237 - « L'Institution de la religion chrétienne » J. Calvin - 5 - Dieu, la Création, les anges

Publié le par marike.over-blog.com

20 05 09

 

1 - le Dieu créateur


A la suite d'Esaïe (40.21), Calvin nous dit qu'il est nécessaire de bien faire la différence entre les faux dieux et le vrai Dieu.


C'est pourquoi Dieu a chargé Moïse de raconter l'histoire de la création pour servir de fondement à la foi de l'Eglise...


Aujourd'hui  nous voyons bien, à la fois que cette histoire est mythique, car Moïse, comme homme,  ne peut avoir la mémoire de temps aussi reculés, mais à la fois que cette histoire nous fait réfléchir sur notre destin. Calvin lui-même le dit un peu plus loin :

 

Rappelons-nous que Dieu est invisible, que sa sagesse, sa puissance et sa justice sont incompréhensibles et que c'est lui qui nous a donné l'histoire racontée par Moïse, afin qu'elle soit pour nous comme un miroir dans lequel se reflète son image...

Une fois que le commencement du monde est connu, l'éternité de Dieu a plus d'éclat et elle suscite en nous de l'admiration pour le Créateur...


En réalité, cela dirige nos yeux vers ces lointains horizons et arrête notre esprit sur tout ce qui a été créé dans l'univers, selon un certain ordre logique, et par étapes dans le temps ; en effet, par exemple, il faut bien que le ciel et la terre soient créés avant que l'homme ne le soit. On peut donc considérer ce début de la Genèse comme une magnifique œuvre d'art, au même titre que « La Création » de Haydn ou que les peintures dites naïves, comme celles du Douanier-Rousseau (Henri Rousseau 1844 - 1910).

 

C'est aussi une tentative d'expliquer mythiquement l'intériorité de l'homme (Le paradis terrestre, le paradis perdu, la vie et la mort). L'homme apparaît entre 3 et 5 millions d'années (Ma) : Calvin est loin du compte : « Dieu a commencé à se mettre à  l'œuvre il y a à peine six mille ans... », dit-il. (p. 115).

 

De plus, Calvin rappelle la pensée d'Augustin : « soulever la question de l'infinité des temps est aussi fou et absurde que de se demander pourquoi la grandeur de l'espace n'est pas, elle aussi, infinie... » On voit combien la science a fait avancer les mentalités aujourd'hui, mais c'est l'imagination de Pascal, dans « Les deux infinis », qui nous fait percevoir le mieux littérairement la notion d'infini.

 


2 - Les Anges  

 

A propos des anges, je m'efforcerai de garder la réserve que Dieu demande, afin de ne pas troubler la foi des lecteurs en nous livrant à plus de spéculations que nécessaire...Les anges sont ministres de Dieu et chargés d'accomplir ce qu'il leur commande ; ils sont, sans aucun doute, des créatures (Psaume 103. 20-22)

 

Calvin donne deux règles : 1) pour connaître les choses obscures, l'humilité et la réserve sont de mise, et le faire à partir de la Parole de Dieu.
2) Chercher dans l'Ecriture ce qui édifie et ne pas chercher à satisfaire une vaine curiosité. (p. 118)

 

Calvin traite de « fable » « La hiérarchie céleste », du 6e s.,  du Pseudo-Denys l'Aéropagite, et ne veut tourner ses yeux pour parler des anges que vers l'Ecriture.


Voici donc ce qu'il nous rappelle à leur propos :

Ils sont des « Messagers » de Dieu ; regroupés en « armée » (Luc 2.13), ils le servent, et reflètent, autour de son trône,  sa gloire ( (Daniel 7.10), son autorité, sa puissance,sa hiérarchie ( Colossiens I, 16 ; Ephésiens 1.21 ; I Corinthiens, 15.24)


Il arrive même qu'ils soient désignés par le terme de « dieux », puisque, d'une certaine manière, ils nous présentent l'image de Dieu comme dans un miroir...Le même honneur est fait aux rois et aux princes (Psaume 82.6)

 

