199 - En l'homme : l'animal ou l'Homme ?

Publié le par marike.over-blog.com

 Aujourd'hui le nouveau « pari » de l'homme : animal ou Esprit ?

 

Nous sommes à la fois animal et être humain ; Deux options possibles : miser sur l'animal en nous ou sur l'homme ?

 

Comme aurait dit Pascal il faut en réalité choisir, là encore, « parier », et pourtant ce n'est pas aisé car en fait l'homme appartient aux deux :

 

S'il opte pour l'animal, en lui, alors il ne se pose plus les grandes questions sans réponse : qu'est-ce que la vie ? Pourquoi la vie et la mort ? Pourquoi sommes-nous sur terre ?  Qui a créé l'univers, prodigieuse et incompréhensible création ? etc...Il pense qu'après la mort tout est fini. Il tourne donc ses regards vers elle le moins souvent possible ; il l'a en horreur ; il en a peur. Vive la citrouille et les sorcières du jour des morts qui lui cachent cette vérité. Il ne veut pas la voir. Tout ce qu'il cherche est un certain équilibre de vie sur terre, puisqu'après elle, tout est fini.  Il ne regarde plus vers sa mort, vers l'au-delà de sa mort, vers la perennité  possible de son âme et les diverses formes qu'elle pourrait prendre. Il cherche à vivre selon son instinct vital : en effet, regardons l'animal vivre : il est plus limité que nous, mais il est, d'une certaine manière, plus honnête que nous : il tue, mais c'est pour manger, ou il est guidé par son instinct, par exemple le chat qui joue avec la souris sans se rendre compte qu'il est cruel quand, vivante, il la met en pièces. En réalité, sa conscience est limitée, comme son intelligence.

 

Par contre, l'homme peut être consciemment cruel ; le pire exemple qui me vienne à l'esprit, c'est, pour soumettre un homme, de lui appliquer un traitement psychiatrique qui  détruise sa conscience et sa volonté. Cela, aucun animal ne le fait ni ne peut le faire, et c'est au XXe siècle que ce fait barbare est apparu... toutefois, lors des grands procès, comme celui de Nuremberg, les coupables ne semblaient pas être conscients de leur faute...Se pourrait-il que certains hommes n'aient que la conscience des animaux, tout en conservant l'intelligence humaine ? Se pourrait-il qu'il y ait une gradation dans l'âme des personnes, de l'animal à l'homme supérieur ? On peut en effet considérer qu'il y a une immense différence entre un homme des plus ordinaires et un homme supérieur, comme Platon, Phidias, Jésus, Léonard de Vinci, Rembrandt ou Mozart.

 

La question que l'on peut se poser alors, c'est si un homme complètement athée, sans réminiscences enfantines d'une éducation spirituelle, sans aucune immersion dans une culture, une civilisation -jusqu'ici toutes ont été spirituelles- pourrait être un grand créateur ?

 

On ne peut avoir aucun doute sur l'apport spirituel dans les grands initiateurs des grandes religions (Bouddha, Moïse, ...), chez certains mystiques (François d'Assise...) ou chez certains artistes (Fra Angelico, Péguy, Bach...),  mais chez d'autres créateurs, le spirituel n'apparaît pas aussi directement. Prenons l'exemple du pasteur Vincent Van Gogh... sa peinture ne porte pas spécialement les traces de sa religion : un village, un champ de blé, un portrait...qu'est-ce qui le mène, malgré sa misère morale et matérielle, à continuer ce bout de chemin dans la vie ? quelle est la force intérieure qui l'oblige, malgré sa lassitude, jusqu'à la folie, à peindre inlassablement, à transmettre sa propre vision des choses ?... L'artiste dédie-t-il intérieurement ses œuvres à Dieu ? Est-ce un dynamisme inconscient qui le pousse ainsi ? Est-ce la conscience de la beauté, de la grandeur de son travail qui le pousse à avancer ? Est-ce donc l'œuvre elle-même qui lui dicte sa conduite ? Pourquoi Dieu a-t-il créé, à côté d'une fleur, un hippopotame ? ...Il faut avouer que parfois la création est déconcertante. De nos jours, avec l'art abstrait, non figuratif, il y a beaucoup d'usurpateurs dans l'art et il est parfois difficile de faire la part des choses...Nous savons que ce n'est pas la célébrité dans le court terme qui peut être probante, et dans aucun domaine. Rappelons-nous, de plus, le :

« Il faut être toujours ivre » de Baudelaire, « pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps...il faut vous enivrer sans trève... de vin, de poésie ou de vertu, à votre guise... » 

Les croyants pourraient dire que ces hommes supérieurs sont une sorte de canal par où passe l'Esprit : « Je ne vis plus, c'est Christ qui vit en moi 1 i[1] »

Voilà encore une question sans réponse, mais, pour moi, je pense que le plus vraisemblable c'est cette dernière analyse : le « croyant » -la définition de ce mot doit être large- est le vecteur de transmission de l'Esprit créateur.

 

            Depuis le XIXe siècle et l'avènement de l'ère industrielle, qui succède tant soit peu à celle de l'agriculture, présente, avec l'élevage, depuis la nuit des temps -on en a un reflet dans l'Ancien Testament-, on constate la montée d'un positivisme scientiste, qui s'éloigne de plus en plus de la nature...

