172 - Le blog du blog - "La vie simple" -1- de Charles Wagner
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LA VIE SIMPLE - Charles Wagner
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Le président Roosevelt disait à propos de ce livre: "Je prêche vos livres à mes compatriotes. S'il y a un livre que je désire voir lire comme un tract, et un tract intéressant, par notre peuple entier, c'est La Vie simple"
Préface
ch.1 détérioré
ch.2 L'esprit de simplicité
ch.3 La pensée simple
ch.4 La parole simple
Préface de la 9e édition
Aujourd'hui que La Vie simple a été tellement réimprimée que les vieux clichés sont usés et qu'il faut recomposer le texte à nouveau, il ne sera sans doute pas dépourvu d'intérêt de noter ici quelques faits concernant l'origine et la destinée de ce livre. Le lendemain d'une allocution de mariage entendue par M. Armand Colin et traitant le sujet de la Vie simple en son application au foyer domestique, l'éditeur parisien m'écrivit « Faites-nous donc un livre sur la « Vie simple ». Rien ne serait plus actuel ni plus nécessaire. »
Six mois plus tard le livre paraissait. Il eut une bonne presse et un meilleur public. Les lecteurs lui firent de l'un à l'autre cette familière et solide réclame par laquelle on se recommande mutuellement ses livres comme on se présente ses amis. II fut vite connu, et sans faire le moindre bruit se répandit et se traduisit à travers l'Europe. En 1901, miss Marie-Louise Hendee le traduisit en élégant anglais pour la maison Mc Clure de New-York. Un romancier américain de marque, miss Grace King, le faisait précéder d'une notice écrite avec beaucoup de soin et de grâce.
Déjà le livre commençait à marcher d'un bon train aux États-Unis, lorsque le Président Roosevelt le lut et en fut particulièrement frappé. Il écrivit à l'auteur : « Je prêche vos livres à mes compatriotes. » Il recommanda aux Américains la lecture de La Vie simple dans deux discours publics retentissants, l'un à Bangor, l'autre à Philadelphie. Il invita enfin l'auteur à venir en Amérique et le 22 novembre 1904, au grand théâtre de Lafayette-Square à Washington, le présenta lui-même au public en ouvrant son discours par ces mots : « Ceci est la première fois et sera en même temps la seule et unique, que durant ma Présidence je présente un orateur à un auditoire. Et je suis plus qu'heureux de le faire en cette occasion, car, s'il y a un livre que je désire voir lire comme un tract, et un tract intéressant, par notre peuple entier, c'est La Vie simple, écrite par M. Wagner. Il y a d'autres de ses livres dont nous pouvons tirer grand bien. Mais il n'est, à ma connaissance, aucun ouvrage écrit ces dernières années, ici ou à l'étranger, qui contienne autant de choses que nous autres enfants d'Amérique nous devions prendre à coeur, que La Vie simple.
Dans un récent et beau voyage aux États-Unis, j'ai pu me convaincre à quel point l'Amérique avait suivi le conseil de son Président. Les familles, les universités, les hommes d'affaires, un large public recruté dans les milieux les plus divers, s'est mis à lire le livre. Les journaux l'ont publié en feuilleton, les prédicateurs en ont tiré des séries de discours, les dessinateurs des caricatures. En dernier lieu les éditions populaires se criaient dans les rues par les camelots. Tout cela est une preuve que ce livre est venu en son temps et répond à un besoin profond de simplification au milieu de cette époque agitée et complexe. Par un effet très naturel, le succès extraordinaire des traductions rejaillit aujourd'hui sur l'édition française et lui imprime une énergie nouvelle. Puissent ces pages, en se répandant, ramener l'attention de beaucoup de nos contemporains sur le premier de tous les sujets : l'emploi et l'organisation de la vie. Et puissions-nous en méditant sur ce problème des problèmes arriver à comprendre que le bonheur, la force et la beauté de l'existence ont pour une grande part leur source dans l'esprit de Simplicité.
