231 - Lecture de « l’Institution de la religion chrétienne ». J. Calvin
231 - lecture de « l’institution de la religion chrétienne », modernisée, de jean calvin (1509 – 1564)
La première édition latine date de 1536 ; elles se succèdent ensuite en 1539 et en 41 (première édition française), le livre est alors interdit, mais les éditions se succèdent toujours : 1543, 1545, française et latine, 1550, 1553, fr. et lat. , 1554, fr et lat., 1559, traduite en 1560, base de cette édition.
j’alterne, comme vous avez pu le constater, les articles de société avec ceux de mon « Carnet de poésie ».
Je me suis lançée : j’ai acheté la toute nouvelle édition de « L’Institution chrétienne » de Calvin, en français moderne, aux éditions Kerygma et Excelsis, avec toutes les craintes attachées à sa réputation en France, aux préjugés peut-être, sans doute,…et puisqu’il faut tout découvrir librement par soi-même… allons-y !
Evidemment, qui nous refera, à nous, le peuple inculte, une « Institution de la religion chrétienne » pour aujourd’hui, libérée de toutes contraintes ? Qui aura le courage, la culture, les langues anciennes nécessaires, l’exégèse… et la foi ? en attendant, nous sommes bien obligés de revenir à notre Calvin…
Pour commencer, une très agréable surprise : la police d’écriture est bien choisie, assez grande, et le style semble respecter le beau style de Calvin, tout en le modernisant complètement. La lecture, au début tout au moins, ne me semble pas difficile du tout ; les premières pages sont en accord avec moi-même. En résumé : un plaisir.
« L’épître au Roi » m’intéresse. « Le témoignage des Pères », en particulier, car, d’une part, il montre la grande culture de l’auteur, et, d’autre part, il montre combien les Pères de l’Eglise se contredisent sur plusieurs points. En voici un exemple, dont la tournure des phrase est répétée plusieurs fois (ce qui est en italique montre les formules qui se répètent dans l’argumentation) :
« C’est aussi un Père qui a dit que la substance et la nature du pain et du vin demeurent* dans le sacrement de la Cène, comme la nature humaine demeure présente en son essence divine en notre Seigneur Jésus-Christ. Ils ne tiennent pas compte de cette limite lorsqu’ils font croire qu'immédiatement après que ces paroles ont été récitées, la substance du pain et du vin est anéantie*.
*c'est moi qui souligne
Premier livre
Centré sur Dieu, comme sur l’Ecriture, et Calvin y traite aussi des 3 Personnes de la Trinité (chap. 13. 1 chapitre sur 18).
Remarques jusqu’à la page 30 (chapitres 1 à 5)
« Un personnage de Plutarque argumente très bien en affirmant que si on ôte la religion de la vie des hommes, non seulement ils ne se distingueront pas des bêtes sauvages, mais seront beaucoup plus misérables qu’elles, car étant sujets à bien des misères, ils mèneront, avec souci et angoisse, une vie pleine de trouble et d’inquiétude. » (p. 11)
Pour appuyer ses dires (p. 16) :
« Dieu a imprimé en ses œuvres certaines marques de sa gloire si claires et si évidentes que toute excuse d’ignorance est ôtée aux humains, même les plus incultes et les moins intelligents. »
Le rappel du Psaume 104, versets 2 à 4 :
« L’Eternel s’enveloppe de lumière comme d’un manteau ; il déploie les cieux comme une tente, demeure inaccessible qu’il construit au-dessus des eaux. Les nuages lui servent de char ; il s’avance sur les ailes des vents ; de leur souffle il fait ses messagers, des éclairs ses serviteurs. »
Paul , après avoir montré que Dieu peut être trouvé, même en tâtonnant comme des aveugles, ajoute qu’il ne faut pas le chercher loin, car chacun perçoit en lui –même la grâce céleste qui nous vivifie tous :
Actes 17, v. 27-28) :
« Il a voulu qu’ils le cherchent, et s’efforcent de le trouver comme à tâtons, bien qu’en réalité il ne soit pas loin de chacun de nous. Car c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être, comme l’ont dit quelques uns de vos poètes… »
Page 19, Calvin condamne les Epicuriens comme on peut aujourd’hui condamner les matérialistes darwiniens :
De telles personnes ne diront pas que c’est par hasard qu’elles se distinguent des bêtes sauvages, en faisant de la nature un voile, elles la constituent « ouvrière et maîtresse » de toutes choses et mettent Dieu à l’écart. ..La nature supplante Dieu. ..Les épicuriens… s’imaginent que tout provient de petites particules, semblables à une menue poussière. Celles-ci volent en l’air, et, par hasard, se rencontrent mais ( pour faire le travail de la digestion ; elles sont à l’origine de toutes les fonctions du corps)…comme s’il y avait trois ou quatre cents âmes pour diriger un seul corps.
