251 - Jean Calvin. "L'Institution...". Le libre-arbitre, toujours, encore ...

Publié le par marike.over-blog.com

25 06 09

 

251 - Jean Calvin. « L'Institution ... » . Toujours et encore le libre-arbitre....

 

II,5

 

Décidément Calvin n'arrive pas à liquider cette question ! Et donc nous avec lui ! A mes yeux bien sûr, il nous embarque dans un si grand nombre d'arguments « pour »  (Pélage et d'autres) et d'arguments « contre » (Augustin et lui) que nous y perdons notre latin.

 

Selon Calvin, l'homme est créature de Dieu, donc il est dépendant de lui, il reçoit tout de lui, et il est bien impertinent de vouloir avoir sa propre démarche vers le bien : depuis le péché originel, toute sa descendance est corrompue et il ne peut vouloir que le mal, il ne peut faire que le mal, s'il ne reçoit l'Esprit, la grâce de Dieu. Mais  si l'homme n'a rien à dire, n'a rien à voir dans sa propre démarche, si Dieu (ou Satan) le sauve comme il le damne, à sa guise, il est comme une pierre manipulée par Dieu, comme un Pinocchio de bois dans les mains de son Fabricateur Souverain, comme aurait dit La Fontaine... et ceci, Calvin ne le reconnaît pas.

 

Comment nous sentons-nous, nous hommes et femmes ? Nous sommes habités de désirs, de convoitises, d'envies, de passions, de jalousies, que nous ne réfrénons pas vraiment, et là est la vision bouddhiste du désir qui nous tire vers le néant. Nos connaissances sont toujours incomplètes, ce qui  nous donne beaucoup de préjugés et des vues fausses des réalités qui nous entourent. Notre inconscient nous joue aussi des tours, nous accompagne sans cesse et nous fait agir comme nous ne le voulons pas ; il nous surprend à chaque pas. Notre spontanéité aussi, face à la prudence. Nous voulons donc le bien et nous ne le pouvons pas, comme aurait dit Pascal. Mais, quand tout cela ne nous tire pas vers le bas, nous avons quelques éclaircies, quelques moments « de grâce », comme nous disons, et il nous semble alors que, avec notre propre raison, nous marchons droit.

 

Comment interpréter cette réalité, cette vie de tous les jours ?  comme mon mari est philosophe des sciences, j'ai entendu parler de la physique quantique et du chat de Shroedinger, dont la caractéristique est d'être à la fois mort et vivant.

Notre condition humaine ne pourrait-elle pas ressembler un peu à cela ? Apparemment nous sommes libres ; notre volonté s'exerce ; nous sommes créés à l'image de Dieu ; nous avons notre propre démarche ; nous pouvons refuser ou accepter Dieu, quand il se présente à nous,  notre fierté est sauve.

Et pourtant nous semblons être uniquement le théâtre de la lutte entre Dieu et Satan, Dieu, qui aura le dernier mot quand même, selon la Bible.  Plus que cela, c'est Dieu, notre Père à tous, qui semble, selon son bon plaisir, rejeter une grande partie de ses enfants -les donner à Satan- pour préserver totalement son « petit nombre d'élus » -Et sa « toute-puissance- ?  Il y a quand même quelque chose de révoltant dans cette idée, vous l'avouerez, et je dois vous entraîner dans ma raison viciée par le péché originel...

 

JE N'ARRIVE DONC PAS A CONCLURE ce qui, vous l'avouerez, n'est pas étonnant !...sauf par le chat de Shroedinger, dont je viens de parler.

 

Pour y voir plus clair, j'ai séparé les arguments en faveur des Pélagiens et ceux en faveur d'Augustin/Calvin. Quelques citations tirées de ce chapitre :

 

1) les pélagiens :

Leur premier argument est celui-ci : si le péché est de nécessité, il n'est plus péché. S'il est volontaire, il peut être évité.

 

La thèse des Pélagiens - tout ce qui se fait volontairement peut être fait librement - n'est pas valable.

