120. Marc. 15. 29 à 41. Lecture commentée. La crucifixion de Jésus (fin)

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Giotto : Crucifix
Article 120. Bible. Evangile selon Saint Marc 15. 29 à 41. Lecture suivie et détaillée, verset par verset. Le long martyre de Jésus. Lecture des compléments dans les autres évangiles, ici :  Mt XXVII, 39 à 50 ; Lc XXIII, 35 à 48 ; Jn XXX, 28 à 30.

Marc. 15. 29 à 41

XV, 29
Les passants l’injuriaient ; méprisants, ils lui disaient : « Hé ! toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours,  
- XV, 30 - sauve-toi toi-même, en descendant de la croix ! »  - XV, 31 - Les chefs des prêtres, avec les Scribes, se moquaient aussi de lui et se disaient l’un à l’autre : « il en a sauvé d’autres, et il ne peut se sauver lui-même !  - XV, 32 - Que « le Christ », que « le Roi d’Israël » descende maintenant de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions ! » Ceux mêmes que l’on avait crucifiés avec lui l’insultaient.

Les passants veulent se faire bien voir des gens du Temple ; ils croient les gens qui représentent l’autorité ; ils sont leurs partisans.
     Les responsables du Temple restent présents pour être sûrs que Jésus est bien crucifié et qu’il va mourir, pour contrôler la situation, même vis à vis de l’opinion, des « passants ». Ils utilisent entre eux tous les raisonnements de courte vue, selon la puissance de ce monde.
     Ces moqueries de 
tous, même des autres crucifiés, contribuent au supplice de Jésus ; elles ébranlent encore plus sa foi en l’homme et l’isolent davantage. Toutefois, chez Luc (XXIII, 39 à 43) l’un des malfaiteurs (le bon larron) prend sa défense.
     Des questions qu'il ne faut pas se cacher : Où est le Père ? Pourquoi ce martyre de Jésus ? A-t-il été nécessaire ?  En quoi ? A la vue de cette injustice, car Jésus n'était pas un criminel, les consciences des contemporains vont-elles se réveiller, malgré la présence des responsables religieux qui veillent au grain ? Cela va-t-il bien marquer les deux camps : celui des juifs impies moutonniers et celui de Jésus ? Un scandale colporté va-t-il le faire mieux connaître ? Tant de prophètes sont déjà morts persécutés, tel Jean-Baptiste !
      Une vérité se dégage peut-être après coup : l'homme authentique va vers la souffrance, car le "monde" est mauvais, impur, et refuse l'action des justes, mais leur souffrance est constructive ; c'est par la souffrance de ceux qui résistent courageusement que le monde avance. Le monde se bâtit sur une addition de "non".

     Ce ne doit pas être sans chagrin ni souffrance que Dieu est le spectateur du théâtre du  monde, mais il laisse ce théâtre d'êtres humains se débrouiller seul, libre, à sa plus grande gloire finale ; c'est sans doute là la foi de Dieu. Foi en ses créatures, foi en lui-même. Elle se révèle, ainsi que la nôtre, dans l’article suivant : la Résurrection.
      Je comprends mieux l’exaltation de la souffrance par les poètes romantiques : elle n’est pas la souffrance pour la souffrance, mais c’est celle qui accompagne et qui suit la création, la Vie :


Baudelaire dans « Bénédiction » :

Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu'il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.


Musset. La nuit de Mai
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
…L'Océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son cœur…


Vigny « Les Destinées »
J’aime la majesté des souffrances humaines »


Homère était aveugle, selon le mythe ou la réalité de la mémoire
(« l’Aveugle » de Chénier, poète guillotiné à la Révolution française :
…Les destins n’ont jamais de faveurs qui soient pures.
Ta voix noble et touchante est un bienfait des dieux ;
Mais aux clartés du jour ils ont fermé tes yeux…
.


La science répond ( https://www.herodote.net/570_millions_d_annees_BP-synthese-163.php ) : L'univers est né il y a environ 15 milliards d'années ; L'Evolution a demandé, pour faire naître véritablement l'homme, environ 2 millions d'années (l'homo habilis taille la pierre et a peut-être déjà le langage articulé). Mais quel miracle prodigieux que cette création, bien loin du hasard quand, même à l'œil nu, l'homme l'observe, dans les plus petites choses, comme dans les grandes ! Faisons donc confiance au très long temps.

