201 - La décroissance - II - (fin)

Publié le par marike.over-blog.com

Darwin est bien dépassé, mais il est curieux que nul n'ait l'air de s'en rendre compte ...

 Serait-il possible qu'il en soit de même de la croissance ?


La ligne d'Horizon et ROCADe

 

Le mouvement qui milite pour un après-développement a jusqu'à ce jour gardé un caractère quasi-confidentiel. Il a pourtant au cours d'une histoire déjà longue, produit une littérature non négligeable et se trouve représenté dans plusieurs lieux de recherche et d'actions de par le monde.

 

Né dans les années 1960, lors de la décennie du développement, d'une réflexion critique sur les présupposés de l'économie et sur l'échec des politiques de développement, ce courant regroupe des chercheurs et des acteurs sociaux du Nord comme du Sud porteurs d'analyses et d'expériences novatrices sur le plan économique, social et culturel. Au cours des années, des liens le plus souvent informels se sont tissés entre ses diverses composantes, les expériences et les réflexions s'alimentant mutuellement. Le réseau pour l'après-développement s'inscrit ainsi dans la mouvance de l'INCAD (Réseau international pour la construction d'une alternative au développement) et se reconnaît pleinement dans la déclaration du 4 mai 1992. Il entend poursuivre et élargir le travail ainsi commencé.

 

Le réseau met au centre de son analyse la remise en cause radicale de la notion de développement, la critique du capitalisme et de la mondialisation. Il y a d'un coté ceux qui militent pour un problématique "autre" développement (ou une non moins problématique "autre" mondialisation) et ceux qui, comme nous, veulent sortir du développement et de l'économisme...

 

La construction d'une véritable société alternative à la société de marché.

 

Le grand succès du colloque de la Ligne d'horizon "Défaire le développement-refaire le monde" qui s'est tenu à l'UNESCO du 28 février au 3 mars 2002 renforce notre conviction et nos espoirs.

 

Face à la mondialisation, qui n'est que le triomphe planétaire du tout-marché, il nous faut concevoir et promouvoir une société dans laquelle les valeurs économiques ont cessé d'être centrales (ou uniques). L'économie doit être remise à sa place comme simple moyen de la vie humaine et non comme fin ultime.

 

...la prégnance de "valeurs"communes plus ou moins partagées par tous : le progrès, l'universalisme, la maîtrise de la nature, la rationalité quantifiante. Ces valeurs sur lesquelles reposent le développement, et tout particulièrement le progrès, ne correspondent pas du tout à des aspirations universelles profondes. Elles sont liées à l'histoire de l'Occident, elles recueillent peu d'écho dans les autres sociétés. En dehors des mythes qui la fondent, l'idée de développement est totalement dépourvue de sens et les pratiques qui lui sont liées sont rigoureusement impossibles parce qu'impensables et interdites.

                                                                       

Ce courant procède à une véritable "déconstruction" de la pensée économique. Sont ainsi remises en cause les notions de croissance, de pauvreté, de besoins, d'aide, etc.

Résistance et dissidence comme attitude concrète par toutes les formes d'auto-organisation alternative. Cela signifie participer à la conception et à la mise en oeuvre de sociétés conviviales.

Si le développement, en effet, n'a été que la poursuite de la colonisation par d'autres moyens, la nouvelle mondialisation, à son tour, n'est que la poursuite du développement avec d'autres moyens. Il convient donc de distinguer le développement comme mythe et le développement comme réalité historique.

On peut définir le développement réellement existant comme une entreprise visant à transformer les rapports des hommes entre eux et avec la nature en marchandises. Il s'agit d'exploiter, de mettre en valeur, de tirer profit des ressources naturelles et humaines. Entreprise agressive envers la nature comme envers les peuples, elle est bien comme la colonisation qui la précède et la mondialisation qui la poursuit, une oeuvre à la fois économique et militaire de domination et de conquête. C'est le développement réellement existant, celui qui domine la planète depuis trois siècles, qui engendre la plupart des problèmes sociaux et environnementaux actuels : exclusion, surpopulation, pauvreté, pollutions diverses, etc.

 Les antagonismes de "classes" sont largement occultés par la prégnance de "valeurs"communes plus ou moins partagées par tous : le progrès, l'universalisme, la maîtrise de la nature, la rationalité quantifiante.

 Le développement durable est la plus belle réussite dans cet art du rajeunissement des vieilles lunes.

