168 - Annexe II - Une "logique du vivant" non matérialiste
Introduction : L'exposé ci-dessous est approfondi dans LA CONFERENCE de MICHEL LEFEUVRE, faite à l'Université Interdisciplinaire de Paris le 14 mai 2008 : "UNE NOUVELLE LOGIQUE DU VIVANT; LA THEORIE DE L'EVOLUTION DE ROSINE CHANDEBOIS". Elle se trouve ici, dans la marge de droite, dans l'encadré du "blog du blog" : C1 à C8.
Le rapport entre cet article et les Evangiles n'est pas immédiatement évident pour tous, mais il est réel, car il donne la possibilité d'une interprétation non matérialiste de l'Evolution ; j'ai tâché ci-dessous de vous simplifier l'approche de longs travaux, en vous les présentant en trois pages.
La théorie cybernétique de l'Evolution , la présentation des idées du Professeur Rosine Chandebois, face au néodarwinisme (la théorie synthétique de l'Evolution)...
Par la secrétaire et épouse de Michel Lefeuvre ! travail supervisé par lui !
Ne vous laissez pas embarquer, vous les chrétiens, dans l'idéologie scientifique darwinienne : elle est matérialiste et change une hypothèse philosophique en certitude ; elle est hostile à la métaphysique. A terme, elle va détruire le religieux. Plusieurs scientifiques et philosophes ont démontré d'ailleurs l'inanité de cette thèse. La physique quantique post-darwinienne montre les faiblesses de la physique classique et ouvre la voie à la métaphysique, mais elle n'est même plus enseignée en France à l'école polytechnique aujourd'hui, tant l'idéologie darwinienne envahit tout. C'est un rapport de forces, non une démarche scientifique. Il y a une autre théorie scientifique qui présente une autre hypothèse, beaucoup plus crédible aujourd'hui : c'est celle que je vous présente très brièvement ci-dessous.
Je suis informée de cet état de fait par mon mari, Michel Lefeuvre, philosophe des sciences, qui a découvert toute l'œuvre du Professeur Rosine Chandebois, embryologiste, œuvre difficile, pointue, où il faut s'investir, ce qu'il a fait. Il connaît aussi toutes les œuvres de pointe de son temps, bien sûr, particulièrement en biologie et dans les neurosciences, mais aussi en physique quantique...etc...
Il a fait deux conférences à ce sujet, l'une à l'Université Interdisciplinaire de Paris (UIP - Jean Staune a présenté avec humour Michel Lefeuvre comme le meilleur spécialiste au monde des œuvres du Professeur Rosine Chandebois ! -effectivement cette oeuvre nécessite un gros investissement-...) Cette conférence est reportée sur mon site , en marge de droite, et l'autre au site du « Projet Nouveau Regard, colonne de gauche, « Conférences de la rue du Regard », la dernière. Voyez aussi le site de Jean Staune : allez à « Débat » puis à « Mécanismes de l'évolution », puis en particulier au 8e document : « La fuite en avant du darwinisme » de Rosine Chandebois.
Comment se fait-il que presque tous les scientifiques soient à ce point noyautés par « Darwin » ? En réalité, ceux dont ce n'est pas la spécialité « font confiance » aux spécialistes, et les spécialistes, dirigeants, sont totalement envahis par leur idéologie. Même s'ils sont compétents dans leur spécialité scientifique, ils ne sont pas suffisamment « philosophes généralistes » pour voir le problème.
Moi qui ne suis qu'une simple secrétaire de mon mari, je vais toutefois essayer de vous montrer en un court schéma le problème, mais la question est, bien sûr, à approfondir et à compléter ; je ne peux que vous donner quelques aperçus.
1) la génétique a peu à peu pris le pas sur l'embryologie dans les années 1940, et a envahi tout le terrain de recherche ; même si elle est utile, aujourd'hui on commence à voir ses failles (« Le siècle du gène » (traduction ; éditions Gallimard 2003) de E. Fox Keller (Professeur américain au MIT).
2) l'embryologie, c'est une science de terrain pour découvrir le vivant ; elle est expérimentale ; elle est très vaste car chaque espèce a ses avancées particulières. Elle demande un énorme investissement.