CHARLES WAGNER
Préface de la 1ère édition
Le malade miné par la fièvre, dévoré par la soif, rêve pendant son sommeil d'un frais ruisseau où il se baigne, ou d'une claire fontaine où il boit à grandes gorgées. Ainsi dans l'agitation compliquée de l'existence moderne, nos âmes exténuées rêvent de simplicité. Ce qu'on appelle de ce beau nom, seraitil un bien à jamais disparu? Je ne le pense pas. Si la simplicité se trouvait liée à quelques circonstances exceptionnelles que de rares époques ont seules connues, il faudrait renoncer à la réaliser encore. On ne ramène pas les civilisations vers leurs origines, pas plus qu'on ne ramène les fleuves aux flots troublés vers le vallon tranquille où les branches des aulnes se rejoignaient sur leur source. Mais la simplicité ne dépend pas de telles ou telles conditions économiques ou sociales en particulier; c'est plutôt un esprit qui peut animer et modifier des vies de genres très différents. Loin d'en être réduits à la poursuivre de nos regrets impuissants, nous pouvons, je l'affirme, en faire l'objet de nos résolutions et le but de notre énergie pratique. Aspirer à la vie simple, c'est proprement aspirer à remplir la plus haute destinée humaine.
Tous les mouvements de l'humanité vers plus de justice et plus de lumière, ont été en même temps des mouvements vers une vie plus simple. Et la simplicité antique, dans les arts, les moeurs, les idées, ne garde pour nous son prix incomparable que parce qu'elle est parvenue à donner en relief puissant à quelques sentiments essentiels, à quelques vérités permanentes. Il faut aimer cette simplicité et s'efforcer de la garder pieusement. Mais il n'aurait fait que la centième partie du chemin, celui qui s'en tiendrait aux formes extérieures et qui ne chercherait pas à réaliser l'esprit. En effet s'il nous est impossible d'être simples dans les mêmes formes que nos pères, nous pouvons le rester ou le redevenir dans le même esprit. Nous marchons sur d'autres sentiers, mais le but de l'humanité demeure au fond le même : c'est toujours l'étoile polaire qui dirige le marin qu'il soit embarqué sur un voilier ou sur un bateau à vapeur. Marcher vers ce but avec les moyens dont nous disposons, voilà la chose la plus importante, aujourd'hui comme jadis. Et c'est pour nous en être souvent écartés que nous avons embrouillé et compliqués notre vie. Si je pouvais réussir à faire partager cette notion tout intérieure de la simplicité, je n'aurais pas fait un vain effort. Quelques lecteurs penseront qu'une telle notion doit pénétrer les moeurs et l'éducation. Ils commenceront par la cultiver en eux-mêmes et lui feront le sacrifice de quelques-unes de ces habitudes qui nous empêchent d'être des hommes. Trop d'encombrantes inutilités nous séparent de l'idéal de vérité, de justice et de bonté qui doit réchauffer et vivifier nos coeurs. Toute cette broussaille, sous prétexte de nous abriter, nous et notre bonheur, a fini par nous masquer la lumière. Quand aurons-nous le courage d'opposer aux décevantes tentations d'une vie aussi compliquée qu'inféconde la réponse du sage : "Ote-toi de mon soleil"?
Ch.2
L'esprit de simplicité
Avant de pouvoir exposer en quoi consisterait, dans la pratique, le retour à la simplicité auquel nous aspirons, il est nécessaire de définir la simplicité dans son principe même. Car l'on commet à son endroit la même erreur que nous venons de dénoncer et qui consiste à confondre l'accessoire avec l'essentiel, le fond avec la forme. On est tenté de croire que la simplicité présente certains caractères extérieurs auxquels elle se reconnaît, et dans lesquels elle consiste. Simplicité et condition simple, vêtements modestes, demeure sans faste, médiocrité, pauvreté, ces choses semblent marcher ensemble. Tel n'est pas le cas cependant. Des trois hommes que je viens de rencontrer sur ma route, l'un allait en équipage, l'autre à pied, le troisième nu-pieds. Ce dernier n'est pas nécessairement le plus simple des trois. Il se peut en effet que celui qui passe en voiture soit simple malgré sa grande situation et ne soit pas l'esclave de sa richesse; il se peut de même que l'homme en souliers n'envie pas celui qui passe en équipage, et ne méprise pas celui qui va sans chaussures, et enfin il est possible que, sous ses haillons et les pieds dans la poussière, le troisième ait la haine de la simplicité, du travail, de la sobriété et ne rêve que vie facile, jouissances, désoeuvrement.
