288 - Le sacrifice judeo-chrétien
07 09 09
Cette question me paraissait simple, et pourtant...
J'ai donc été voir le mot SACRIFICE dans mon gros dictionnaire de 1935 en plusieurs tomes - car aujourd'hui le religieux est moins traité dans les dictionnaires qu'autrefois, au profit sans doute des questions scientifiques) - et voici ce que j'ai retenu :
étymologie : latine : sacrificium : de sacrum : chose sacrée, et facere : faire. Soit : faire du sacré.
le sens concret : culte que l'on rend à une divinité, par l'oblation d'une victime ou de tout autre présent.
Le sens figuré : renoncement à quelque chose de considérable, d'agréable...
Melchisédec : Genèse XIV, 18-20 ; Hébreux V, 6-11 ; Hébreux VII, 1-10
Tu (Le Messie, roi et prêtre) est prêtre pour toujours, à la façon de Melchisédec. (Psaume 110.4)
Chez les Juifs
:
1) trois sacrifices sanglants :
-l'holocauste : victime brûlée en entier.
- le sacrifice pacifique : on n'offrait que certaines parties de la victime
- le sacrifice pour le péché , ou sacrifice expiatoire, ou propitiatoire.
2) sacrifices non sanglants : exemple : le sacrifice du bouc émissaire
Rappel : Le terme de bouc émissaire correspond à l'origine à un rite expiatoire annuel (Yom Kippour) des Hébreux longuement décrit dans le seizième chapitre du Lévitique (Dans le même ordre d'idée, celui du sacrifice de substitution, Lévitique IV : 22-26, propose un sacrifice d'expiation propre au péché d'un chef, lequel rejaillit sur l'ensemble de la communauté) : Le prêtre d’Israël posait ses deux mains sur la tête d’un bouc ; de cette manière, on pensait que tous les pêchés commis par les juifs étaient transmis à l’animal. Le mâle de la chèvre était chassé dans le désert par les Juifs après l'avoir chargé des iniquités d'Israël et des malédictions qu'on voulait détourner du peuple.
(sacrifice sanglant dans le cas du chef, et pour le peuple il y avait deux boucs, un sacrifié, "sanglant", et l'autre simplement écarté dans le désert : celui qui était chargé des péchés du peuple).
C'est ainsi que les Hébreux obtenaient le pardon.
Les Hébreux ont aussi pratiqué des sacrifices humains : Abraham et Isaac (Genèse XXII) : le premier sacrifice humain biblique rejeté par Dieu après l'avoir commandé, pour éprouver la foi d'Abraham. La fille de Jephté (Livre des Juges XI, 34) (sacrifice humain fait en un voeu inconsidéré par le père de la jeune fille ; ce n'est pas Dieu qui l'a demandé).
Pour plus de détails voir : http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20060902151614AAWXdcQ
Chez les chrétiens :
Il y a à mon avis une superposition de sens très dommageable entre le sens concret du sacrifice et le sens abstrait :
-le sens concret est représenté par :
I - la parabole des vignerons (Marc XII, 1-12 ; Luc XX : 9 -19 ; Matthieu XXI, 33 à 46) : les vignerons tuent le fils, le seul héritier, pour avoir la vigne en héritage. C'est donc un meurtre pour l'obtention d'un bien, non un sacrifice, et une leçon pour les chefs des prêtres et les pharisiens :
Alors ils cherchèrent à se saisir de lui ; car ils comprirent bien que c'était pour eux qu'il avait dit cette parabole. Mais ils craignirent le peuple. Et, le laissant, ils s'en allèrent. (Marc XII, 12)

II - Ce meurtre est déguisé en sacrifice par les prêtres et leur décideur : Caïphe (Jean XI, 47 à 54) :
Ils donnent deux motifs :
1) Si nous le laissons agir tout le monde croira en lui...(48)
Ils ne veulent pas être détrônés par Jésus ; ils veulent être les seuls "héritiers" de Dieu, selon la parabole précédente.
2) ... et les Romains viendront détruire et ce lieu et notre nation. (fin 48)
Cet argument est peut-être plus valable car les Romains ne reconnaissaient que les Juifs, et pas d'autre religion ; ils les respectaient donc en tant que tels. Toutefois, à ce moment-là, Jésus voulait rester juif et n'avait aucune idée des prolongements futurs de son action (le christianisme) hors du judaïsme.