La décroissance ne signifie pas un immobilisme conservateur. La plupart des sagesses considéraient que le bonheur se réalisait dans la satisfaction d'un nombre judicieusement limité de besoins. L'évolution et la croissance lente des sociétés anciennes s'intégraient dans une reproduction élargie bien tempérée, plus ou moins adaptée aux contraintes naturelles.

Aménager la décroissance signifie, en d'autres termes renoncer à l'imaginaire économique c'est-à-dire à la croyance que plus égale mieux.                                                                                                                                                                                                   

 

un programme en six "R" : Réévaluer, Restructurer, Redistribuer, Réduire, Réutiliser, Recycler.

 

Réévaluer, cela signifie revoir les valeurs auxquelles nous croyons et sur lesquelles nous organisons notre vie et changer celles qui doivent l'être. Restructurer, cela signifie adapter l'appareil de production et les rapports sociaux en fonction du changement des valeurs. Redistribuer s'entend de la répartition des richesses et de l'accès au patrimoine naturel. Réduire veut dire diminuer l'impact sur la biosphère de nos modes de produire et de consommer. Pour ce faire réutiliser au lieu de jeter

 

Nous ne renions pas notre appartenance à l'Occident dont le rêve progressiste nous hante. Toutefois, nous aspirons à une amélioration de la qualité de vie et non à une croissance illimitée du P. I. B. Nous réclamons la beauté des villes et des paysages, la pureté des nappes phréatiques et l'accès à de l'eau potable, la transparence des rivières et la santé des océans. Nous exigeons une amélioration de l'air que nous respirons, de la saveur des aliments que nous mangeons. Il y a encore bien des "progrès" à faire pour lutter contre l'invasion du bruit, pour accroître les espaces verts, pour préserver la faune et la flore sauvage, pour sauver le patrimoine naturel et culturel de l'humanité, sans parler des "progrès" à faire dans la démocratie. La réalisation de ce programme participe d'une certaine idéologie du progrès et suppose le recours à des techniques sophistiquées dont la plupart est encore à inventer. Il serait injuste de nous taxer de technophobes et d'antiprogressistes sous le seul prétexte que nous réclamons un "droit d'inventaire" sur le progrès et la technique. Cette revendication est un minimum pour l'exercice de la citoyenneté

 

Les objectifs principaux du réseau peuvent ainsi se résumer en quatre points :
1- Concevoir et promouvoir résistance et dissidence à la société de croissance et de développement économique.
2- Travailler à renforcer la cohérence théorique et pratique des initiatives alternatives.
3- Mettre en oeuvre de véritables sociétés autonomes et conviviales.
4- Lutter pour la décolonisation de l'imaginaire économiste dominant.

 

Mon point de vue :


Cette démarche inverse à celle que nous connaissons depuis des dizaines d'années maintenant -et plus- est nécessaire pour rétablir l'équilibre mondial et un monde écologique :

 

- soumettre la vie matérielle à la vie spirituelle : « La vraie vie est ailleurs. » (Rimbaud « Une saison en enfer)

- réduire ses désirs matériels égoïstes face aux besoins mondiaux et aux ressources limitées de la planète, ressources trop souvent gaspillées.

 

Toutefois les avancées technologiques peuvent-elles être toutes remises en cause ? Beaucoup n'aboutissent-elles pas au service de l'homme ? Jusqu'où cela va-t-il ? Où est la limite entre l'idéologie et la vision juste des choses ? « On n'arrête pas le progrès », dit-on. Quelle est la vérité de cette phrase ? Peut-être comme pour tout faut-il un juste milieu ? Peut-être, pour commencer, le développement durable n'est-il pas si mauvais que cela ?

Est-il souhaitable de revenir dans l'hémisphère Nord à la hutte de chaume et de pisé, avec des feux de bois pour se chauffer et se nourrir ?  Jusqu'où revenir en arrière ? la règle ne serait-elle pas dans ce domaine de dire : préserver les richesses de la terre et partager les richesses disponibles, qui se renouvellent, par exemple, avec tous à égalité ?  Alors, que peut-on se permettre quand on aura fait le bilan des ressources et la recension, le nombre des consommateurs ? Est-ce possible ? Comment partager ?

Mais rien n'empêche, chacun dans sa sphère, de commencer déjà cette démarche salutaire aujourd'hui.

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article