200 - La décroissance - I -
Darwin est bien dépassé, mais il est curieux que nul n'ait l'air de s'en rendre compte...
Serait-il possible qu'il en soit de même de la croissance ?
Sites et associations :
1)Wikipedia
2) La ligne d'horizon de François Partant
3) Manifeste du Réseau pour l'Après-Développement
Réseau des Objecteurs de Croissance pour l'Après-Développement - ROCADe
Je vais relever quelques citations-clés de ces trois sites très voisins dans leur démarche :
I - Citations choisies tirées du site de Wikipedia
La décroissance est un terme qui désigne deux concepts distincts mais complémentaires :
- Une projection économique théorique qui considère comme non durable la croissance économique ;
- Un ensemble de mouvements politiques et sociaux qui s'opposent au modèle social basé sur le développement de la consommation.
La décroissance comme projection économique
Le concept de décroissance est utilisé pour contester l'idée selon laquelle la croissance économique initiée à la révolution industrielle pourrait être durable, en raison notamment de la raréfaction des ressources naturelles et des dommages sur l'environnement, le climat et les écosystèmes qu'elle engendre.
L'origine de ce concept et des théories qui l'accompagnent repose sur le constat que les indicateurs économiques tels que le PIB n'évaluent pas le coût environnemental de l'exploitation des ressources naturelles, et ne prennent pas en compte la finitude des quantités de ressources non-renouvelables (pétrole, minerais). Ce concept a acquis une certaine notoriété dans le cadre de la crise pétrolière ou du réchauffement climatique du début du XXIe siècle.
Sont concernés des chercheurs (notamment ceux qui étudient les question pétrolières) qui soutiennent l'idée d'une décroissance de la consommation énergétique,
Sur le plan économique, la décroissance est très marginale au sein des théories économiques actuelles et n'est représentée et défendue que par quelques chercheurs en sciences économiques. Cette idée radicale d'une remise en cause du primat de la croissance émerge dans le débat public au début des années 1970
La décroissance comme projet politique et social
La décroissance désigne aussi des mouvements anti-productivistes (écologistes,altermondialistes) qui proposent un projet politique et social de prise en compte de la problématique énergétique. On parle de « décroissants », ou d' « objecteurs de croissance » (« downshifters » ou « downsizers » pour les anglophones), pour désigner ses militants.
Considérant que la croissance économique a pour principale manifestation dans sa forme actuelle et dans les pays riches l'accumulation croissante par les ménages de biens de consommation, les courants de la décroissance rejoignent les critiques de la société de consommation qui estiment que l'accroissement continuel de la consommation n'implique pas nécessairement une amélioration du bien-être et du mieux-vivre.
Ils souhaitent ainsi réduire l'empreinte écologique de ces nations, mais entendent aussi résoudre par cette même « décroissance » des pays riches la fracture Nord/Sud, réduire les inégalités, et permettre aux pays du sud d'éradiquer les phénomènes d'extrême pauvreté.
Ces mouvements « décroissants » reposent au plan individuel sur la démarche dite de « simplicité volontaire », et au plan collectif sur la création d'un projet politique qui permettrait de favoriser et amplifier cette démarche individuelle. Ils proposent ainsi un fonctionnement économique et social s'opposant à ce qu'ils appellent l'économisme, ainsi qu'à la mondialisationet cherchent à reconsidérer les notions de pouvoir d'achat et de niveau de vie. Cela revient à envisager autrement la nature des investissements, et le fonctionnement des échanges tant sur le plan national qu'international notamment par une « relocalisation » des activités économiques. Il est nécessaire à leurs yeux d'inventer un nouveau mode de développement économique qui ne passe pas par la recherche de la croissance de la production économique mais prenne comme base une décroissance des dépenses énergétiques, à l'opposé notamment d'une perspective de développement durable.
Les précurseurs : au XIXe siècle : Gandhi, Tolstoï, des mouvements chrétiens et socialistes.
Rapports du Club de Rome
En 1968, le Club de Rome commande à une équipe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology un rapport pour préconiser des solutions pratiques aux problèmes planétaires. Ce rapport publié en 1972, intitulé Limits to Growth (Halte à la croissance ? dans son édition française), est la première étude importante soulignant les dangers écologiques de la croissance économique et surtout démographique que connaît alors le monde.