Cette dernière idée (II, 1 et 2) n'apparaît que chez Jean, le plus tardif des Evangiles. En réalité il "traduit" ce que, selon lui, les prêtres peuvent penser. Il rejoint ce que les évangiles synoptiques sous-entendent dans la parabole des vignerons (Jésus, le véritable héritier). L'idée en II, 2, est sans doute une réalité historique à l'époque où écrit Jean.
III - 1) Nous avons chez Jean seulement (XI, 50-53) la réponse décisive de Caïphe :
"Vous n'y entendez rien ! Vous ne considérez pas qu'il vaut mieux pour vous qu'un seul homme meure pour le peuple et que toute la nation ne périsse pas." (50) (Relevons au passage les termes "pour vous", et "pour le peuple", superposition des causes du meurtre -pour vous- ou du sacrifice mensonger -pour la nation- Caïphe n'a pas donné sa chance à la religion juive de continuer son évolution. Il l'a figée.)
2) Or il ne dit pas cela de lui-même, mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation ; et non seulement pour la nation, mais aussi pour rasssembler en un seul corps les enfants de Dieu dispersés. Depuis ce jour-là, ils formèrent le projet de le faire mourir.
Ici Jean curieusement semble d'abord voir en Caïphe un prophète inspiré par Dieu : en effet, on sait que Jean croit au sacrifice expiatoire, en Jésus Dieu. Jean espère encore que les "Juifs" rejoindront les futurs chrétiens pour ne former qu'un seul corps...mais jusqu'ici... Jean est concret dans la conclusion de ce verset : il voit bien que ces juifs-là ne créeront pas "ce seul corps". Pour eux, ce "seul corps" est juif.
En résumé ici se profile, sous le meurtre, un sacrifice mensonger proposé par Caïphe.

IV - Maintenant passons du sens concret au sens figuré :
Ce sacrifice au sens concret, il n'est pas décidé par la victime mais par les sacrificateurs.
De deux choses l'une : ou Jésus est Dieu, et c'est lui le suprême décideur, ou Jésus est un prophète, un homme au plus haut point inspiré, et il subit là la loi de la force, comme tous ceux qui l'ont précédé. L'Esprit en Jésus n'intéresse pas Caïphe, seulement son raisonnement à courte vue.
Or c'est l'Esprit qui doit décider, que Jésus soit divin ou homme prophète rempli de l'Esprit.
Jésus, qu'il soit Dieu , ou homme, ne veut pas de ce sacrifice, on l'a vu précédemment ; il fait tout pour l'éviter. Il le condamne (voir la parabole).Toutefois, courageux, il veut faire passer son Message à Jérusalem, la ville sainte. Ainsi les hommes (je ne dis plus Juifs ou gentils) auront des armes spirituelles pour se battre contre la mort, bien supérieures à celles de l'Ancien Testament. Les idées d'amour, de pardon, de service, de loi intelligente, interprétée... auront été dégagées de manière plus apparentes, face à la Loi, qui, elle, reste toutefois intacte, inchangée.
Je le répète : l'idée de sacrifice expiatoire où Jésus-Christ peut prendre sur nous nos péchés est une hérésie à mes yeux : voilà ce que notre catéchisme nous disait : parce qu'il est homme, parce qu'il est Dieu, parce qu'il est sans péché : ces trois causes réunies font qu'il peut prendre nos péchés sur lui. Or un homme paye pour ses péchés ; Jésus s'est mis en colère; il n'est pas sans péché ; et pour moi Jésus n'est pas Dieu, tout au plus demi-Dieu, car Marie n'est pas une déesse. Donc occupons-nous activement de notre âme, dont nous sommes responsables, sans le mol oreiller de quelqu'un qui paye pour nous...mais Dieu, heureusement, pardonne toujours, comme dans l'Ancien Testament.
Si Jésus avait été épargné, on peut y rêver... on aurait alors vu une religion juive devenue par la suite chrétienne, et je l'imagine donc ainsi : un homme, un prophète supérieur aux autres, le Messie, sauveur spirituel qui clôt l'Ancien Testament.