XV, 33
Quand fut venue la sixième heure1 , des ténèbres se firent sur tout le pays, jusqu’à la neuvième heure1.
– XV, 34 – A la neuvième heure, Jésus jeta un cri et dit d’une voix forte : « Héli ! Héli ! lamma sabachthani !  » ce qui signifie : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné ?2 »
____________

Note 1 :  la sixième heure : midi ; la neuvième heure : 15 heures, l’heure de la mort de Jésus.
Note 2 : Cette dernière phrase de Jésus est reprise du psaume 22.2.
Note wikipédia :
voici la version de la Vulgate :
Matthieu : Heli Heli lema sabacthani
Marc : Heloi Heloi lama sabacthani
D'autre part, celle de Scrivener en grec (1894) comporte une variante orthographique (redoublement du mu) : Marc : « ελωι ελωι λαμμα σαβαχθανι » = elôi elôi lamma sabachthani

Qalandariyy 16 février 2007 à 02:59 (CET)
___________
Les ténèbres ne se font pas seulement au Calvaire, mais « sur tout le pays ». On peut imaginer que le ciel se couvre…cette précision se retrouve dans les trois évangiles synoptiques, pas chez Jean. Ces ténèbres peuvent aussi avoir un sens allégorique : ceux du deuil de la « Lumière du monde ». Le cosmos participe à cette souffrance, à cette agonie.

Dans cette parole, Jésus n’est plus qu’un homme au plus fort de la souffrance ; il clame son désespoir, mais, dans ce désespoir –pour lui-même-, il clame toujours sa foi, puisqu’il s’adresse à Dieu.
     Jésus se rend compte qu’il n’a pas réussi à convaincre l’ensemble de son peuple, et les représentants de l’autorité ; mais ici, vu l’ampleur de sa souffrance, il ne prend pas en compte le temps qui, après lui, va travailler pour lui ; il avait pourtant bien prévu le Saint Esprit, mais ici toute sa vision prophétique est noyée par la souffrance humaine, dans l’instant, du passage de la vie à la mort ; il participe bien ici, pleinement, à notre humanité..
     Cette parole est reprise par Matthieu, mais non par Luc, qui gomme ce cri de désespoir et le remplace par : « Père, je remets mon esprit entre tes mains », ce qui, personnellement, me convainc moins car il est moins le frère de l’homme dans ses plus grandes souffrances, dans ses échecs les plus criants. Jean, de même, va remplacer cette phrase par : « Tout est accompli ». En effet, tout ce qui est arrivé a été prédit dans le Premier (ou Ancien) Testament.

Jésus a rempli pleinement sa mission.

XV, 35
Quelques uns de assistants, en l’entendant, dirent : « Il appelle Elie »
- XV, 36 – Il y en eut un qui courut tremper une éponge dans du vinaigre et, l’attachant à un roseau, il lui donna à boire en disant : «  Laissez, voyons si Elie va venir le descendre ! » - XV, 37 – Jésus, cependant, ayant jeté un grand cri, expira.
 

Jn XII, 24-25 : …Si le grain de froment tombé en terre ne passe par la mort, il demeure seul ; mais s’il vient à mourir, il porte beaucoup de fruits. Qui aime sa vie la perdra, et qui hait sa vie en ce monde la conservera pour la vie éternelle…

Face à ce désespoir, à cette souffrance, à ce sacrifice, des assistants montrent enfin au moment extrême, entre la vie et la mort de Jésus, leur humanité, et révèlent le fond de leur cœur, malgré les prêtres et les scribes présents : Oui, cet homme était innocent. Oui, il était sans doute un prophète ; il mérite d’être « sauvé ». La pitié naît.

     Jésus parle en araméen ; il est Galiléen ; les passants et les habitants de Jérusalem parlent majoritairement l’hébreu ; ils confondent Elie (le prophète) et Héli (Dieu). par cette confusion ils se sentent plus proches de Jésus : il est des leurs, car on a vu auparavant combien le prophète Elie était respecté par les Juifs.

XV, 38
Et le rideau du Temple se déchira en deux1, depuis le haut jusqu’en bas.
– XV, 39 – Voyant comment il avait expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, dit : « Cet homme-là était véritablement un fils de Dieu. »

Note 1 : le rideau qui, dans le sanctuaire, séparait le Lieu Saint du Lieu Très Saint.