Un second rapport intitulé Sortir de l'ère du gaspillage : demain fut publié en 1974.
Ces rapports, également connus sous le nom de rapports Meadows, ne sont pas au sens strict des textes fondateurs de la décroissance, car ils défendent seulement la « croissance zéro ». Ils sont cependant considérés comme les premières études « officielles » présentant explicitement la croissance économique comme un facteur essentiel de l'aggravation des dérèglements planétaires (pollution, pénuries de matières premières, destruction des écosystèmes), et sont parmi les premiers écrits qui remettent en cause la croissance.
Thèse de Nicholas Georgescu-Roegen
Nicholas Georgescu-Roegen est considéré comme l'inventeur du concept de décroissance et son principal théoricien. Il publie en 1971 un ouvrage titré The Entropy Law and the Economic Process. En 1979, Jacques Grinevald traduit l'ouvrage sous le titre Demain la décroissance.
Nicholas Georgescu-Roegen estime que le modèle économique néoclassique est fondé sur le paradigme de la mécanique newtonienne et ne prend pas en compte le principe de la dégradation de l'énergie et de la matière. Il se fonde quant à lui sur le paradigme de la thermodynamique et introduit le principe d'entropie (deuxième principe de la thermodynamique) dans son modèle économique. Il associe aux flux économiques de la matière et de l'énergie qui par le biais des différents processus de production se dégradent de manière irréversible. Par exemple les matières premières utilisées pour la construction des ordinateurs sont fragmentées et disséminées à travers toute la planète et il devient pratiquement impossible de reconstituer les minerais d'origine. Quant à l'énergie utilisée pour leur fabrication, elle est dissipée à jamais.
Problématiques écologiques et sociales
Le concept de décroissance rencontre un écho important dans le débat public pour différentes raisons, problématiques, et conjonctures :
- Épuisement des ressources énergétiques : pétrole (pic pétrolier mondial arrivant entre 2008 et 2040 selon les prévisions des compagnies et des gouvernements gaz (70 ans), uranium (entre 50 et 220 ans), charbon (200 ans (au rythme actuel de consommation) ou qui serait déjà passé en 2005 selon Colin Campbell de l'ASPO.
- Raréfaction de nombreuses ressources minières : indium, nickel, cobalt (ces deux derniers éléments entrent dans la composition de l'acier), cuivre, iridium, etc.
- Dégradation de l'environnement : effet de serre, dérégulation du climat, perte de la biodiversité, pollutions diverses. Corollaire : dégradation de la santé des populations. Stérilité, allergies, malformations, troubles mentaux et augmentation du cancer en France de 63 % de 1980 à 2000 (280 000 cas, dont seuls 30 % sont imputables au tabac et à l'alcool), bien que le vieillissement de la population soit aussi un facteur multiplicateur.
- Évolution du mode de vie des pays développés : transports, traitement des déchets, alimentation (obésité dans les pays développés, malnutrition dans les pays pauvres). Exploitation des ressources des pays du Sud au profit de ceux du Nord, ressources énergiques et minières, et ressources agricoles (plantes fourragères). Exploitation parfois considérée comme « néo-coloniale » ou « post-coloniale ».
- Problème de l'empreinte écologique (en hectares) du mode de vie d'un européen moyen (c'est-à-dire la surface estimée nécessaire pour produire ses ressources consommées et pour absorber ses déchets et pollutions). Les estimations montrent qu'il faudrait entre 3 et 8 planètes Terre pour que la population mondiale puisse vivre à la manière d'un européen.
- Crise d'autres explications de la crise écologique, telles que le marxisme. Le fait que les pays qui se réclamaient du marxisme ne protégeaient pas mieux la planète que les autres pays menait à la conclusion que le marxisme était incapable de proposer une solution à la crise écologique.
Le concept de décroissance tente de montrer qu'augmenter constamment la production de biens et services augmente nécessairement la consommation des ressources naturelles, ne faisant donc qu'accélérer le moment de leur épuisement complet. Il tente de montrer aussi que la dématérialisation de l'économie, espérée par les partisans de la croissance, est un leurre.
