119. Marc.15. 21 à 28. La crucifixion de Jésus. Lecture commentée

Article 119. Bible. Evangile selon Saint Marc 15. 21 à 28. Lecture suivie et détaillée, verset par verset. La cruauté de l'animal humain. Lecture des compléments dans les autres évangiles, ici : Mt.XXVII, 31 à 56 ; Lc. XXIII, 26 à 49 ; Jn. XIX, 16 à 30.
XV, 21
Ils l’emmenèrent pour le crucifier et ils obligèrent un passant, un certain Simon de Cyrène1, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs, à porter sa croix.
Note 1 : Cyrène : capitale de la Lybie supérieure, sur la côte d’Afrique.
Les précisions qui pourraient paraître secondaires sont importantes car elles authentifient le texte ; quelqu’un ("Qui est Marc ?" On ne sait pas avec certitude qui il est, sans doute le proche de Pierre et de Paul, selon un encadré p 1297 de la Nouvelle Bible Segond ) semble avoir été témoin de la scène, connaître, si ce n'est leur père, deux jeunes gens qui peuvent être nommés : Alexandre et Rufus, de prénoms latins plutôt qu'israélites, et rapporte des détails apparemment secondaires, comme le serait le fond d’un tableau en comparaison du personnage principal au premier plan.
"À l'époque de Jésus, la ville comptait environ 80 000 habitants" ( https://www.google.fr/search?q=le+nombre+d%27habitants+%C3%A0+J%C3%A9rusalem+%C3%A0+l%27%C3%A9poque+de+J%C3%A9su+s&ie=utf-8&oe=utf-8&client=firefox-b-ab&gfe_rd=cr&dcr=0&ei=0PGvWoCrO--ZX7jspdAE ) ; ce n'est ni un village où tout le monde se connaît, ni Paris ! C'est une ville comparable démographiquement à Epinal, Beauvais ou Cherbourg.
Jésus ne doit pas pouvoir physiquement porter la croix, ou du moins sa poutre transversale, ce que tout condamné doit faire.
XV, 22
Ils le conduisirent au lieu ainsi nommé : « Golgotha », mot qui signifie « lieu du crâne »2
Note 2 : quartier de jardins et de tombeaux au N. O. et en dehors de Jérusalem. « Lieu du Crâne », en français : calvaire, sans doute nommé ainsi à cause de la forme d’un rocher, probablement dénué de végétation, qui ressemblait à un crâne, donc sans cheveux. Mots de la même racine : chauve (voir « le Mont Chauve »… et Calvin !) La mort, vérité finale de l’homme, loin de tout ornement qui la cache…
XV, 23
Là, ils lui donnèrent du vin mêlé de myrrhe1 ; mais il n’en prit pas. – XV, 24 - Ils le crucifièrent, puis se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort la part de chacun.
- XV, 25 – C’est à la troisième heure2 qu’ils le crucifièrent – XV, 26 – et l’inscription indiquant son crime était la suivante : « Le roi des Juifs »3. –XV, 27 – Avec lui, deux malfaiteurs sont crucifiés, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche4 .
Notes :
1 : la myrrhe (gr. smyrna, hb. môr) (d’une racine signifiant « amer ») ; baume précieux servant en particulier aux ensevelissements ; mélangé au vin, elle augmente sa vertu enivrante ; ce breuvage était donné chez les Juifs aux suppliciés.
2 : Neuf heures du matin –
3 : Jean ajoute (XIX, 20 à 22) : « Cette inscription, beaucoup de Juifs la lurent, parce que le lieu où il fut crucifié était près de la ville. Elle était rédigée en hébreu, en latin et en grec. Alors les chefs des prêtres juifs dirent à Pilate : « N’inscris pas : « le Roi des Juifs » mais : « Cet homme dit : je suis le Roi des Juifs ». Pilate répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » La traduction de l’inscription révèle quelles sont les populations majoritaires à Jérusalem, le latin pour l’armée romaine d’occupation.
4 : addition/variante : Marc. 15. 28 : « ainsi s’accomplit la parole de l’Ecriture : il a été compté parmi les impies ».