Voilà les deux derniers témoignages, celui des « puissances d’en haut »,  que l’on retrouve aussi chez Matthieu et chez Luc, pas chez Jean (Matthieu en « rajoute » : XXVII, 52 à 54, ce qui rend moins convainquant le second témoignage) ; en effet, c’est uniquement parce que le centurion, juste en face de Jésus,  a assisté à toute son agonie qu’il peut ainsi témoigner ; il n’a pas besoin de « miracles » ; il a vu Jésus tout au long de son supplice ; il est romain, non juif ; il a pris plus facilement de la distance face aux prêtres. C’est ainsi que sa conviction s’est forgée.

XV, 40
Il y avait là aussi des femmes qui regardaient de loin : Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Mineur et de José, et Salomé ; - XV, 41 - elles  le suivaient lorsqu’il était en Galilée et plusieurs autres encore étaient montées avec lui à Jérusalem.

Marc rend ici hommage aux femmes, à celles qui ont fidèlement suivi Jésus, en Galilée et à Jérusalem. Notons qu’il ne parle pas expressément de la « mère de Jésus », et il ne le fera pas non plus dans les versets suivants sur la sépulture et la résurrection de Jésus. Il serait en effet plus normal de la nommer ainsi, plutôt que par les termes de « mère de Jacques le Mineur et de José »… Les disciples étaient-ils hostiles à la mère de Jésus (par exemple après l’épisode de Mc. III, 20 à 35) pour ne la nommer que comme « mère de Jacques le Mineur et de José » ? Est-ce la même Marie ? C’est ce que l’on peut se demander…. Alors la mère de Jésus serait-elle absente de ces scènes « cruciales » ? Jean, parmi les quatre Evangélistes, est le seul à la nommer (XIX, 25 à 27), et son évangile est plus tardif…Marie, mère de Jésus (et de Jacques le Mineur, l’un des Douze ? ) ne réapparaît, en fait, que dans « Les Actes des Apôtres » (I,14)…
          Comme nous l’avons vu précédemment, il a dû y avoir de très fortes pressions de la Synagogue de Nazareth, du Temple, sur la famille de Jésus…Une hypothèse pourrait toutefois réconcilier l’idée de la présence de Marie, mère de Jésus, dans les derniers moments de Jésus, avec celle de « Marie, mère de Jacques et de José » ; elle est présentée par James Tabor, théologien catholique américain, dans « La véritable histoire de Jésus », aux éditions Robert Laffont (pp. 94 à 99) : Joseph a dû mourir tôt ; on n’entend plus parler de lui après la fuite en Egypte. Selon la loi de Moïse et la coutume du Lévirat, « le frère non marié le plus âgé d’un défunt a l’obligation d’épouser la veuve sans enfant et d’en avoir un avec elle afin que le nom du frère disparu puisse se perpétuer. » Or Jésus est sans doute un enfant de Marie, né de père inconnu, adopté par Joseph. Marie peut donc avoir épousé son beau-frère : Clophas, ou Alphée[1], deux noms qui se ressemblent...
          Pour les protestants, qui ne rendent aucun culte à Marie, même s’ils reconnaissent que c’est la mère de Jésus (la plupart ne reconnaissent que du bout des lèvres que Jésus est né charnellement, par son Père céleste ; ils croient plutôt qu’il est né uniquement du Saint Esprit) c’est plus secondaire que pour les catholiques. Marie peut être au Calvaire, mais elle peut ne pas être très bien vue des Apôtres et des disciples, vu ce qui est arrivé précédemment (articles 31 et 32 ; Mc.III, 20 à 30) ; ils ne la nomment pas comme « mère de Jésus » en tous cas, dans les Synoptiques…


Résonance : un mot / une oeuvre d'art :
I - Littéraire :

1) LA CROIX
La Divine Comédie, Le Purgatoire, chant V,

Dante écoute le capitaine gibelin : Bonconte, tué sur les bords de l'affluent l'Archiane :


"L'Archiane fougueux près de son embouchure trouva mon corps glacé, le jeta dans l'Arno, et défit sur ma poitrine la croix que j'y avais formée de mes bras quand la douleur me vainquit..."

