238 - Poésie. Le XVIIIe siècle et les saisons de la vie.

Publié le par marike.over-blog.com

Ce siècle a surtout donné naissance à des philosophes, non à des poètes. Le traumatisme de la Révolution française, et de la guillotine qui l'accompagne, marque les poètes.

Le fabuliste Jean-Pierre Claris de Florian (1755 - 1794), de famille noble, sera emprisonné en 1794,  mais, libéré, il mourra sans doute des suites de sa  détention.  La fable ci-dessous n'offre-t-elle pas un écho de ces temps troublés ?

Le Grillon

Un pauvre petit grillon
Caché dans l'herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie
L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs
L'azur, le pourpre et l'or éclataient sur ses ailes.
Jeune, beau, petit-maître, il court de fleur en fleur,
Prenant et quittant les plus belles.
Ah! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents! dame Nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien.
Je n'ai point de talent, encor moins de figure;
Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici bas!
Autant voudrait n'exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d'enfants.
Aussitôt les voilà courant
Après le papillon dont ils ont tous envie:
Chapeau, mouchoirs bonnets, servent à l'attraper.
L'insecte cherche vainement à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps;
Un troisième survient, et le prend par la tête:
Il ne fallait pas tant d'efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh! oh! dit le grillon, je ne suis pas fâché;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde!
Pour vivre heureux, vivons cachés.

                        ***

André Chénier (1762 - 1794), lui, mourra sur l'échafaud. Dans ses  oeuvres les plus célèbres : « La jeune captive », « La jeune Tarentine », « Néaere » il raconte des destins brisés par la mort.

Ici nous vous présentons un extrait d'un poème moins connu qui évoque la vie d'Homère, car André Chénier s'intéressait beaucoup à la civilisation grecque de l'Antiquité :
L'Aveugle

« - Dieu dont l'arc est d'argent, dieu de Claros, écoute ;
O Sminthée-Apollon, je périrai sans doute,
Si tu ne sers de guide à cet aveugle errant. »
C'est ainsi qu'achevait l'aveugles en soupirant,
Et près des bois marchait, faible, et sur une pierre
S'asseyait. Trois pasteurs, enfants de cette terre,
Le suivaient, accourus aux abois turbulents
Des molosses, gardiens de leurs troupeaux bêlants.
Ils avaient, retenant leur fureur indiscrète,
Protégé du vieillard la faiblesse inquiète ;
Ils l'écoutaient de loin, et s'approchant de lui :
« - Quel est ce vieillard blanc, aveugle et sans appui ?
Serait-ce un habitant de l'empire céleste ?
Ses traits sont grands et fiers ; de sa ceinture agreste
Pend une lyre informe, et les sons de sa voix
Émeuvent l'air et l'onde et le ciel et les bois. »
Mais il entend leurs pas, prête l'oreille, espère,
Se trouble, et tend déjà les mains à la prière.
« - Ne crains point, disent-ils, malheureux étranger,
(Si plutôt, sous un corps terrestre et passager,
Tu n'es point quelque dieu protecteur de la Grèce,
Tant une grâce auguste ennoblit ta vieillesse !)
Si tu n'es qu'un mortel, vieillard infortuné,
Les humains près de qui les flots t'ont amené
Aux mortels malheureux n'apportent point d'injures.
Les destins n'ont jamais de faveurs qui soient pures.


Ta voix noble et touchante est un bienfait des dieux ;
Mais aux clartés du jour ils ont fermé tes yeux... »

                                     ***

André Chénier est un jeune contemporain de

J. J. Rousseau (1712 - 1778) : il a 16 ans à la mort de Jean-Jacques, qui annonce, par certains aspects de son œuvre, le romantisme. La lettre ci-dessous, dont je présente le très célèbre extrait, est écrite l'année de sa naissance.

Ainsi le philosophe se révèle poète dans sa

Troisième lettre à M. de Malesherbes

A Montmorency, le 26 janvier 1762

...J'allais alors d'un pas plus tranquille chercher quelque lieu sauvage dans la forêt, quelque lieu désert où rien remontrant la main des hommes n'annonçât la servitude et la domination, quelque asile où je pusse croire avoir pénétré le premier et où nul tiers importun ne vînt s'interposer entre la nature et moi. C'était là qu'elle semblait déployer à mes yeux une magnificence toujours nouvelle. L'or des genêts et la pourpre des bruyères frappaient mes yeux d'un luxe qui touchait mon cœur, la majesté des arbres qui me couvraient de leur ombre, la délicatesse des arbustes qui m'environnaient, l'étonnante variété des herbes et des fleurs que je foulais sous mes pieds tenaient mon esprit dans une alternative continuelle d'observation et d'admiration : le concours de tant d'objets intéressants qui se disputaient mon attention, m'attirant sans cesse de l'un à l'autre, favorisait mon humeur rêveuse et paresseuse, et me faisait souvent redire en moi-même : "Non, Salomon dans toute sa gloire ne fut jamais vêtu comme l'un d'eux...

***

Et enfin pour finir, une comptine de mon invention, ce 21 05 09 :

La ronde des jours et du soleil

Lundi, il fait gris,
Mardi, c'est la pluie,
Mercredi, c'est pire,
Jeudi, c'est l'orage,
Vendredi, tournons la page,
Samedi, pour finir,
Dimanche, ah le joli temps !

_____________________________
*Présentation : Certifiée en Lettres, auteur, chrétienne unitarienne [je crois que Jésus est homme, comme dans les Evangiles, non Dieu (Jean 10. 31 à 38), et, s'il a une part divine, c'est comme Moïse* ou Aristote, un peu plus que chez tout homme...], voici sans doute la première école du dimanche biblique chrétienne française entièrement sur la toile, avec, quand cela s'y prête, un regard parallèle sur les arts et sur la grande littérature française. Elle se compose d’une série d’articles (1 par dimanche, par semaine ?) ; mon projet est la présentation de textes bibliques de premier plan, commentés. Elle est en cours d'élaboration. Merci de vos suggestions, commentaires, corrections ...
*de Moïse : Exode 20 ; Lévit. 19. 17-18 ; Deut. 6. 4-5.
Textes essentiels suivis par Jésus : Marc 12. 28 à 31. Matthieu 5. 17

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Le premier article :
809. La Genèse. Chap. 1 à 3. Les 2 Grands Commandements : Marc 12. 28-31.  Commentaire. (07 09 2017)  
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Fin des articles de la Première partie de « L’école du dimanche » :
887. Conclusion  de la première partie de l’école du dimanche biblique (surtout le Second Testament) jusqu’à l’article 886 
http://marike.over-blog.com/18/03/887.bilan-lecture-bible-jusqu-a-l-article-886.html

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Publié dans mon carnet de poésie

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