Les découvertes du Professeur Rosine Chandebois sur l'Evolution :
Son ouvrage de base : « Le gène et la forme », paru en 1989, fut préfacé par le grand mathématicien (médaille Fields, l'équivalent du Nobel en mathématique) R. Thom ; il considérait cet ouvrage « comme une incontestable avancée vers une renaissance de l'embryologie ».
- On part de la nature, non d'une construction artificielle de l'homme : on part de la cellule et on l'étudie au microscope.
- Les cellules, dans l'Evolution, d'abord simples (procaryotes), se complexifient (eucaryotes) ; A un moment donné, ces cellules s'unissent entre elles sans se séparer pour former des organismes multicellulaires ; certaines d'entre elles forment le foie, d'autres la rate....
- Elles ont une « mémoire » collective, celle de l'espèce, contenue, non pas dans le génome, qui fournit des protéines pour la construction de l'animal, mais dans le cytoplasme de l'œuf fécondé. Elles ont aussi une mémoire individuelle.
- Chaque étape dans le développement est une petite merveille de synchronisation et de précision. Elles forment comme de petites sociétés d'entraide pour construire l'animal (le système « population cellulaire »); les cellules d'une même identité tissulaire échangent entre elles des informations et se modifient mutuellement au cours de leur progression. Aux intégrons de François Jacob, Rosine Chandebois substitue l'idée de la division des tâches.
- Dans leur développement elles rencontrent d'autres populations cellulaires ; leurs interactions sont soumises à un système d'ordre supérieur : « le système individu » qui coordonne rigoureusement leur action
- S'il y a un plan d'ensemble pour la construction, qui va vers toujours plus de progrès, vers l'homme, il y a des tâtonnements, des ratés, soumis au hasard (évolution adventive), comme la tige qui s'élève (évolution directionnelle) vers des organismes de plus en plus spécialisés, mais qui peut aussi « buissonner » en raison de l'instabilité des gènes qui possèdent beaucoup d'allèles ; c'est ainsi qu'apparaissent toutes sortes de formes étranges, préhistoriques, du rhinocéros à la girafe... le système individu s'insère dans un système d'un ordre supérieur : le système lignée, comme les hominidés, dont l'aboutissement est l'homme.
- il y a en même temps chez l'animal :
construction (vers une lignée somatique),
et reproduction (vers une lignée germinale)
avant la fécondation il y a brassage des gènes, ou meïose,
si bien que chaque œuf héritera d'une identité, d'un génotype particulier.
- Si la construction de l'individu continue (lignée somatique), la lignée germinale s'achève vers un retour à la case départ, et une nouvelle ovulation
- L'œuf est donc à la fois un état initial et un produit.
- La théorie néo darwinienne s'est trop inspirée du modèle binaire informatique ; le « code » est binaire ; mais les gènes sont au service de la cellule, et non l'inverse.
- Enfin Rosine Chandebois substitue, à la notion de hasard et de « code » (théorie synthétique darwinienne de l'Evolution) la théorie cybernétique de l'Evolution ; c'est une nouvelle « logique du vivant ». A ses yeux, l'Evolution est « directionnelle ». Elle exécute un programme conçu par une Intelligence supérieure.
Critique du darwinisme :
La plupart des paragraphes sont des citations tirées de la conférence de Michel Lefeuvre du 14 mai 2008 à l'UIP.
Le néodarwinisme fait confiance exclusivement aux modélisations mathématiques au détriment de l'observation, de l'expérimentation et aussi tout simplement de l'esprit critique : La vie, elle est interprétative ; l'ordinateur, lui, n'interprète pas ses règles de fonctionnement : il les applique1
Par un glissement à peine perceptible de sens, on en vient à traiter l'être vivant lui-même comme un artefact, un objet. Par cette opération, Monod l'a dépouillé de son identité propre, de sa spécificité, de son originalité, de sa spontanéité, de sa sensibilité.
Toute personne, comme tout chercheur qui ne feraient pas allégeance à ce dogme imposé seront traités de vitalistes. Il n'y a pas de salut possible en dehors de la seule biologie moléculaire* car c'est seulement sur la molécule que le hasard peut avoir prise par le jeu de mutations survenant aléatoirement. La cellule, pourtant considérée comme l'unité anatomique et physiologique de tout être vivant, n'est plus désormais envisagée que comme une simple machinerie moléculaire intégrée elle-même dans une super machine que serait l'organisme.