 

Pourquoi les pélagiens  n'indiquent-ils pas au Seigneur de ne pas se fatiguer à exiger des hommes ce que lui seul peut leur donner, à les reprendre à cause de ce qu'ils font puisqu'il leur manque la grâce ? Pourquoi ne font-ils pas observer à Paul que Dieu doit pardonner à ceux qui n'ont pas la capacité de vouloir le bien ou de l'accomplir, sauf par sa miséricorde, laquelle leur manque quand ils trébuchent ? Toutes ces folies n'ont aucun sens puisque la vérité de Dieu est établie avec tant de clarté que ceux qui la recherchent avec ferveur la trouvent.

 

Je trouve une contradiction dans ce propos, à la dernière phrase : ou l'homme est prédestiné, et Dieu l'éclaire sans qu'il ait besoin de le « chercher avec ferveur », selon I Corinthiens 3.7 : 

Celui qui plante n'est rien ; celui qui arrose n'est rien. Seul Dieu compte, lui qui fait croître. 

ou l'homme par son action volontaire arrive à Dieu.


Car ceux qui veulent montrer qu'il serait absurde que l'observation des commandements soit impossible à l'homme, avancent un argument très faible : autrement la Loi aurait été donnée en vain.

 

Les partisans du libre-arbitre les plus fins et les plus rusés discutent des témoignages qui n'empêchent pas, comme ils disent, de joindre nos forces à la grâce de Dieu qui, ainsi, aide notre faiblesse.

 

Revenez à moi et je reviendrai à vous (Zacharie 1. 3).

 

p. 268 - 10 2°)

 

Dieu semble faire un pacte avec notre volonté :

 

Recherchez le bien et non le mal, afin que vous viviez ( Amos 5.14)

Si tu ôtes tes abominations de ma présence, tu ne seras point chassé.  (Jérémie 4.1)

Si tu obéis à la voix de l'Eternel ton Dieu, en observant et en mettant en pratique tous ses commandements, il fera de toi le peuple le meilleur de la terre.  ( Deutéronome 28.1 sqq)

 

Par ses préceptes, le Seigneur pique et réveille les consciences des méchants, afin qu'ils ne se complaisent pas dans leurs péchés et comptent sur le laxisme de son jugement.

 

3°) Dans maints passages, Dieu dit au peuple d'Israël que c'est de sa propre faute s'il n'a pas reçu toute bonne chose de sa miséricorde : Nombres 14.43 ; Jérémie 7.13-14 ; 7.28 ;

 

Ils n'ont pas fait tout ce que tu leur avais ordonné de faire. Et c'est alors que tu as fait venir sur eux tout ce malheur. (Jérémie, 32.23)

 

Si nous n'avons pas obéi au Seigneur ...c'est parce que nous n'étions pas libres, nous qui sommes captifs du péché.  Il n'était pas en notre pouvoir d'éviter le mal. ..qu'ils me disent donc s'ils peuvent nier que la cause de leur obstination n'a pas été leur volonté perverse.  S'ils trouvent la source du mal en eux, pourquoi tâchent-ils d'en trouver la cause ailleurs... ?

 

Le commandement que je te prescris aujourd'hui n'est pas au-dessus de tes forces  ni hors de ta portée. Il n'est pas dans le ciel...il est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu le mettes en pratique... (Deutéronome 30. 11-14)

 

p. 274.

Si les péchés nous sont imputés, à bon droit, comme venant de nous, les œuvres bonnes doivent aussi nous être attribuées. ..Bien que la grâce de Dieu ait la force principale, de telles expressions indiquent que nous avons une certaine capacité naturelle à faire le bien.

 

2) Les augustiniens

Bernard de Clairvaux : nous sommes d'autant plus misérables que la nécessité est volontaire : nous sommes asservis au péché. Notre volonté est celle de Dieu.

 

 

En ce qui concerne les punitions que Dieu donne aux mauvaises actions, je réponds qu'elles sont justes puisque la faute du péché est en nous. Car si nous péchons sous  l'effet d'un désir volontaire, peu importe que nous soyons libres ou asservis ; et cela surtout parce que l'homme est considéré comme pécheur puisqu'il est asservi au péché.