Pour certains de ses partisans, la décroissance sera, tôt ou tard, imposée par la raréfaction des ressources naturelles, en particulier des ressources en énergie (pétrole, gaz, charbon et uranium). Selon Yves Cochet, « On a pas à choisir si l'on est pour ou contre la décroissance, elle est inéluctable, elle arrivera qu'on le veuille ou non .» La question est donc selon eux de la choisir maintenant afin d'enrayer les risques qui peuvent survenir dans un futur assez proches : pénuries, pics de l'énergie ou tensions géopolitique qui pourraient en découler, ou d'attendre que ces évènements arrivent pour la choisir. C'est dans cette logique qu'ils critiquent vivement la classe politique contemporaine qui considère la croissance comme la solution aux problèmes actuels de société, alors qu'elle en serait la cause
Le concept de « décroissance » naît d'une remise en cause du concept de croissance économique et de l'outil privilégié de sa mesure, le PIB. Les promoteurs du concept de décroissance affirment que la croissance telle que mesurée par le PIB n'est « que quantitative » (par opposition à qualitative), puisqu'elle ne mesure que l'augmentation de la production et de la vente de biens et services sans tenir compte du bien-être des populations, de la santé des éco-systèmes et des équilibres climatiques. Ils privilégient des indices de développement alternatifs tels que l'Indice de développement humain, l'empreinte écologique, l'indice de santé sociale.
La critique de la croissance passe toutefois nécessairement par une réflexion sur ce qu'est le "progrès", qui comme le "développement", est une vision unidirectionnelle de l'histoire
20 % de la population planétaire représentent déjà 86 % de la consommation privée
Une solution (libertaire) serait de promouvoir une organisation de la société en fédération de communes libres, la pratique de l'autogestion sur les lieux de travail et dans les quartiers ainsi que la relocalisation de l'économie.
Les partisans de la décroissance défendent leurs convictions par le biais de certains évènements comme la « journée sans achat » ou des « marches pour la décroissance ». Ces marches s'inscrivent, aux yeux de leurs participants, dans la tradition des marches de désobéissance civile comme la marche du sel menée par Mohandas Karamchand Gandhi. Elles sont généralement autogérées et autonomes : aucun véhicule motorisé n'est utilisé pour transporter la nourriture et les tentes. Les objets lourds ou volumineux sont transportés par des ânes, des vélos ou sur des carrioles. Même si toutes les marches ne se réclament pas explicitement de la décroissance, ces événements constituent un aspect du militantisme décroissant. Avec la lenteur et la convivialité comme valeurs principales, les « marcheurs de la décroissance» sillonnent les routes et peuvent prendre le temps de s'arrêter pour discuter avec les personnes rencontrées en chemin. Les débats et la transmission des idées se font de personne à personne, plutôt que par l'intermédiaire des médias de masse.
Plusieurs marches se sont tenues depuis 2005, rassemblant jusqu'à 500 personnes. En particulier, le 3 juillet 2005, environ 500 personnes ont défilé sur 15 km pour demander la suppression du Grand Prix automobile de France de Formule 1, considéré comme symbole de la société de croissance et de gaspillage des ressources. À midi, José Bové, Albert Jacquard, Serge Latouche et François Schneider avaient pris la parole sur la place du village de Magny-Cours.
Processus de mise en place
On ne trouve pas encore beaucoup d'applications à grande échelle, on voit cependant apparaitre des initiatives locales qui s'inscrivent dans une démarche décroissante. On peut citer en exemple les associations pour le maintien d'une agriculture paysanne qui sont une alternative concrète à l'industrie agro-alimentaire et qui illustrent ce que Serge Latouche nomme la « sortie de l'économie », c'est à dire la transformation du rapport client-fournisseur en un lien relocalisé de coproduction et de cogestion. Ainsi au sein des AMAP la valorisation des produits (fruits et légumes) ne dépend pas de la loi de l'offre et de la demande. La relation entre le producteur et les adhérents est une relation d'entraide et de soutien qui dépasse le cadre économique du simple rapport marchand.
Critiques sur le plan économique
La plupart des écoles de pensée économique estiment que la croissance économique permet la création de richesses, d'emploi, l'amélioration du niveau de vie, l'amélioration de l'éducation et des systèmes de santé et l'allongement de l'espérance de vie. A contrario, la décroissance est considérée comme devant générer une récession et son corollaire : hausse du chômage, perte de pouvoir d'achat des ménages et violences sociales. Christian Blanc exprime cela par l'expression « la croissance ou le chaos ».