Ce ne sont pas les formes adultes qui se transforment les unes dans les autres ; l'apparition d'une nouvelle espèce est le résultat d'un long échange entre les cellules somatiques (le soma) et les cellules germinales (le germen) se produisant sur de nombreuses générations.
Le néo darwinisme : Le hasard et la sélection naturelle. La théorie synthétique de l'Evolution : à un gène (l'entité biologique mutante) correspond un caractère.
Un constat fait en embryologie est la réapparition de caractères ancestraux au cours de l'organogenèse. Cette réapparition de caractères ancestraux mine la notion même de programme génétique car elle n'est guère compatible avec la notion d'un développement génétiquement programmé. Si les mutations avaient fait disparaître ces caractères ancestraux chez les adultes, d'où viendraient l'information nécessaire à leur réapparition temporaire dans le fœtus des mammifères ? Des darwinistes ont essayé de minimiser la difficulté en disant qu'il ne s'agissait que d'un rapprochement tout à fait vague, la réapparition des fentes branchiales chez le fœtus de mammifères ne pouvant pas être confondue avec l'anatomie d'un poisson adulte. A cette objection, R. Chandebois répond en faisant remarquer que le têtard d'un grenouille possède tout à fait l'anatomie et la physiologie d'un poisson...
...D'une façon générale, ce que R. Chandebois reproche au darwinisme c'est de s'arrêter trop facilement aux modalités et de ne pas voir sous les modalités le fond des choses.
Je pourrais ajouter une autre critique : c'est de confondre la méthodologie avec l'ontologie, la connaissance philosophique de l'être. La méthode expérimentale appliquée aux sciences de la vie leur a fait accomplir d'énormes progrès ; toutefois il ne faut pas qu'elle se fige du point de vue philosophique en un empirisme doctrinal pour lequel n'a de réalité, de vérité que la chose, l'objet sensible. Ce réalisme objectiviste, que démentent aujourd'hui les sciences de pointe comme la mécanique quantique, tarit à sa source le véritable réalisme qui est potentialité, devenir, « se faisant ».
Aujourd'hui on sait qu'une séquence d'A.D.N. peut coder différentes protéines, et que plusieurs séquences peuvent être nécessaires à l'expression d'une protéine. R. Chandebois a eu tort d'avoir raison trop tôt. Aucun scientifique sérieux ne soutiendrait aujourd'hui qu'à un gène correspond une protéine. L'époque du tout génétique a pris fin, le gène ne pouvant plus être considéré comme une unité matérielle identifiable mais tout au plus comme un concept vague, une création de l'esprit qui a servi à la recherche durant un siècle, le 20ème siècle, « le siècle du gène » comme l'appelle Fox Keller ; servir la recherche ou plutôt la retarder, telle est la question que l'on peut se poser ... ?!
La sélection naturelle ...l'adaptation au milieu ... Si l'on verse dans un même verre, tour à tour, de l'eau et du vin, les deux liquides y prendront la même forme et la similitude de forme tiendra à l'identité d'adaptation du contenu au contenant. Il s'agit là d'une action purement mécanique ; la forme à laquelle les deux liquides s'adaptent était déjà là et c'est elle qui leur a imposé sa propre configuration. Mais quand on parle de l'adaptation d'un organisme aux conditions dans lesquelles il doit vivre, où est la forme préexistante ? Il n'y en a pas et c'est tout simplement à l'organisme lui-même qu'il appartiendra de se créer pour lui-même une forme appropriée aux conditions qui lui sont faites, conditions toujours changeantes... Si Dawkins avait lu Uexküll, il le saurait parfaitement.
R.. Dawkins. Ce dernier part d'un traité de W. Paley, un théologien anglican qui s'efforce de démontrer l'existence d'un créateur à partir de l'origine de la vie. Si quelqu'un heurte du pied une montre en traversant la lande, il est obligé de penser qu'elle a été conçue par un horloger. Il en va de même en ce qui concerne la vie dont les rouages sont autrement plus compliqués que ceux d'une montre. Ces rouages si compliqués ne peuvent être que l'œuvre d'un horloger extrêmement savant, d'un créateur tout puissant. Erreur, s'exclame Dawkins. L'horloger, c'est la Nature elle-même qui élimine tout simplement les formes qui sont mal adaptées aux circonstances extérieures, au milieu ambiant et qui par contre, conserve celles qui sont bien adaptées. Pour Dawkins, c'est la Nature qui sélectionne ; c'est un « horloger aveugle » qui n'a rien à voir avec une Intelligence créatrice. Celle-ci est tout simplement remplacée par la sélection naturelle, le deuxième pivot du darwinisme.
