246 - Jean Calvin. "L'Institution de la religion chrétienne" II, 2. Le libre-arbitre. Le mal

Publié le par marike.over-blog.com

17 06 09


246- Calvin - « L'Institution... ». II,2. L'homme privé du libre arbitre 

 

La définition du Libre-arbitre (p. 206), selon Origène, est une faculté de la raison pour discerner le bien et le mal, et de la volonté pour faire l'un ou l'autre. Selon Saint Augustin c'est une faculté de la raison et de la volonté, par laquelle on discerne le bien, si la grâce de Dieu aide, et le mal si elle manque. Saint Augustin ici accorde plus de pouvoir à Dieu en montrant que c'est lui qui oriente d'abord notre raison et notre volonté.

 

L'homme, livré au péché, a-t-il perdu toute liberté ? L'homme doit aspirer au bien et à la liberté. Ni sous estimer, ni surestimer l'homme. Les grâces qu'il a lui viennent de Dieu.

 

L'homme a été créé à l'image de Dieu (Genèse I, 27)


Cela signifie, nous dit Calvin, que l'homme n'a pas été riche de ses propres biens, mais que son bonheur était d'être proche de Dieu.

 

Puis l'auteur  en veut aux philosophes qui  défendent le libre-arbitre de l'homme :

Ils nous comparent à une tige de roseau qui ne peut rien soutenir sans se courber immédiatement. D'ailleurs on fait encore trop d'honneur à nos forces en les comparant à un roseau ! Tout ce qu'on en a dit n'est que fumée.



 

A ce sujet Calvin se réfère à Saint Augustin.

 

Les philosophes placent -malgré tout- la volonté entre la raison et les sens ; elle est libre de son choix ; elle suit de préférence la raison qui la guide vers le bien.

 

On pense à la réponse de Pascal dans les « Pensées » Avait-il lu Calvin ? : L'homme est un roseau pensant ; c'est la pensée qui fait sa force.

 

Je résume ici la pensée de l'auteur : Les Pères de l'Eglise ont trop suivi les philosophes dans le but de ne pas désespérer complètement l'homme. Les Pères s'accordent sur cette idée : l'homme doit commencer à faire le bien et Dieu parachèvera.

Ensuite, contrairement à Saint Augustin, les penseurs ont dit que l'homme n'était vulnérable au péché que dans sa partie charnelle ; en réalité, dit aussi Calvin, l'être humain est souillé en toutes ses parties et totalement privé de tous dons surnaturels.

 

p. 207 - 5 - Calvin va longuement traiter du libre-arbitre, mais je le trouve confus : il voit surtout là où les Pères errent quand ils en parlent, mais lui ne se prononce pas nettement  là-dessus à mon avis ; il faut dire que l'on y coupe pas mal les cheveux en quatre ! Enfin voilà ce qu'il dit, pour montrer que la question est complexe (p. 210) :


Ainsi, si quelqu'un peut utiliser ce mot (libre-arbitre) avec une saine compréhension, je n'entrerai pas en grande controverse avec lui ; mais, comme je vois qu'on ne peut pas en user sans grand danger et qu'il serait un grand profit pour l'Eglise qu'il soit aboli, je préfère ne pas m'en servir moi-même. Si quelqu'un me demandait conseil, je lui dirais de s'abstenir de l'employer.

 

En effet jusqu'à quel point, exactement, l'homme est-il capable de volonté et de discernement par lui-même ? Il semble bien difficile à Calvin de trancher.

 

Dieu résiste aux orgueilleux mais il fait grâce aux humbles. (Jacques 4.6)

 

Les orgueilleux étant ceux qui n'ont confiance qu'en eux-mêmes et qui ne s'humilient pas devant  Dieu.

 

19 - p 220

Nous sommes si pleins de préjugés qu'il nous est difficile de croire et notre raison est aveugle et sotte dès qu'il s'agit de comprendre ce qui concerne Dieu ; c'est pourquoi il est préférable de présenter le témoignage de l'Ecriture que d'avancer des arguments.

 

A cela on peut répondre à Calvin que les premiers chrétiens, par exemple, qui ont écrit dans le Nouveau Testament  n'étaient probablement pas mieux lotis ni moins bien que lui en Esprit. Un homme en vaut bien souvent un autre. Qui peut dire toujours qui a l'Esprit ? Descartes nous a appris qu'on ne peut être serve intellectuellement d'aucun homme, d'aucune doctrine ; il nous faut juger par nous-mêmes. Evidemment il y faut culture et prudence.

 

Je ne reprendrai pas plusieurs des propos de Calvin, car il ne fait que reprendre la Bible, et je vous y renvoie.

 

Calvin cite les propos de Thémistius, selon la note du livre ami de Grégoire de Nazianze et commentateur d'Aristote (œuvres éditées à Venise en 1534) :

 

L'intelligence de l'homme ne se trompe pas souvent en ce qui concerne les principes d'ordre général, mais elle le fait souvent dès lors qu'il s'agit de l'application au cas particulier de sa personne. Exemples : tout le monde pense que tuer est mal ; pourtant celui qui se prépare à tuer son ennemi pense que c'est une bonne chose.


Comprendre qu'il existe en l'homme une capacité générale à discerner entre le bien et le mal ne permet pas de penser qu'elle est complète et saine.

 

On comprend mieux la démarche de Calvin dans son ouvrage : il cite souvent l'Ecriture en guise de raisonnement car il se défie de la raison humaine, mais alors il a une position de soumission à la raison d'autrui qui n'est pas meilleure, il « déifie » les Ecritures qui sont en fait œuvre humaine. L'idéal me semble de raisonner personnellement, puis de citer.  Je pense aux Essais (édition posthume) de Montaigne (1533-1592).

 

On ne peut qu'admirer par les notes la vaste culture, ancienne et contemporaine, philosophique, religieuse et littéraire de Calvin.

 

Voici une note intéressante  (note 75 p. 225) : Les dix commandements de la loi de Dieu sont divisés en deux parties par Calvin : La première table contient les quatre premiers commandements relatifs à l'amour de Dieu ; la seconde Table, le six derniers relatifs à l'amour du prochain. Cf IC II, VIII, 11.


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