Une fois de plus, nous avons un film succinct, objectif, des évènements essentiels, comme un historien moderne pourrait le faire. Aucun jugement affectif, aucun sentiment du scripteur n’apparaît ici. L’auteur s’applique à ne rien oublier d’essentiel (addition après coup de « à la troisième heure » -15. 25-). Nous sommes donc le vendredi saint au matin… comme si les prêtres ne voulaient pas d’attroupement ; ils vont vite –et de nuit- dans le verdict et la crucifixion, comme s’ils avaient peur d’un revirement du peuple.
Maintenant notre regard se tourne vers les gardes, les soldats chargés d’accomplir cette peine. Ils obéissent aux ordres et ils n’ont aucun scrupule à partager les vêtements de Jésus au sort. De toutes manières, s’ils en avaient, ils se feraient immédiatement remarquer à leur désavantage ; ils gardent en tous cas leurs sentiments pour eux…Luc ajoute cette parole du Christ : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » (XXIII, 34). Jean ajoute des détails à ce partage des vêtements de Jésus ( XIX, 23-24) : « Après avoir mis Jésus en croix, les soldats s’emparèrent de ses vêtements, dont ils firent quatre parts, une pour chaque soldat (il y aurait donc, d’après Jean, quatre soldats de garde). Restait la tunique, une tunique sans couture, tout entière d’un seul tissu. « Ne la déchirons pas », se dirent-ils, « mais tirons au sort à qui l’aura. » (C’était afin que fût accomplie l’Ecriture : Ils ont partagé mes vêtements entre eux, sauf pour ma tunique, qu’ ils ont tirée au sort).
Si on a encadré Jésus des deux malfaiteurs, c’est pour bien montrer qu’il est aussi coupable qu’eux, qu’il est leur semblable.
Résonances littéraires :
1) un mot : « ils »(pour « soldats »), fait penser aux gardes d’Antigone, la pièce de théâtre de Jean Anouilh (1910 – 1987)
(Rappelons qu’Antigone, la fille d’Œdipe, a désobéi au roi Créon : elle a accompli le rite d’enterrement de son frère, elle a obéi aux lois du Ciel, contre la loi du roi ; elle doit mourir.)
Le Prologue
… Enfin les trois hommes rougeauds qui jouent aux cartes, leur chapeau sur la nuque, ce sont les gardes. Ce ne sont pas de mauvais bougres, ils ont des femmes, des enfants, et de petits ennuis comme tout le monde, mais ils vous empoigneront les accusés le plus tranquillement du monde tout à l’heure. Ils sentent l’ail, le cuir et le vin rouge et ils sont dépourvus de toute imagination. Ce sont les auxiliaires toujours innocents et toujours satisfaits d’eux-mêmes, de la justice…
2) Ces clous … Cinq Grandes Odes de Paul Claudel (1868 – 1955)
O mon âme ! Le poème n’est point fait de ces lettres que je plante comme des clous, mais du blanc qui reste sur le papier…
3) Résonance picturale :
La Trinité (vers 1426-1428). Masaccio (1401-1428). Basilica S. M. Novella (Florence).
(La hiérarchie de tous les personnages est bien marquée dans l’architecture du tableau, ainsi que leur grandeur simple, leur humanité véridique. On voit à peine le Saint Esprit, sous forme de colombe, comme le col blanc de Dieu, incorporé à cette verticale que forment Dieu et Jésus.)
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Cet article est aussi inséré dans l’ensemble plus vaste de mon école du dimanche biblique entièrement sur la toile (sans doute la première...) :
818. Ecole du dimanche. Mars-Avril. 5e sem. Interrogatoire et crucifixion de Jésus
http://marike.over-blog.com/2017/10/818.ecole-du-dimanche.mars-avril.5e-sem.html
868. Marc 14 à 16. Ecole du dimanche. 3. Nov. 2e sem. Pâques (05 01 2018)
http://marike.over-blog.com/2018/01/868-marc-14-a-16-ec.du-dim.3-nov-2e-sem.html
( Le premier article d’école du dimanche a le numéro 809, à l’adresse :
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