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Maintenant, passons « à l'autre rive », c'est à dire du côté de celles, de ceux qui voient que l'homme est bien un animal, qu'il s'insère bien dans toute la chaîne de l'Evolution, mais qu'il est plus qu'un animal, beaucoup plus...grâce au vecteur du langage, en lui, vecteur qui a ouvert la porte.. . à l'écrit, au dictionnaire, à l'immense champ de la pensée et de l'imagination approfondies, de la mémoire élargie, de la science, de l'art et de la mystique...L'homme est donc comme un arbre immense, pourrait-on dire, qui s'élance vers le Ciel sans pouvoir en atteindre les secrets...Il y dirige toutes ses branches : son art, sa mystique, son imagination essaient de combler les vides, ainsi que ses essais dans les sciences. Aucune des ces branches ne doit renier l'autre ; elles forment un tout, et toutes sont insuffisantes.

 

Aujourd'hui  la technique et les sciences sont dominantes, jusqu'à oublier la religion et la mystique, la morale même, jusqu'à parfois même les mépriser : n'ai-je pas entendu cette phrase, lors de mai 68 « Il n'y a plus de morale ! »...mais de quelle morale veut-on parler quand on dit cela ? Est-ce  celle des Pharisiens ou celle de Jésus ? Moi, je parle de la « vraie », universelle, souvent inatteignable par l'homme, à réinventer pour chaque cas particulier, avec pour nous comme base les Dix  Commandements de Moïse et les deux lois d'amour de Jésus.

 

Toute la question est de savoir si la vocation véritable de l'homme n'est pas de s'élever tellement au-dessus de l'animal qu'il peut finir, hors du temps, par rejoindre les Cieux, en alliant en lui l'innocence de l'animal -qui est sans véritable conscience- à la conscience qui lui est donnée en germe dès sa création et dont l'authentique vocation est de croître .

 

Il y a donc un parcours multiple à accomplir, par toutes les différentes « branches ». Celles-ci s'enrichissent de leurs ramifications. Prenons donc la branche la plus écartée aujourd'hui : celle de la religion : ne porte-t-elle pas symboliquement et mythiquement la morale ? N'affirme-t-elle pas, comme certains chefs d'œuvre de l'art, le mystère de l'Esprit, face à l'orgueil de l'homme ? Ne le pose-t-elle pas vivant, cet Esprit, avec courage, par son imagination créatrice ? La religion ne réaffirme-t-elle pas avec force la véritable vocation de l'homme ? Et cette force de l'Esprit, par exemple dans les guérisons inexpliquées par la science, ne la présente-t-elle pas ?  L'homme, dit-elle, est un réservoir beaucoup plus vaste de « Ciel » que les sciences et les techniques ne peuvent l'appréhender ; seule une intuition, des témoignages extraordinaires, une foi, un art, une mystique peuvent le dire. Comment ne peut-on pas penser à la part des Cieux en l'homme quand on écoute telle ou telle musique ? Qui va la ravaler, sans infiniment l'appauvrir, au niveau de sa petite compréhension rationnelle ?

 

« il y a plus de choses au ciel et sur la terre, Horatio, que ne peut en rêver votre philosophie »[2].

 

C'est ce que dit Hamlet après avoir vu et entendu le spectre, l'esprit de son père.

 

Mais aussi, toute branche est vulnérable, ou peut prendre une mauvaise direction, car elle est rattachée à l'homme, toujours vulnérable, imparfait.

 

Je ne peux, dans cette réflexion, faire l'impasse sur  tous les grands penseurs de notre temps qui ont aboli une partie ou tout de la religion, et l'ont laissée comme abandonnée.. Connaissant bien les limites de mes connaissances, je me risque toutefois à réfléchir sur les « grandes lignes » :

Freud, avec sa découverte de l'inconscient, a remis en cause la notion de péché : nous ne pouvons nous dire coupables puisque nous ne pouvons nous guérir nous-mêmes de notre inconscient ; mais le « Connais-toi toi-même » de Socrate, reste toujours valable... Une première démarche vers « l'infini », « l'impossible ».

Marx a limité sa quête à l'égale répartition des richesses pour tous : une sorte de justice sociale limitée à notre terre ; pour ce faire, selon lui, ni la liberté de l'homme dans l'immédiat, ni Dieu, n'étaient indispensables... Ses héritiers ont échoué face à Jésus et sa non-violence.

Nietzsche a fait le bilan : Dieu est mort : les hommes restent dans le statu quo ; ils ne progressent pas moralement, de génération en génération ; ils peuvent même reculer. Il faut tout détruire et repartir à zéro pour conquérir ce « Ciel » de l'homme . Il s'est bien chargé avec quelques autres de tout détruire...mais il n'a rien reconstruit et nous a laissés orphelins, se nommant « le précurseur » (alors que Jean Le Baptiseur fut le précurseur d'un vivant, à ses côtés : Jésus). D'ailleurs, est-il vraiment possible à l'homme de reconstruire tout « de neuf » en partant de zéro ? N'est-il pas plus sage de partir de notre richesse spirituelle et de l'approfondir, de l'améliorer encore, en pensant que les Cieux resteront peut-être toujours éloignés de notre terre ?

« Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. »  Guillaume de Nassau3   [3]

On n'accusera pas ainsi la religion d'être « l'opium du peuple ».

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En conclusion, oui à l'Homme, oui à sa croissance intérieure, oui à sa quête, dans tous les domaines humains possibles de recherche, mais oui aussi à sa lucidité sur lui-même et sur sa recherche, à son humilité, à son travail sur lui-même : qu'il s'empresse de se condamner lui-même, de se limiter lui-même avant de condamner légèrement les autres, de les limiter.

 

 

 



[1] 1La Bible, le Nouveau Testament, « Epitre de Saint Paul aux Galates » II, 20

[2] 2« Hamlet », acte I, scène 5, de Shakespeare : "There are more things in heaven and earth, Horatio, than are dreamt of in your philosophy"

[3]Guillaume Ier d'Orange-Nassau (1533-1584), appelé aussi Guillaume le Taciturne ; 

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