Et Calvin continue à la page suivante toute sa réflexion, étonnamment moderne par ses préoccupations, en rappelant ces autres fonctions humaines d’un autre ordre : l’intelligence, la mémoire, l’imagination, les possibilités créatrices de l’homme, le rêve constructeur…Il reproche donc à l’homme de ne pas reconnaître que c’est Dieu qui est à l’origine de tout cela, et le Jugement Dernier n’est que le prolongement de notre capacité à discerner le bien du mal. (p. 20)
Calvin conclut la partie 5 du livre I, chapitre V, en disant : Il est mauvais et pernicieux…de confondre la majesté de Dieu avec la réalité inférieure de ses œuvres.
Puis Calvin ne parle de la puissance de Dieu qu’en regardant uniquement la grandeur de la création de l’univers.
Pour la justice de Dieu : S’il laisse beaucoup de personnes impunies, c’est le signe qu’un jugement dernier leur est réservé.
Pour Calvin, la Providence de Dieu est entière, et il n’envisage pas, par exemple, comme Voltaire le fera dans Le désastre de Lisbonne, en 1756, les malheurs provenant d’un tremblement de terre.
Je retiens à la fin de la partie 11 de ce même chapitre une anecdote :
Certains louent la réponse d’un poète païen nommé Simonide qui, étant interrogé par le roi Hiéron sur qui était Dieu, demanda le délai d’un l jour pour y réfléchir. Puis il demanda à doubler le délai…plusieurs prolongations… Il répondit finalement que plus il appliquait son esprit à la question, plus il trouvait la chose obscure.
Calvin en conclut que, si les hommes ne sont enseignés que par la nature, ils ne sauront jamais rien de certain…
Seule donc la foi (partie 13 de ce même chapitre), et nous assistons alors à un beau passage de style :
Voilà comment les belles lampes allumées sur le bâtiment du monde ne nous éclairent pas assez pour nous faire voir la gloire de Dieu, car elles nous entourent de leurs rayons, mais elles ne peuvent pas nous conduire sur le droit chemin. Certes, elles émettent quelques étincelles mais elles s’éteignent avant de fournir une clarté durable. C’est pourquoi l’apôtre, après avoir dit que le monde est comme une image ou une représentation des choses invisibles, ajoute aussitôt que c’est par la foi qu’on comprend qu’il a été formé et agencé si bien par la Parole de Dieu
(Hébreux 11. v. 3)
Mes appréciations négatives ou positives jusqu’ici :
- Face au problème du Mal -à propos de la Puissance et de la Providence de Dieu, de sa justice, où il renvoie au Jugement Dernier- sa vision n’est pas globale ; elle est justifiée par la foi…,.
- Il est souvent très sûr de lui dans sa démarche.
Mais une grande partie de ses réflexions interrogent et nourrissent encore l’âme de nos jours.
- Il met heureusement en relief plusieurs citations bibliques, en particulier des Psaumes, et les commente.
-On pourrait parfois le percevoir, par son allure cultivée, comme un Montaigne faisant l’apologie du christianisme ; toutefois son style, souvent beau, est plus aisé, moins rugueux, si l’on peut dire...
