre Dieu, contre Jean Le Baptiseur. Il n'a pas eu la force de s'humilier publiquement, en reprenant sa parole, mais peut-être que sa honte va être encore plus forte en choisissant la mort barbare du prophète : publique, racontée, elle va durer jusqu'à nos jours...

VI, 27
Immédiatement il fit appeler un garde et lui donna l'ordre de  rapporter la tête de Jean. - 28 - Cet homme alla  donc décapiter Jean dans sa prison, ; rapportant la tête sur un plat, il la donna à la jeune fille qui la donna à sa mère. - 29 - Ce qu'ayant appris, les disciples de Jean vinrent prendre son corps et ils l'ensevelirent dans un tombeau.

Ce petit film dramatique, ce petit film d'horreur, continue à se passer très rapidement...le temps d'un festin, auquel le plat fait allusion. Ce sera le "festin" , tout symbolique, d'Hérodiade, car elle n'assiste pas au festin, réservé aux hommes. Le don à la fille s'est changé en don à la mère. La jeune fille est entièrement passive face à sa mère.
Le verset 29 est laconique dans sa simplicité. Les disciples ont-ils eu du mal à obtenir le corps de Jean ? L'auteur ne nous dépeint pas non plus la douleur des disciples...Il nous laisse la deviner, et avec eux, la nôtre : aucune parole de sagesse et de vérité n'est sûre d'aboutir, dans notre monde imparfait, et tout doit toujours être recommencé, continué....

Résonance : Un mot / un poème : FESTIN –Recueil : Poésies nouvelles.   La nuit de mai  (extrait)
Ici s’illustre le sacrifice d’une vie pour le bien de tous ; Le Pélican est le symbole de Jean, le contraire d’Hérode.

LA MUSE

Crois-tu donc que je sois comme le vent d'automne,
Qui se nourrit de pleurs jusque sur un tombeau,
Et pour qui la douleur n'est qu'une goutte d'eau ?
Ô poète ! un baiser, c'est moi qui te le donne.
L'herbe que je voulais arracher de ce lieu,
C'est ton oisiveté ; ta douleur est à Dieu.
Quel que soit le souci que ta jeunesse endure,
Laisse-la s'élargir, cette sainte blessure
Que les noirs séraphins t'ont faite au fond du coeur :
Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.
Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,
Que ta voix ici-bas doive rester muette.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L'Océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son coeur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur,
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant ;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le coeur avec un cri sauvage,
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort, se recommande à Dieu.
Poète, c'est ainsi que font les grands poètes.
Ils laissent s'égayer ceux qui vivent un temps ;
Mais les festins humains qu'ils servent à leurs fêtes
Ressemblent la plupart à ceux des pélicans.
Quand ils parlent ainsi d'espérances trompées,
De tristesse et d'oubli, d'amour et de malheur,
Ce n'est pas un concert à dilater le coeur.
Leurs déclamations sont comme des épées :
Elles tracent dans l'air un cercle éblouissant,
Mais il y pend toujours quelque goutte de sang…

                    Alfred de Musset

- voir aussi : les peintures de  Gustave Moreau  sur Salomé...
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[1] Rappel : Hérodiade ne pouvait obtenir la mort de Jean Le Baptiste.

[2] Il s'agit, dans la lignée des Hérode, d'Hérode Antipas ( - 4, av. J. C.  ==> + 39, ap. J. C. ) , fils d'Hérode Le Grand ( 37 ==> -4 av. J.C. ). Hérode Antipas est tétrarque de la Galilée et de la Pérée de  4 av. J.-C. à 39.
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Voir l’insertion de cet article dans l’ensemble plus vaste de mon école du dimanche sur la toile : 848. Marc 6. 14 à 34. Ecole du dimanche. 2. Mars 3e sem.  (01 12 2017)
http://marike.over-blog.com/2017/12/848.marc-6.14-a-34.ec.du-dim.2.mars-3e-sem.html
(L’ école du dimanche sur la toile  commence à l'article 809, à l’adresse : http://marike.over-blog.com/2017/09/809-ecole-du-dimanche-octobre-2017.html )
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Livres de Marike (décrits sur la toile, dans ce blog, et recensions) :
- Anthologie de la prose française. 1100-1900. 
Ed. indépendante illustrée. 2005. 480 p. Prix : 26 €. Epuisée. Qui la rééditera ?
- Etude des Evangiles, suivi de : Les Evangiles et l'écologie
L'Harmattan, coll. Chrétiens autrement. 2006. 155 p. Prix : 14,50 €
- Interroger sa foi. Du calvinisme au judéo-christianisme libéral. Préface du pasteur P. J. Ruff. Editeur : Edilivre. 2013. 261 p. Prix : 20€
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Livres de Michel Lefeuvre, philosophe des sciences : 
Une page sur lui et ses oeuvres : voir en marge d'un article : PAGE 4 : 
http://marike.over-blog.com/
pages/4_Michel_Lefeuvre_et_ses_oeuvres_Michel_Lefeuvre

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Réf. illustration : Angers - BM - ms. 0131 - f. 072 - Hérode le Grand et soldats - 1486  -http://www.enluminures.culture.fr/documentation/enlumine/fr/LISTES/sujet_00.htm

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