Parmi les moins simples des hommes il faut compter les mendiants de profession, les chevaliers d'industrie, les parasites, tout le troupeau des obséquieux ou des envieux dont les aspirations se résument en ceci : arriver à saisir un lambeau le plus gros possible, de cette proie que consomment les heureux de la terre. Et dans cette même catégorie, rangeons, peu importe à quel milieu ils appartiennent, les ambitieux, les roués, les efféminés, les avares, les orgueilleux, les raffinés. La livrée n'y fait rien, il faut voir le coeur. Aucune classe n'a le privilège de la simplicité, aucun costume, quelque humble qu'il paraisse, n'en est le signe assuré. Sa demeure n'est, nécessairement, ni la mansarde, ni la chaumière, ni la cellule de l'ascète, ni la barque du plus pauvre des pêcheurs. Sous toutes les formes que revêt la vie, dans toutes les positions sociales, en bas comme au sommet de l'échelle, il y a des êtres qui sont simples et d'autres qui ne le sont pas. Nous ne voulons pas dire par là que la simplicité ne se traduise par aucun indice extérieur, qu'elle n'ait pas ses allures particulières, ses goûts propres, ses moeurs; mais il ne faut pas confondre ces formes qu'on peut à la rigueur lui emprunter, avec son essence même et sa source profonde. Cette source est tout intérieure. La simplicité est un état d'esprit. Elle réside dans l'intention centrale qui nous anime. Un homme est simple lorsque sa plus haute préoccupation consiste à vouloir étre ce qu'il doit étre, c'est-à-dire un homme tout bonnement. Cela n'est ni aussi facile ni aussi impossible qu'on pourrait se l'imaginer. Au fond cela consiste à mettre ses aspirations et ses actes d'accord avec la loi même de notre être et par conséquent avec l'intention éternelle qui a voulu que nous soyons. Qu'une fleur soit une fleur, une hirondelle une hirondelle, un rocher un rocher et qu'un homme soit un homme et non un renard, un lièvre, un oiseau de proie ou un pourceau, tout est là. Nous voici donc amenés à formuler l'idéal pratique de l'homme. Dans toute vie nous observons une certaine quantité de forces et de substances associées pour un but. Des matériaux plus ou moins bruts y sont transformés et portés à un degré supérieur d'organisation. Il n'en est pas autrement pour la vie des hommes.
L'idéal humain consisterait ainsi à transformer la vie en biens plus grands qu'elle-même. On peut comparer l'existence àune matière première. Ce qu'elle est, importe moins que ce qu'on en tire. Comme dans une oeuvre d'art, ce qu'on doit y apprécier, c'est ce que l'ouvrier a su y mettre. Nous apportons en naissant, des dons différents. L'un a reçu de l'or, l'autre du granit, un troisième du marbre et la plupart du bois ou de l'argile. Notre tâche consiste à façonner ces matières. Chacun sait qu'on peut gâter la substance la plus précieuse, mais aussi qu'on peut tirer une oeuvre immortelle d'une matière sans valeur. L'art consiste à réaliser une idée permanente, dans une forme éphémère. La vie vraie consiste à réaliser les biens supérieurs qui sont la justice, l'amour, la vérité, la liberté, l'énergie morale dans notre activité journalière, quel qu'en soit d'ailleurs le lieu ou la forme extérieure. Et cette vie est possible dans les conditions sociales les plus diverses, et avec les dons naturels les plus inégaux. Ce n'est pas la fortune ou les avantages personnels, mais le parti que nous en tirons qui constitue la valeur de la vie. L'éclat n'y fait pas plus que la longueur : la qualité, voilà le principal. Est-il nécessaire de dire qu'on ne s'élève pas à ce point de vue, sans effort et sans lutte? L'esprit de simplicité n'est pas un bien dont on hérite, mais le résultat d'une conquête laborieuse.
