228 - Le classicisme - Le 17e siècle - Corneille et Racine

Publié le par marike.over-blog.com

Ces deux auteurs sont essentiellement ceux qui ont mené notre langue française à la perfection de sa maturation.
Je ne vais pas remplacer ici  un "dictionnaire des citations", mais je vais essayer de dégager les quelques vers où, pour moi, comme pour d'autres, le génie de la langue, allié à une forte discipline d'écriture, a croisé la poésie en ses sommets.

Pierre CORNEILLE ( 1606 - 1684)



"Le reste...
Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit,
Passe une bonne part d'une si belle nuit...
Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles..." ("LE CID", Acte IV, scène 3)

(Dans les préparatifs et l'attente de l'action militaire, l'homme accède à la contemplation.)

"Elvire
Madame, quelques maux que le ciel nous envoie...
Chimène
Ne m'importune plus, laisse-moi soupirer,
Je cherche le silence et la nuit pour pleurer..." ( "LE CID", Acte III, scène 4)

(La très belle conclusion d'une scène où toute la fin du dialogue entre Rodrigue et Chimène est poétique.)

Jean RACINE (1639 - 1699)

"Pyrrhus
Me cherchiez-vous Madame ?
Un espoir si charmant me serait-il permis ?
Andromaque
Je passais jusqu'aux lieux où l'on garde mon fils.
Puisqu'une fois le jour vous souffrez que je voie
Le seul bien qui me reste et d'Hector et de Troie,
J'allais, Seigneur, pleurer un moment avec lui :
Je ne l'ai point encore embrassé aujourd'hui...

Captive, toujours triste, importune à moi-même,
Pouvez-vous souhaiter qu'Andromaque vous aime ?
"

                                                                    ANDROMAQUE, Acte I, scène 4 (L'épreuve)
 "Néron
Excité d'un désir curieux,
cette nuit je l'ai vue arriver en ces lieux,
Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes,
Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes :
Belle, sans ornements, dans le simple appareil
D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil"...

                                                                   BRITANNICUS, Acte II, scène 2 (la vision de Britannicus)
"Antiochus
Rome vous vit, Madame, arriver avec lui.
Dans l'Orient désert, quel devint mon ennui  !
Je demeurai longtemps errant dans Césarée,
Lieux charmants où mon coeur vous avait adorée..."




"Titus
Et que tout l'univers reconnaisse sans peine
Les pleurs d'un empereur et les pleurs d'une reine
Car enfin, ma princesse, il faut nous séparer...

Bérénice
Je n'écoute plus rien ; et pour jamais, adieu.
     Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence, et que le jour finisse,
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?.
.."
...
Vous êtes empereur, Seigneur, et vous pleurez !
Titus
Oui, Madame, il est vrai, je pleure, je soupire,
Je frémis...
"


                                             BERENICE, Acte I, scène 4 (la solitude)  ;  Acte IV, scène 5 ( la séparation)
"Hippolyte
Cet heureux temps n'est plus. Tout a changé de face,
Depuis que sur ces bords les Dieux ont envoyé
La fille de Minos et de Pasiphaé. (I, 1)

"Phèdre
Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent !
Quelle importune main, en formant tous ces noeuds,
A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveux ?
Tout m'afflige et me nuit, et conspire à me nuire...
...
Ariane, ma soeur, de quel amour blessée,
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée !

...
Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée :
c'est Vénus tout entière à sa proie attachée... (I, toute cette scène 3, ...)

Hippolyte à Aricie
Présente, je vous fuis ; absente, je vous trouve ;
Dans le fond des forêts votre image me suit
...
Mon arc, mes javelots, mon char, tout m'importune ;
Je ne me souviens plus des leçons de Neptune ;
Mes seuls gémissements font retentir les bois,
et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix...
(Acte II, scène 2)

Phèdre
On ne voit point deux fois le rivage des morts,
Seigneur. Puisque Thésée a vu les sombres bords,

En vain vous espérez qu'un dieu vous le renvoie ;
Et l'avare Achéron ne lâche point sa proie...
(et toute la fin de la scène) (Acte II, scène 3)

Hippolyte
Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon coeur... (Acte IV, scène 2)

Phèdre
Ils s'aimeront toujours.
Au moment que je parle, ah ! mortelle pensée !

Ils bravent la fureur d'une amante insensée... (Acte IV, scène 6)
...
Misérable ! et je vis ? et je soutiens la vue
De ce sacré soleil dont je suis descendue ?
J'ai pour aïeul le père et le maître des Dieux ;
Le ciel, tout l'univers est plein de mes aïeux.
Où me cacher ? fuyons dans la nuit infernale.
Mais que dis-je ?
...(Acte IV, scène 6)

                                                                                PHEDRE
"Esther
O mon souverain Roi !
Me voici donc tremblante et seule devant toi...




Assuérus
Croyez-moi, chère Esther, ce sceptre, cet empire,
Et ces profonds respects que la terreur inspire,
A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur,
Et fatiguent souvent leur triste possesseur.
Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce
Qui me charme toujours et jamais ne me lasse.
De l'aimable vertu doux et puissants attraits !
Tout respire en Esther l'innocence et la paix.
Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres,
Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres..
.

                                                                               ESTHER, Acte I, scène 4 (La supplique de la reine à Dieu) ;
Acte II, scène 7 (Assuérus rassure Esther, car toute visite, qui n'est pas commandée est punie de mort. )

Un songe (me devrais-je inquiéter d'un songe ?)
Entretient dans mon coeur un chagrin qui le ronge.
Je l'évite partout, partout il me poursuit.
C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit.
Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée,
Comme au jour de sa mort pompeusement parée.
Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté ;
Meme elle avait encore cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage
Pour réparer des ans l'irréparable outrage...

                                                                               ATHALIE, Acte II, scène 5 : (le songe)




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Publié dans mon carnet de poésie

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