R. Chandebois termine par cette remarque pleine d'humour « Subrepticement, sous la plume de Dawkins, c'est la sélection naturelle qui devient le créateur. L'auteur mise, apparemment, sur la précipitation du lecteur, à moins que, dans sa fougue de prosélyte athée, il ne soit aussi aveugle que son horloger. Car avec le même type de raisonnement appliqué aux vieilles horloges, on dirait que l'artisan qui les a conçues et fabriquées n'est autre que la pesanteur qui, en s'exerçant sur les poids, met en marche les rouages qui font tourner les aiguilles et sonner les heures, ou encore quelque inspecteur des travaux finis payé pour détruire toutes celles qui présentent le moindre vice de fabrication ».
Bergson écrivait dans l'Evolution créatrice : « Partout où quelque chose vit, il y a quelque part un registre où le temps s'inscrit » ; je commente cette réflexion de Bergson sur la durée : Pour que le temps ne s'écoule pas en pure perte, il faut qu'il soit retenu, vécu comme un temps qui dure pour l'animal qui perçoit. C'est donc bien avec la durée, comme le pensait Bergson, que s'introduit la subjectivité dans l'univers matériel.2 La notion de programme génétique en est le contre-pied exact puisque tout se passe selon elle en une libération différentielle, séquentielle de l'information génétique* se produisant toujours dans l'instant, moment par moment. Le passé ne se continue plus, ni n'agit plus dans le présent ; l'ordinateur s'est substitué à la durée.
Les rouages du vivant sont calqués sur ceux de l'ordinateur dans « Le hasard et la nécessité ».
***
Résonance : Foi et Raison « La Chronique des Pasquier » « Cécile parmi nous » (1938),
de Georges Duhamel
(Cécile dialogue avec son frère Laurent) :
C : Je ne suis en aucune façon une âme métaphysicienne. Je ne demande pas à mon dieu d’avoir créé ce monde incohérent… Je ne demande à mon Dieu que de lui permettre de l’aimer. Je lui demande aussi la grâce de souffrir sans honte et sans désespoir et, plus tard, demain peut-être, une autre grâce : celle de mourir sans regret. Je ne suis pas bien savante. Je sens quemon cœur est encore tout plein de contradictions. Mais qu’on me laisse chercher, trébucher, faire des faux-pas. Je finirai par suivre ma route.
L : Nous autres, murmurait Laurent, nous autres, gens de la science, nous avons aussi nos dieux, nos rites, nos dogmes, nos lois et d’étonnantes liturgies. Les hommes se sont imaginés qu’ils pourraient vivre sans dieux, mais les plus sages commencent à comprendre que c’est impossible.
[ Ils s’arrêtent alors devant une petite église villageoise…]
C : Entre avec moi, s’écria Cécile.
L : Non, sœur, …j’y ai songé cent fois…mais non, ce n’est pas possible…j’ai bu, dès le commencement, des breuvages qui m’ont empoisonné pour le restant de mes jours. Il faut maintenant que je me débatte avec cette pesante raison qui ne me comble pas, mais qui m’a donné des habitudes tyranniques et dont je sens bien que jamais je ne pourrai me délivrer. Mais je t’envie, sœur, je t’envie. Il me semble que je vois s’élancer un beau navire et que je reste seul, sur le quai, en agitant un mouchoir…
***
1 - « Scientifiquement incorrect ou les dérives idéologiques de la science », de Michel Lefeuvre, p. 118, ed. Salvator, 2006
2 - Scientifiquement incorrect ou les dérives idéologiques de la science, p 123, éditions Salvator, 2006
1 - « Scientifiquement incorrect ou les dérives idéologiques de la science », de Michel Lefeuvre, p. 118, ed. Salvator, 2006
2 - Scientifiquement incorrect ou les dérives idéologiques de la science, p 123, éditions Salvator, 2006