257 -"L'Institution chrétienne" - Les Dix Commandements - II (5 à 10)

Publié le par marike.over-blog.com

06 07 09

257- « L'Institution chrétienne » - Les Dix Commandements - Deuxième Table (5 à 10)

Deuxième Table : la table des commandements consacrée à l'homme.

5) Honore ton père et ta mère... (p. 337)

Le résumé sera donc que nous accordions notre respect à ceux auxquels le Seigneur a conféré une autorité et que nous les honorions et les respections pour le bien qu'ils nous ont fait.

Remarquons qu'ici Calvin généralise, de même que, plus loin, il cite le respect dû aux Anciens (I, Timothée 5. 17-18).

Les titres de Père, de Dieu et de Seigneur lui appartiennent en propre ; aussi, quand il en fait mention, notre cœur doit-il être ébloui par sa majesté. Et quand il rend les hommes participants de cette condition, il leur en accorde comme une étincelle afin de les élever et de les rendre dignes d'être honorés à des degrés divers (de même pour le titre de roi ou de seigneur, ajoute-t-il plus loin.)

C'est pourquoi à celui qui est nommé « père », il convient de discerner quelque honneur divin, car il ne porte pas le titre de Dieu sans raison... Il participe en quelque manière à l'honneur de Dieu.

Et pourtant, pour moi qui veux toujours aller jusqu'au bout d'une vérité, je pense au « petit père des peuples : Staline, et au pasteur Dietrich Bonhoeffer qui a fomenté un complot contre un autre tyran : Hitler... Que choisir : Socrate, qui montre par l'exemple qu'il faut obéir jusqu'à la mort aux lois de son pays, même si elles s'appliquent injustement, malgré les possibilités d'évasion qu'on lui propose, ou Bonhoeffer qui lutte au nom de l'Esprit contre la tyrannie de l'autorité ? L'obéissance passive à l'autorité instituée, ou la prééminence de l'obéissance à l'Esprit ?

Evidemment il faut une organisation générale pour les groupes humains, et les hommes qui se croient investis de l'Esprit peuvent parfois se tromper lourdement et être aveuglés par leurs passions...

Une fois de plus tout est dans les cas particuliers, les nuances ; l'église catholique indique une voie plus hiérarchisée, unitaire, d'obéissance passive, et l'église protestante une voie plus individualisée.

Regardons alors ce que Calvin nous dit pour nourrir un peu notre humour :

Tous ceux qui s'en prennent à l'autorité paternelle, pour la mépriser ou se rebeller contre elle, sont des monstres, pas des hommes ! C'est pourquoi notre Seigneur ordonne, à juste titre, de mettre à mort tous ceux qui désobéissent à leur père et à leur mère... (p. 338)

On pense à Michel Servet face à l'autorité instituée de Calvin... C'est dans ce texte que l'on comprend comment Calvin a pu se justifier à ses propres yeux.

Il est toujours beaucoup plus facile aux hommes d'ériger des principes que de les suivre. Molière nous l'a bien montré dans « Le Bourgeois gentilhomme » (II, 3) où le philosophe, immédiatement après avoir fait une belle tirade contre la colère, s'emporte contre les autres maîtres du Bourgeois jusqu'à en venir aux mains.

Il est certain qu'il faut se reporter à l'époque où les convictions religieuses sont exacerbées, où le protestantisme naissant a du mal à trouver sa place en Europe, particulièrement dans les nations du sud, où Calvin a du mal à imposer son autorité. L'Inquisition durera jusqu'à la Révolution française en France...

La tolérance, face au fanatisme,  n'est pas la vertu la plus  répandue, dans les religions, en politique ou même dans les sciences ; chacun peut le constater en soi-même comme chez les autres (pensons à la biologie aujourd'hui,  à l'importance donnée à Darwin,  par rapport à bien d'autres, à la notion de « hasard » intégral dans la Création, et au matérialisme « obligatoire »...). Je rajouterais bien ce commandement en filigrane, comme faisant aussi partie de « Tu ne tueras point », car c'est par le fanatisme que se sont faites, que se font et que se feront toutes les guerres de religion, toutes les guerres de l'esprit et du coeur ; en effet, ce que l'on nous a enseigné dans la jeunesse, nos racines, ce que l'on a cessé de graver dans nos cœurs et dans nos esprits s'imprime fatalement et lourdement dans le conscient et dans l'inconscient, et dicte toute notre conduite à venir, souvent dans l'incompréhension la plus totale de l'autre, et dans les préjugés. Nous ne voyons alors majoritairement que les qualités de notre propre religion et que les défauts des autres. La volonté de pouvoir n'y est pas non plus étrangère.

6) Tu ne commettras pas de meurtre

Mais moi je vous dis : quiconque se met en colère contre son frère (et l'insultera) sera passible du jugement. (Matthieu 5. 21-22)

Pour nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un meurtrier... ( I, Jean, 3. 14-15)

Ce qui nous est défendu ici est l'homicide du cœur et ce qui nous est commandé est la préoccupation intérieure de la conservation de la vie de notre prochain...

L'Ecriture donne deux raisons pour fonder ce commandement : l'homme est l'image de Dieu et il est de la même chair que nous... que nous respections en lui (l'homme) son image qui y  est imprimée, et que nous l'aimions comme nous aimons notre propre chair.

7) Tu ne commettras pas d'adultère

Genèse 2.18

A propos du mariage : que personne ne puisse s'en passer, à moins qu'il puisse s'abstenir de partenaire.

Que chacun cherche « à être mieux disposé à servir Dieu ».

