190 - La religion "trisémique" : philosophie, culture et religion

Publié le par marike.over-blog.com



Je réagis à l'article du Monde du 15 01 2009, page 12 : « En Espagne, Dieu n'existe probablement pas », avec la bataille publicitaire des autobus de Barcelone : D'un côté les athées, sous la houlette du darwiniste anglais Richard Dawkins : « Dieu n'existe probablement pas. Maintenant cesse de t'en faire et profite de ta vie. » De l'autre,  les Evangéliques ont répondu par : « Si Dieu existe, profite de la vie en Jésus-Christ ».

Je ne connais vraiment que la religion chrétienne, ce dont je peux parler, en tant que protestante libérale de tendance unitarienne.


1) La religion est aussi une philosophie optimiste et vraie


Les catholiques dans le temps accusaient les protestants de n'être que « des philosophes ». En réalité la religion sous-tend une philosophie, matérialiste ou spiritualiste : aujourd'hui elle se traduit pour moi dans les sciences de la vie par l'opposition entre darwinistes athées matérialistes et non-darwinistes. Les Darwinistes occupent momentanément le devant de la scène...mais pour combien de temps ? car le mystère demeure aussi opaque qu'avant Darwin...A peine née, la génétique montre ses failles...


Soit l'on croit que tout se termine pour nous à la mort, on ferme les yeux sur le mystère qui nous enveloppe de toutes parts (le positivisme d'Auguste Comte, puis le scientisme) et l'on vit un peu comme des animaux face à leur mangeoire, avec comme unique préoccupation celle d'assurer le toit, le vêtement et la nourriture, avec tous les plaisirs que l'on peut se procurer -malgré tout-. Notre vocation d'homme véritable se réduit à celle d'animal. L'art, toutes les productions de l'Esprit, régressent à pas de géant. Aurions-nous eu Homère, Platon, Aristote, sans une  religion ? Une morale, une justice deviennent alors uniquement utilitaires et égoïstes, pour le mieux vivre temporaire ensemble de l'espèce.


Soit l'on opte, en gros,  pour « le mystère », pour la voie de la Vérité de l'homme qui ignore pourquoi il vit et pourquoi il meurt, qui ignore même de quoi est fait, comme dirait Kant « le moindre brin d'herbe », pour l'ouverture large des avenues de l'imaginaire créatrice, vers ce qui nous dépasse ...A partir de là, l'homme peut, en effet,  se dépasser lui-même, il peut chercher, ce qui est sa vocation première face à l'animal, il peut créer pour essayer de capter ce mystère, de l'approcher de plus près...par la mystique ou par l'art véritable.


Selon que l'on opte pour telle ou telle option, nos prises de position vont être totalement différentes ; nous chercherons l'utilité à court terme pour nous-mêmes ou nous opterons pour la curiosité désintéressée, pour ce qui nous dépasse...


2) La religion est aussi une culture nourrie d'Esprit


Notre génération est privilégiée car elle a vécu les deux temps : le temps « éternel », dirais-je, qui remonte par la Mémoire aux temps les plus reculés de notre histoire humaine, aux dessins de l'homme des cavernes ou aux preuves de son ensevelissement par la société de ses semblables, à son interrogation sur la mort et sur la vie, et le temps d'après nos deux guerres mondiales où trop de penseurs et de dictateurs ont noyé nos convictions profondes, ont constaté, pris acte de notre difficulté à vaincre notre nature d'animal, alors que nous sommes les rois de la nature, au-dessus de nos compagnons inférieurs, entre ciel et terre. Nous avons honteusement voilé le ciel que nous ne pouvons atteindre, nous l'avons nié, nous nous sommes mentis à nous-mêmes, alors que notre vocation est un peu comme celle de Christophe Colomb ou celle d'Abraham..."C'est par la foi"... Nous avons fait comme les compagnons d'Ulysse, transformés en pourceaux  parce qu'ils voulaient rester près de l'enchanteresse Circé au lieu de poursuivre leur Aventure...Nous avons voulu tout oublier, notre Mémoire, notre Conscience innée, face aux animaux...


            Mais revenons à ce temps privilégié : les auteurs et les livres se bousculaient, tous plus intéressants et « nourrissants » les uns que les autres, pour notre quête personnelle... et cette quête, elle était d'abord un héritage bien et linéairement transmis. Je nous revois dans notre vie religieuse, jour après jour...C'était un bonheur de s'élever, de grandir dans ces connaissances dès l'aube de l'adolescence, ...inconsciemment ou non, pour la plus grande gloire de Dieu, car nous étions structurés, pour un chemin dont l'arrivée nous dépassait.


            Hélas, maintenant, à force de faire le tri entre les grandes œuvres qui contiennent l'Esprit, et celles qui peuvent être enseignées selon nos contemporains parce qu'elles ne le contiennent pas, on en arrive dans nos livres à une pauvreté inimaginable, et l'on « assassine Mozart » dans la merveille de l'enfant qui est devant nous, comme aurait dit Saint- Exupéry dans « Terre des Hommes ».


3) La religion est enfin ...religion


Cette religion, comme toutes les choses qui s'enracinent dans notre humanité, est mêlée d'ombres et de lumières, et le tout est de bien distinguer les deux, d'aller, dans la religion,  vers la lumière.

Pour nous, à partir de l'Evangile de Marc, par exemple, le plus ancien sans doute des Evangiles, dégageons à travers les paraboles, les symboles la figure de Jésus, posons « Jésus », un homme rempli d'Esprit. Le voilà, seul,  qui repense entièrement sa religion dans un sens plus favorable : Oui à la Loi juive (Exode XX, Le Décalogue, ou les dix commandements), celle de son enfance, de son peuple, mais Oui d'abord à l'amour et au pardon, au service d'autrui. Dieu est Amour ... Quelle invention ! quelle création ! quelle avancée ! Voilà notre chemin balisé...vers l'Eternité, car Dieu est Amour , et « le Juste  vivra par la foi ».


Mais là-dessus, que n'a-t-on pu broder, ajouter, inventer faussement, pour vaincre autrui, par volonté de pouvoir, en abusant les peuples confiants. Que de catéchismes abhérents ! que de credos restrictifs ! que d'actions criminelles ! Que de mensonges déguisés sous une apparence de savoir !


Conclusion


A nous d'ouvrir les yeux, de faire le tri, de reprendre les textes les plus anciens pour marcher de nouveau dans les pas de Jésus...A nous de construire notre propre sagesse : nul ne doit le faire pour nous. « Nathanaël, jette mon livre ! » dit André Gide. Que d'obstacles ! Que de difficultés ! Et même si nous ne savons toujours pas, au bout de notre quête, nous savons que ce n'est pas en nous bouchant le Chemin  de la Grande Aventure de l'Esprit Humain que nous marcherons avec le plus de fierté et d'intérêt sur notre route ... car le jeu adulte, c'est celui-ci, le bonheur, c'est celui-là


« Le bonheur...Quelles pauvretés faudra-t-il qu'elle fasse, elle aussi, jour après jour, pour arracher avec ses dents son petit lambeau de bonheur ? dites, à qui devra-t-elle mentir, à qui sourire, à qui se vendre ? Qui devra-t-elle laisser mourir en détournant le regard ? ...Nous sommes de ceux qui posent les questions jusqu'au bout...[1] »
 
  

[1] « Antigone » de Jean Anouilh  (1944)

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