175 - De grands jalons pour le protestantisme - I -
- Le Français Pierre Valdo (également Pierre Valdès ou Pierre Vaudès selon les sources) dit Pierre de Vaux (1140-1206) était un riche marchand de Lyon. Il fit traduire le Nouveau Testament en langue vulgaire, quitta tous ses biens et devint prédicateur itinérant ; il nia la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie ; il créa en 1173 « la Fraternité des pauvres de Lyon » ; il paya de sa poche la traduction de plusieurs livres de la Bible en provençal. il défendit à Rome le sacerdoce universel, l'évangile en langue vulgaire, une plus grande pauvreté de l'Institution ; en somme, un François d'Assise (1182 - 1226) protestant...la Curie prétexta que lui et ses amis ne savaient pas répondre à des points précis de théologie. Ils furent excommuniés en 1184 et leur doctrine condamnée en 1215... Persécutés, chassés de Lyon Valdo et ses disciples s'installèrent dans les hautes vallées du Piémont, puis, en France, dans le Lubéron : l'Eglise vaudoise était née. Les Vaudois se rallièrent à la Réforme en 1532.
- Le théologien anglais John Wyclif (1320-1384) préconise un retour à la Bible, un idéal démocratique, la lutte contre la corruption de l'Eglise d'Angleterre. Il s'oppose à la doctrine de la transsubstantiation. En 1378 il traduit en anglais, malgré l'interdiction de l'Eglise, la Vulgate.
- le Tchèque Jan Hus ou Jean Huss, prêtre, théologien, recteur de l'Université de Prague, s'inspire des idées de John Wyclif et voit ses idées condamnées par le pape ; en 1409 il est brûlé vif.
- Un mouvement naît des idées de Jan Hus : « Les Frères Moraves » : idéal de pauvreté du clergé et de démocratie ; traduction de la bible en langue vulgaire. Le comte Nikolaus Ludwig von Zinzendorf (1700-1760) accueille cette Église persécutée en Moravie ; elle se ralliera ensuite à la Réforme.
-1453 : prise de Constantinople par les Turcs : fin de l'Empire Romain d'Orient. Rapatriement de toutes les richesses intellectuelles, spirituelles et artistiques vers L'Italie : Florence et Rome. L'origine de La Renaissance...
-l'italien, Jérôme Savonarole, qui prêche contre la dépravation des puissants, le luxe, la recherche de profit, de gloire, est excommunié en 1498 et livré au bûcher Il peut aussi être considéré comme un précurseur, même s'il nous a été présenté dans nos écoles comme un fanatique rabat-joie, luttant contre l'art, crime suprême dans la Florence d'alors...
-Les humanistes chrétiens, ou évangélistes, comme l'italien Laurent Valla (1407-1457)[1], : Il est parmi les premiers exégètes bibliques qui incitent d'autres Evangélistes ou Réformateurs à travailler la Bible et à la rendre accessible à tous en la traduisant du latin (la Vulgate) dans les langues vernaculaires ; notons ensuite, parmi les Européens les plus connus : Ficin et son disciple : Pic de La Mirandole (1463-1494), le Français Jacques Lefèvre d'Etaples (1455 ? - 1537), le Hollandais Erasme (1467-1536), mais davantage européen, l'anglais Thomas More (1480-1535), l'Anglais William Tyndale (1494-1536) qui traduit pour la première fois le Nouveau Testament, et l'Ancien Testament à partir de l'hébreu.
Au seizième siècle,
En Angleterre :
- sous Édouard VI. L'archevêque de Canturbery, Thomas Cranmer, publia le premier Book of Common Prayer (Livre de Prière Commune) en décembre 1549, pour adapter la Réforme continentale à l'Angleterre : l'église primitive des premiers temps est prise comme modèle, l'accent est mis sur l'accessibilité des Écritures en langue anglaise, la communion pour tous par le pain et le vin.