Bien vivre, comme bien penser, c'est simplifier. Chacun sait que la science consiste à faire sortir de la somme touffue des cas divers quelques règles générales. Mais que d'obscurités et de tâtonnements pour aboutir à la découverte de ces règles! Des siècles de recherche viennent souvent se condenser en un principe qui tient dans une ligne. La vie morale en ce point présente une grande analogie avec la vie scientifique. Elle aussi commence dans une certaine confusion, s'essaie, se cherche elle-même et souvent se trompe. Mais à force d'agir et de se rendre compte de ses actes avec sincérité, l'homme arrive àmieux savoir la vie. La loi lui apparaît, et cette loi, la voici : Accomplir sa mission. Celui qui s'applique à autre chose qu'à la réalisation de ce but, perd en vivant la raison d'être de la vie. Ainsi font les égoïstes, les jouisseurs, les ambitieux. Ils consomment l'existence, comme on mange son blé en herbe. Ils l'empêchent de porter son fruit. Leurs vies sont des vies perdues.
Au contraire celui qui fait servir la vie à un bien supérieur, la sauve en la donnant. Les préceptes de morale, qui paraissent arbitraires aux regards superficiels et semblent faits pour contrarier notre ardeur de vie, n'ont en somme qu'un objectif: nous préserver du malheur d'avoir vécu inutilement. C'est pour cela qu'ils nous ramènent constamment à la même direction et qu'ils ont tous le même sens : ne gaspille pas ta vie; fais-la fructifier! Sache la donner pour l'empêcher de se perdre. En cela se résume l'expérience de l'humanité. Cette expérience, que chaque homme est obligé de refaire pour son compte, lui devient d'autant plus précieuse qu'elle lui a coûté plus cher. Eclairée par elle, sa démarche morale devient plus sûre, il a ses moyens d'orientation, sa norme intérieure à laquelle il peut tout ramener, et d'incertain, confus et compliqué qu'il était, il devient simple. Par l'influence constante de cette même loi qui grandit en lui et se vérifie tous les jours dans les faits, il se produit une transformation dans ses jugements et ses habitudes. Une fois saisi par la beauté et la grandeur de la vie vraie, par ce qu'il y a de saint et de touchant dans cette lutte de l'humanité pour la vérité, pour la justice, pour la bonté, il en garde au coeur la fascination. Et tout vient se subordonner naturellement à cette préoccupation puissante et persistante.
La hiérarchie nécessaire des pouvoirs et des forces s'organise en lui. L'essentiel commande, l'accessoire obéit, et l'ordre naît de la simplicité. On peut comparer le mécanisme de la vie intérieure à celui d'une armée. Une armée est forte par la discipline, et la discipline consiste dans le respect de l'inférieur poui le supérieur, et dans la concentration de toutes les énergies vers un même but. Aussitôt que la discipline se relâche, l'armée souffre. Il ne faut pas que le caporal commande au général. Examinez avec soin votre vie et celle des autres, celle de la société. Chaque fois que quelque chose cloche ou grince et qu'il naît des complications ou du désordre, c'est parce que le caporal a commandé au général. Là où la loi de simplicité pénètre dans les coeurs le désordre disparaît. Je désespère de jamais décrire la simplicité d'une façon digne d'elle. Toute la force du monde et toute sa beauté, toute la joie véritable, tout ce qui console 'et augmente l'espérance, tout ce qui met un peu de lumière sur nos sentiers obscurs, tout ce qui nous fait prévoir à travers nos pauvres vies quelque but sublime et quelque avenir immense, nous vient des êtres simples qui ont assigné un autre objet à leurs désirs que les satisfactions passagères de l'égoïsme et de la vanité et qui ont compris que la science de la vie consistait à savoir donner sa vie.
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