Le célibat est « une grâce spéciale que Dieu n'accorde qu'à certaines personnes, afin qu'elles soient plus disponibles et libres pour son service. »

Ambroise fustige les intempérants du mariage (luxure), nous dit Calvin, il les traite de « maquereaux de leurs femmes  » ; il nous dit que Dieu a commandé la pureté.

J'aimerais mettre en regard de ce texte et de son commentaire l'immortelle trilogie de Marcel Pagnol, avec Raimu : César, Marius, Fanny -3 films et livres- , plus exactement le passage où Panisse va mourir et où il se confesse, probablement dans « Fanny ». Immortelle leçon d'humanité, sans doute...

8) Tu ne commettras pas de vol.

Nous fraudons notre prochain si nous le privons des services que nous lui devons. Si un receveur, un métayer, un fermier, au lieu de veiller sur le bien de son maître, reste oisif, sans se soucier d'administrer le bien de celui qui le nourrit, s'il dilapide celui qui lui est confié ou le dépense inutilement, si un serviteur se moque de son maître et divulgue ses secrets, s'il manigance quelque chose contre son bien, sa renommée ou sa vie, si, d'autre part, un maître traite inhumainement sa maison, tout cela constitue des détournements envers Dieu.

Bref, nous dit Calvin, que chacun accomplisse fidèlement son rôle : que les pasteurs prêchent fidèlement, que les parents éduquent correctement, que les jeunes respectent leurs aînés, que les serviteurs servent bien leur maître, ...

9) Tu ne porteras pas de faux témoignage...

Comme chaque fois, Calvin nous donne en même temps que le commandement négatif  le commandement positif  qui consiste à aider chacun à maintenir la vérité  pour conserver son bien ou sa réputation. ... Par des mensonges ou des diffamations nous nuisons à son bien.

Comme on l'a vu plus haut, Dieu a voulu corriger la cruauté, l'impudicité et l'avarice, il veut ici réprimer la fausseté ...

Il est étonnant de constater combien on se soucie peu du mal fait de cette façon ! Rares sont les personnes qui ne sont pas fortement atteintes par cette imperfection, puisque tout le monde est enclin à éplucher et à faire ressortir les défauts d'autrui....

Tel le personnage immortel de Célimène, dans « Le Misanthrope » de Molière !

Bien plus, ce commandement va jusqu'à nous empêcher de faire des plaisanteries innocentes ou de brocarder et de plaisanter en se moquant des autres...L'envie d'entendre les détracteurs, et la promptitude que l'on a à leur prêter une oreille attentive et à accorder quelque crédit à leurs ragots ne sont pas moins défendus que le fait de nuire aux autres.

Prenons plutôt en bonne part les faits et les paroles de tous, en préservant, en tout état de cause, leur honneur.

10) Tu ne convoiteras pas... (p. 349)

Pour chaque commandement, Calvin l'a présenté, puis il en a fait un résumé puis il a donné le commandement positif correspondant. Ainsi, pour ce dixième commandement :

Le résumé sera donc qu'aucune pensée ne suscite dans notre cœur la convoitise qui comporte un dommage ou une perte pour notre prochain. Le commandement positif  est que, quoique ce soit que nous imaginions, décidions, désirions ou fassions, tout corresponde à un bien ou à une utilité pour notre prochain.

Le but de la Loi

Israël, que demande de toi l'Eternel ton Dieu, si ce n'est que tu craignes l'Eternel ton Dieu, afin de marcher dans toutes ses voies, d'aimer et de servir l'Eternel ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, si ce n'est que tu observes les commandements ?  ( Deutéronome 10.12-13)

Personne ne peut aimer facilement autrui si d'abord il ne craint pas Dieu, ainsi les deux parties de la Loi, celle consacrée à Dieu et celle consacrée à l'homme, les deux Tables, sont aussi importantes l'une que l'autre.

Quel que soit l'homme (ami ou ennemi), il faut l'aimer si nous aimons Dieu

(Qui est notre prochain ? Luc 10.29-37). Le plus étranger est notre prochain. Il faut considérer les hommes en Dieu et non pas en eux-mêmes.

Nous devons nourrir notre ennemi quand il a faim (Proverbes 25.21), lui ramener son bœuf et son âne qui se sont égarés et les relever s'ils succombent sous le poids de fardeaux (Exode 23.4).

Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur. Tu reprendras ton prochain, afin de ne pas te charger d'un péché à cause de lui. Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. C'est moi qui suis l'Eternel (Lévitique 19. 17-18).

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » :

Nous pouvons constater que Jésus n'a pas inventé ses deux commandements majeurs ; il les a simplement mis en relief, il y a résumé toute la Loi, telle qu'elle apparaît ici dans son second volet, abondamment illustré de manière nouvelle, originale, par Jésus.

Pour Calvin, comme Jésus est là, dès les origines, et qu'il est présent dans tout l'Ancien Testament (n'en déplaise aux Juifs, mais ce n'est pas cela qui gène Calvin ! ) chaque fois qu'il y a "Esprit", dans l'A. T., son interprétation de ce mot est différente...

Voir aussi : Matthieu 5. versets 44, 46-47

Tous les péchés sont d'égale importance, nous dit Calvin, il n'y a pas de « péché véniel » :

Si toutes les forces et les parties de l'âme ne s'appliquent pas à aimer Dieu, nous désobéissons à la Loi.

Le salaire du péché est la mort (Romains 6. 23) et Matthieu 5. 19.

Toute transgression de la Loi, sans aucune exception, est passible de la mort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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