176 - De grands jalons pour le protestantisme - II -
- les Anabaptistes qui pratiquent le baptême à l'âge adulte sont apparentés aux Mémonnites, aux Amish et aux Baptistes ; ils adoptent le sacerdoce universel.
- Les Quakers (Dieu parle directement aux hommes par l'Esprit) ; (ils apparaîtront plus tard dans la littérature dans le « Chatterton » de Vigny (1835)
- Spinoza (1632-1677) : Issu d'une famille marrane[5] ayant fui en Hollande, il fut un héritier critique du cartésianisme et prit ses distances vis-à-vis de toute pratique religieuse, mais non de la réflexion théologique grâce à ses nombreux contacts interreligieux
Remarquons que le libéralisme est, au départ en tous les cas, le fait d'individus isolés car chacun prend ses propres marques face à la raison, tandis que les groupes religieux suivent ce qui a été fixé.
Les Héritiers : Les premiers exégètes bibliques célèbres :
- Richard Simon, catholique (1638 - 1712), peut être considéré comme le fondateur de l'exégèse moderne (Histoire critique du Vieux Testament) Ses publications furent très combattues et retardées ; ensuite l'exégèse s'est poursuivie principalement par des protestants, comme :
- Pierre Bayle (1647 - 1706) ; dans son Dictionnaire, il va examiner le plus grand nombre d'opinions et va les fortifier d'arguments nouveaux ; Dans ses écrits, il a frayé la voie à la philosophie des Lumières.
Parallèlement au courant libéral et rationaliste, naît en Allemagne un courant qui le complète :
- le piétisme[6], intégrant la sensibilité et le mysticisme : l'expérience religieuse doit être individuelle ; cette spiritualité doit progresser par l'étude de la Bible, la prière et la méditation. La foi n'est pas qu'acceptation de propositions théologiques correctes mais foi dans le Christ, conversion. Il n'y a aucune séparation entre le séculier et le spirituel. Ce courant insiste sur la « foi vivante » et les signes de la foi dans la vie de tous les jours.
Le piétisme fut aussi alimenté par un courant français, venu du « quiétisme » : la doctrine du pur amour, de Madame Guyon (1648 - 1717), l'amie de Fénélon (1651 - 1715), qui fut disgrâcié en 1699. Tombée en défaveur, madame Guyon tente de se réfugier dans l'isolement et le silence. Emprisonnée le 27 décembre 1695 sans raison précise (ce qui est rendu possible par l'arbitraire, aujourd'hui presque incompréhensible, propre à la « lettre de cachet »), elle sera suspectée de mauvaises mœurs et d'avoir fondé une « petite Eglise » secrète. Mais les pressions violentes du pouvoir judiciaire royal (38 interrogatoires par La Reynie puis par d'Argenson), du confesseur imposé et de l'archevêque de Paris (ces derniers affrontés en prison!) ne mèneront à rien. Lavée de tout soupçon, elle sort de la Bastille à cinquante-cinq ans, le 24 mars 1703, sur un brancard. Il lui reste un peu plus de treize années à vivre. Elle les consacre à Blois (à Diziers) à former des disciples catholiques et protestants, les ouvrant à la vie intérieure dans une discrétion totale. Elle meurt paisiblement le 9 juin 1717.
Son influence sera notable en milieu protestant sur Poiret, Tersteegen, Wesley, des quakers, ...
Au dix-huitième siècle
Voyons d'abord les courants « orthodoxes » plus traditionalistes que rénovateurs.
- John Wesley (1703 - 1791) et le méthodisme (méthode dans les pratiques religieuses) ; ordonné pasteur anglican en 1728, il est ensuite influencé par les Frères Moraves (voir après Jean Huss) et le mouvement du Réveil (cf. le XIXe siècle). Prédicateur itinérant, il parcourt plus de 400 000 km, la plupart du temps à cheval ; il prononce plus de 40 000 sermons. Il lutte contre l'ignorance et la pauvreté ; il s'élève contre l'esclavage ; il rompt avec l'Eglise anglicane en 1784 et fonde sa propre église. A sa mort on comptait environ 130 000 méthodistes en Angleterre et aux Etats-Unis.
Les libéraux :
Les héritiers de cette pensée libre furent très nombreux, particulièrement, dès le 18e siècle, en Allemagne, en Suisse et en Angleterre -voir à ce sujet « L'histoire du protestantisme » de Emile G. Léonard (ed. Que Sais-je ? pp. 88, 89). Nos philosophes des Lumières s'inspirèrent d'eux, directement et indirectement ; ils soutinrent, à la fin de la période dite « du Désert », les Huguenots (Voltaire et l'affaire Calas - le supplice de Jean Calas : 1762-).
- 2 grands noms :
- Jean-Paul Rabaut, dit Saint-Étienne -fils du pasteur Paul Rabaud, de Nîmes, défenseur de Marie Durand- un des rédacteurs de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen
- Antoine Court de Gébelin -fils d'Antoine Court (réorganisateur du protestantisme français)- fut l'un des premiers orientalistes français.
-Louis XVI accorde aux protestants, sous la pression de La Fayette et de Malesherbes, des pasteurs, des ruraux, des gentilshommes du Désert et de la bourgeoisie protestante des villes, « L'Edit de Tolérance » (29 nov 1787) : l'Etat-civil, l'admission à toutes les charges et une demi-liberté religieuse que la Révolution parachèvera.
________________________________________________________________________
[5] Marranes : Juifs convertis de force par l'Inquisition au catholicisme dans la péninsule ibérique
[6] Le nom de piétisme vient des collegia pietatis (réunions de piété) organisées par le théologien protestant d'origine alsacienne Philipp Jakob Spener (1635-1705) alors qu'il était pasteur à Francfort-sur-le-Main.