 

Augustin... : ce que Dieu couronne en nous,  ce ne sont pas nos mérites mais ses dons.

... quand Dieu te rendra la vie en récompense, il couronnera ses dons et non pas tes mérites.

Et plus loin : il récompense les grâces qu'il nous a accordées, comme s'il s'agissait de nos vertus ; car en nous les donnant, il les a faites nôtres.

 

Eliminons la folle crainte qu'il n'y ait plus de mérite  si le libre-arbitre n'est pas maintenu.

 

Paul :

Il n'y a pas de juste, pas même un seul (Romains 3.10)

Si tu as reçu toutes choses, pourquoi te glorifies-tu comme si tu ne l'avais pas reçu ? ( I Corinthiens 4-7 )

 

Dieu œuvre en nous de deux façons : au-dedans par son Esprit, au dehors par sa Parole ...

 

 

Selon Paul à quoi sert la Loi ?

Je n'ai connu le péché que par la Loi (Romains 7.7)

La loi est intervenue pour que la faute soit amplifiée (5.20)

 

Dieu nous a commandé des choses au-dessus de nos forces pour nous convaincre de notre impuissance.

 

L'Eternel ton Dieu circoncira ton cœur et le cœur de tes descendants , pour que tu aimes l'Eternel ton Dieu de tout ton cœur  et de toute ton âme, et que tu vives. (Deutéronome 30. 6)

 

Les dons gratuits qui concernent le salut ont été ôtés à l'homme après sa chute, et les dons naturels, qui ne peuvent pas le mener au salut, ont été corrompus et souillés.

 

S'il arrive qu'il fasse quelque chose qui ait l'apparence du bien, il n'en reste pas moins que son intelligence est engluée dans l'hypocrisie et l'orgueil et que son cœur est enclin à la méchanceté.

 

 

3) partie mixte dans les propos de Calvin  : augustinienne et pélagienne

 

Vous donc aussi, faites tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu... (II, Pierre, 1.5 et suivants)

En réalité, la grâce de la foi amène à la grâce de l'accomplissement.... Mais :

 

N'éteignez pas l'Esprit (I Thessaloniciens 5.19) indique que l'on a une volonté libre face à Dieu.

 

Il est pourtant assez fréquent que Dieu, par ses prophètes, dise qu'il rejettera son peuple et l'abandonnera tant qu'il ne s'amende pas. ...Ils (les prophètes) reconnaissent sans doute que la grâce de Dieu est nécessaire à la conversion de l'homme. (p. 272-273)

 

Qui est assez insensé pour penser que l'homme est poussé par Dieu, comme on jette une pierre ?...Nous disons que c'est une faculté naturelle de l'homme d'approuver, de rejeter, de vouloir, de ne pas vouloir, ...de rejeter le vrai bien, de vouloir le mal....

 

p.275

En effet, tu es conduit et tu  conduis ; et tu te conduis bien, si tu es conduit par celui qui est bon. L'esprit de Dieu, qui est à l'oeuvre en toi,  est celui qui aide ceux qui agissent. Ce mot « aide » exprime que toi aussi tu fais quelque chose. Voilà les paroles d'Augustin.

Augustin veut dire que si le vouloir est naturel, le vouloir bien est par grâce.

 

Nous avons naturellement une intelligence, une volonté et une persévérance qu'il dirige vers le bien, afin qu'il en sorte quelque chose de bon.  (p. 280)

 

Faisons le point selon Calvin : L'homme est totalement corrompu (intelligence, volonté...) depuis le péché originel : il est  asservi au péché ; il ne peut rien faire de bon sans la grâce que Dieu réserve à ses élus. Il semble que l'homme s'associe à Dieu pour bien faire en une volonté libre, mais en fait Dieu commence par lui donner la grâce de la foi, puis la grâce de la volonté bonne, puis la grâce par l'esprit de l'intelligence bonne, etc... si bien que Dieu est partout dans la conversion de l'homme élu, qui fait sa volonté.

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