229 - Le religieux et la violence
La violence, on pourrait la définir ainsi : celle qui ne respecte pas les articles de la Déclaration des Droits de l'Homme ("Anthologie de la prose française, 1100 - 1900" , page 285, articles IV et XI)
IV...La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui...
XI ...La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme...parler, écrire, imprimer librement...
Toutefois je mets un bémol personnel : il y a la loi d'un pays qui, par définition, est imparfaite, puisqu'elle vient des hommes, et il y a celle qui est inscrite au tréfonds de notre être, celle dont l'Antigone d'Anouilh parle : celle de la Transcendance, supérieure à celle des hommes.
Dans ce cadre-là, plusieurs violences me choquent :
- Celle du colonialisme qui vient, par la force ou par les guerres, prendre ce qui ne lui appartient pas. L'échange est à sens unique. Donc il y a vol, et meurtre, direct ou indirect.
-Celle de tout fanatisme, qu'il soit religieux, scientifique ou politique (et chacun peut avoir fait en lui un peu de ces expériences, ou beaucoup, mais l'essentiel est de le reconnaître) :
Parce que l'on a été élevé dès le berceau dans une certaine forme de croyance, dans un "moule", dirions-nous, on ne tolère pas les idées, les convictions de l'autre, la liberté d'expression, de publication, jusqu'aux formes artistiques. Cela va jusqu'aux persécutions, jusqu'au meurtre. Cela appauvrit considérablement la richesse spirituelle de toute l'humanité.
- Toutefois je mets un bémol :
Je n'aime pas l'humour facile qui ridiculise gratuitement autrui, ses convictions. Cela ne va pas jusqu'en justice, pour moi, mais je désapprouve. Cela tient du respect dû à tout homme
-Il y a pourtant un humour sain, qui, sous le rire, critique avec justesse les éléments d'une conviction, tel Jean de La Fontaine dans sa fable « Le rat qui s'est retiré du monde » (VII, 3),
ou le « Tartuffe » de Molière.
On critique ici les défauts humains et non des personnes en particulier.Personne n'aime voir critiquer ses modèles, les personnes qu'il aime et admire, personne n'aime être personnellement critiqué, même si la critique est juste !
Pour moi, je n'aime pas l'idée de « fatwa » : tous sont appelés à tuer une seule personne. Cette « fatwa » est prononcée contre ceux qui sont extérieurs au groupe...
De même je n'aime pas chez les chrétiens catholiques l'idée d'excommunication par le pape : Nul homme, à mon sens, ne peut en priver un autre de Dieu ; seul Dieu peut le faire.
Dans les deux cas il peut s'agir d'un sentiment de faiblesse que l'on compense abusivement.
« A Dieu seul appartient la vengeance », dit la Bible.
J'en arrive à cette question :
Pourquoi, s'il doit y avoir absolument « fatwa », les autorités de l'Islam ne la prononcent-elles pas contre ceux qui persécutent des innocents, isolés et sans défense, dans le monde, et en première ligne des chrétiens ? (j'ai en mémoire le massacre de pères bienfaiteurs d'un village dans un monastère algérien...).
Et dans ce cas, ne peut-on comprendre la réaction des Européens face à la Turquie ? Toutes leurs libertés fondamentales, acquises très chèrement au cours des siècles (guerres de religion, protestants persécutés ou inquiétés dans les pays catholiques de 1530 à 1789, et inversement, mais moindrement, catholiques dans les pays protestants) ne sont-elles pas mises en péril, à plus ou moins long terme ? Leur religion et leur civilisation ? (chefs d'œuvre bouddhiques détruits en Afghanistan...)
Je sais qu'il y a beaucoup de bons musulmans, mais, tandis que les actes fanatiques (la revendication de l'accès aux Lieux Saints de Jérusalem s'est changé dans les Croisades en guerre coloniale, et ne parlons pas de l'Inquisition) sont pour nous, du point de vue religieux, derrière nous, après 1789, la Révolution française, ils semblent toujours être d'actualité pour les Musulmans pris dans leur ensemble...
Il y a aussi une sorte de violence très forte qui provient d'un non accomplissement de soi, d'une impasse. Pourquoi tant de jeunes garçons vivent-ils en groupes « dans la rue » aujourd'hui, au lieu d'étudier, de travailler comme leurs soeurs, pour se construire et construire le monde ? A ce sujet j'admire mon petit-fils de 11 ans qui a réclamé, avec d'autres camarades, en dernière année du primaire, à son institutrice, des devoirs du soir car ils n'en avaient pas.
Puissions-nous suivre l'exemple de Roger II, duc de Normandie, roi de Sicile, (1095 - 1154) qui, pendant 60 ans, suivi de son fils, a fait régner la paix dans son pays. Il savait 4 langues, en plus de ses langues d'origine (anglais, français ) : l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ; il était très riche et il a acheté la paix ; il a aussi fait venir des artistes et des savants arabes et chrétiens pour fonder une splendide civilisation.
Ainsi, que nous sachions faire des additions en religion et en civilisation, et non des soustractions appauvrissantes...
Je signale les articles suivants :
- Dans « Le Monde » des 26 et 27 avril 2009, page 15, l'article courageux de Mezri Haddad
- Dans « le Monde « du 28 avril 2009, p. 9, sur la « Polémique autour de Tariq Ramadan »
- Dans le blog : http://pour-que-tu-croies.blogspot.com
l'article du 2 mai 2009 « Les nouveaux martyrs ».