2) MORT.

La Chanson de Roland (fin du XIe siècle)
La mort de Roland (Laisse 176)

Le comte Roland est allongé sous un pin.
Il a tourné le visage vers l'Espagne.
Le souvenir le prend, de bien des choses,
De tant de terres qu'il conquit en baron,
De la douce France, des hommes de son lignage,
De Charles, son seigneur, qui l'a nourri.
Il ne peut s'empêcher d'en pleurer et d'en soupirer,
Mais lui-même il ne veut pas s'oublier.
Il bat sa coulpe1, il demande merci à Dieu :
« Vrai Père, qui jamais ne mentis,
Qui ressuscitas Saint Lazare d'entre les morts,
Et qui sauvas Daniel des lions,
Sauve mon âme de tous les périls,
A cause des péchés que je fis en ma vie ! »
Il a offert son gant droit à Dieu.
Saint Gabriel l'a pris par la main.
Sur son bras, il tient la tête inclinée ;
Les mains jointes, il est allé à sa fin.
Dieu lui envoie son ange chérubin,
Et Saint Michel du Péril de la Mer ;
Et Saint Gabriel vient se joindre à eux.
Ils portent l'âme du Comte en paradis.

Note 1 : Il bat sa coulpe : (culpa : lat. faute). Il se frappe la poitrine pour témoigner de son regret, pour demander la miséricorde, la grâce (merci) de Dieu.

3) Héli / DIEU / SEIGNEUR
Les Contemplations.

A Villequier

…Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire ;
Je vous porte, apaisé,
Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire
Que vous avez brisé ;

Je viens à vous, Seigneur ! confessant que vous êtes
Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant !
Je conviens que vous seul savez ce que vous faites,
Et que l'homme n'est rien qu'un jonc qui tremble au vent ;

Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme
Ouvre le firmament ;
Et que ce qu'ici-bas nous prenons pour le terme
Est le commencement ;

Je conviens à genoux que vous seul, père auguste,
Possédez l'infini, le réel, l'absolu ;
Je conviens qu'il est bon, je conviens qu'il est juste
Que mon cœur ait saigné, puisque Dieu l'a voulu ! …

…Dans vos cieux, au-delà de la sphère des nues,
Au fond de cet azur immobile et dormant,
Peut-être faites-vous des choses inconnues
Où la douleur de l'homme entre comme élément…

Victor Hugo (1802 – 1885)

II – Picturales… :
- « Le Christ Mort » (1521) , d’Holbein (Bâle. Kuntsmuseum )
Ici, l’homme Jésus est bien mort ; il n’y a pas trace de résurrection, comme le dit quelque part un critique. J'ajoute...dans l'espace des "3 jours" avant sa résurrection ?
-
Le Crucifix (qui parla à Saint François d’Assise) – Giotto
-
Les apôtres attristés par la mort du Seigneur - Chapiteau du chœur
Eglise Saint-Austremoise (Issoire)

[1] Clophas, dont la racine hébraïque est : qlph,qui veut dire « changer, remplacer » pourrait devenir Alphée dans la version hellénisée…
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Cet article est aussi inséré dans l’ensemble plus vaste de mon école du dimanche biblique entièrement sur la toile (sans doute la première...) :

818. Ecole du dimanche. Mars-Avril. 5e sem. Interrogatoire et crucifixion de Jésus
http://marike.over-blog.com/2017/10/818.ecole-du-dimanche.mars-avril.5e-sem.html
868. Marc 14 à 16.  Ecole du dimanche. 3. Nov. 2e sem. Pâques (05 01 2018)
http://marike.over-blog.com/2018/01/868-marc-14-a-16-ec.du-dim.3-nov-2e-sem.html

(  Le premier article d’école du dimanche a le numéro 809, à l’adresse :
http://marike.over-blog.com/2017/09/809-ecole-du-dimanche-octobre-2017.html
  )
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Pour trouver les articles  de ce blog :
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2) Allez à la fin des archives, à la  section 10, où commence la liste des articles de l’école du dimanche  entièrement sur la toile, avec leur lien
(Première partie :  articles 809 à 886)
[Sinon relever leur n°, leur titre, et  leur date  de création et les insérer dans les encarts « Rechercher » et « Archives » (classées par année et par mois) vers la fin de la marge de droite de l’article].

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