- Le retour au catholicisme avec Marie Tudor ou Marie La Sanglante (1516 - 1558), qui fit exécuter de nombreux protestants, ou les força à l'exil, en Allemagne, par exemple ; à la mort de celle-ci les positions du protestantisme anglais se durcissent.
- La Réforme d'Elisabeth I (1533 - 1603) : Souveraine énergique et autoritaire, elle dote l'Angleterre d'une religion d'État par l'Acte de suprématie dès 1559, qui exige des évêques un serment de fidélité à la reine, « gouverneur suprême » de l'Église.
En 1563, le bill des Trente-Neuf Articles en 1563 constitue une véritable charte de l'anglicanisme[3] :
Mais la reine se heurte à l'opposition des puritains, qu'elle pourchasse. Les calvinistes stricts, proches du réformateur John Knox (1513 - 1572) et du mouvement presbytérien[4] écossais qu'il a fondé, désirent purifier l'anglicanisme du papisme.
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[1] Laurent Valla est resté bien en cour au Vatican grâce à la protection d'un pape. En particulier Valla prouve que la Donation de Constantin au pape Sylvestre Ier est un faux. Par ce document, le pape prétendait avoir hérité de la dignité des derniers empereurs ayant réellement gouverné l'empire romain.
[2] Martin Bucer (1491-1551). Humaniste, il a, toute sa vie, tenté de sauvegarder l'unité de l'Église. Dans l'opposition entre Luther et Zwingli sur la Cène (communion) il tente vainement de trouver un accord. Il accueille à Strasbourg les anabaptistes persécutés. Il essaie aussi de rapprocher catholiques et protestants sur les points fondamentaux. Mais ses tentatives échouent. Exilé de Strasbourg par Charles Quint en 1549, il se réfugie à Cambridge. Il y enseigne jusqu'à sa mort, et joue un grand rôle dans l'établissement de la Réforme anglicane.
[3] L'anglicanisme
Cette forme tempérée de protestantisme a encore aujourd'hui comme base doctrinale les 39 articles d'orientation calviniste: pour les anglicans, l'Ecriture est l'autorité unique en matière de foi, le baptême et la Cène sont les deux sacrements, et il n'existe aucune obligation de célibat ecclésiastique. L'usage du latin est abandonné ainsi que l'obligation du célibat des prêtres. Des éléments catholicisants subsistent cependant dans la liturgie et le principe épiscopal est maintenu.
Différents courants existent dans les Eglises anglicanes:
- le courant High Church (appelé aussi anglo-catholicisme), qui valorise la tradition de l'Eglise ancienne, insiste sur l'importance de l'épiscopat et de la succession apostolique, défend les ornements liturgiques et, d'une manière générale, les usages (comme la célébration de l'eucharistie le dos tourné à l'assistance) qui rapprochent l'anglicanisme du catholicisme;
- le courant Low Church , qui insiste, au contraire, sur le fait que l'anglicanisme est issu de la Réforme. Il défend une conception plus fonctionnelle de l'épiscopat et souhaite une liturgie simple, dépouillée. Il se méfie souvent des tentatives de rapprochement avec Rome. Marqué par le puritanisme au XVII e siècle, puis par un mouvement, le Réveil, au XIX e siècle, le courant Low Church insiste particulièrement sur l'autorité des textes bibliques;
- le courant Broad Church , qui est proche sur certains points du courant Low Church (notamment, leur conception du ministère est identique), mais il interprète la Bible de façon libérale et veut accompagner théologiquement la modernité.
Le premier terme est anglo-saxon, le second est en usage en Europe occidentale.
Les presbytériens représentent une lignée issue de Jean Calvin. Les confessions de foi des Eglises presbytériennes et réformées ont souvent revêtu un caractère national, comme en témoignent la Confession d'Ecosse, la Confession helvétique, la Confession de La Rochelle (pour la France). Les doctrines principales de ces Eglises sont identiques à celles des Eglises luthériennes, mais elles considèrent que, lors de la Cène, la présence réelle du Christ dans les éléments du pain et du vin est d'ordre spirituel: elle s'opère par le Saint-Esprit et non par une transformation du pain et du vin.