De là à ce que Calvin fasse dire à l'Ecriture ce qu'elle ne dit pas, il n'y a qu'un pas, vite franchi ci-dessous, malgré tous ses beaux principes (et il n'y a pas que lui, c'est toute l'Eglise chrétienne, rappelons-le, afin qu'on n'en profite pas pour noircir Calvin un peu plus par rapport à tous les autres ; le mérite de Calvin a été, tout à fait vainement, d'essayer de s'en tenir à l'Ecriture (l'Ancien et le Nouveau Testament) pour prouver ses dires [1]  :

 

Ce qu'ont écrit les docteurs anciens me plaît bien, à savoir que, lorsque l'Ecriture fait mention de l'ange de l'Eternel qui est apparu à Abraham ou à Jacob ou à quelque autre, il s'agit de Jésus-Christ (Genèse 18.1 ; 32.31 ; Josué 5.14 ; Juges 6.12 ; 13.22)


On peut comprendre l'indignation juive -que je suppose- face à cette énorme extrapolation dans l'Ancien Testament ! ...et Calvin va encore citer bien d'autres textes de l'Ancien Testament à ce sujet ! On ne doit pas faire dire aux textes plus qu'ils ne disent...et l'Ancien Testament -la bible juive- est bien antérieur au Nouveau.

 

Les Anges sont aussi nos « anges gardiens » -bien qu'il soit discutable que chacun ait le sien, dit Calvin- tout au long de l'Ancien Testament, et, dans le Nouveau, ils sont présents auprès de Jésus lors de sa tentation (Mt 4.11), au Mont des Oliviers (Lc 22,43), auprès des saintes femmes à la Résurrection, et après, auprès des disciples (Mt.28.5-7 ; Lc 24.4 ; actes 1.10). 

 

Quant aux précisions à propos des anges...seules sont bibliques, selon Calvin :
-les noms de Michel et de Gabriel (Raphaël, dans l'histoire de Tobie 12 ?)
-Ils sont en très grand nombre (plusieurs « chariots », « myriades »,  « légions », « multitude », selon l'Ecriture)
-leurs ailes symbolisent leur rapidité à servir, « car les esprits n'ont pas de visibilité comme les corps ».
-Les élus seront semblables à des anges, après la Résurrection, nous dit Matthieu (22.30) ; Jésus-Christ, lui-même, Médiateur, est nommé ange.
-Ils rassurent les hommes (le prophète Elisée, dans 2 Rois 6.17)

 

Mais Calvin prévient : La tentation dans la superstition est d'adorer les anges, intermédiaires entre Dieu et nous. Il met à part Jésus-Christ (puisque, d'après lui, il est Dieu). Et Calvin de citer Paul à ce sujet (Colossiens I. 16-20) : Pour Paul, Jésus est le premier ange créé ; les autres ont été créés en lui pour lui et par lui ...Evidemment, les avancées de l'idée : « Jésus-Christ Dieu » qui, quoique l'on en dise, diminuent l'idée d'un Dieu unique, affaiblissent les racines du monothéisme, et s'étendent loin et vite ! 

 

Veuillez m'excuser, lecteurs chrétiens, si je peux vous choquer par mes propos unitariens, mais ma raison , bien que limitée, se porte à ces frontières... Merci d'avance de tous vos commentaires pour éclairer le débat (le sacerdoce universel).

 

 

 



[1] Comment date-t-on les différents livres du Nouveau Testament ? Selon la nouvelle bible d'étude Segond  de 2002, avec plus de 4000 manuscrits très incomplets, font référence les grands manuscrits des IV et Ve siècles (Sinaïticus, Vaticanus, Alexandrinus). « Un ensemble va peu à peu se constituer, commençant peut-être par une collection des épîtres attribuées à Paul (Col 4.16 ; cf 1Th. 5.27), puis par un recueil des Evangiles synoptiques ; ceux-ci figurent, en effet, sur les toutes premières listes des livres à lire en église. Quelques livres comme l'épître aux Hébreux et l'Apocalypse de Jean tarderont à être admis par certaines églises,  mais la table des matières du Nouveau Testament sera universellement reconnue à la fin du IVe siècle. » J'ajoute que l'Evangile de Jean, daté d'après 70, vers 85, est le plus tardif et tardivement accepté. On date l'Evangile de Marc, peut-être le premier,  entre 64 et 70.

 

 

 

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