275 – Lecture libre de « L’Institution de la religion chrétienne ». J.Calvin. III,2 – LA FOI (fin)
275 – Lecture libre de « L’Institution » de J. Calvin. III, 2 – LA FOI (suite et fin)
Je repars quelques pages en arrière dans le chapitre pour revenir sur le mot « promesse » de Dieu.
Le véritable fondement de la foi est la promesse gratuite de miséricorde de Dieu…La foi commence avec la promesse, s’appuie sur elle et finit en elle. (p. 512)
C’est en Lui que vous avez cru et que vous avez reçu, selon sa promesse, le sceau du Saint-Esprit qui est le gage de notre héritage, en attendant la rédemption de ceux qu’il s’est acquis pour célébrer sa gloire. (Ephésiens 1. 13-14) (p. 521)
La foi passe par le Christ et l’Evangile, ajoute Calvin ;
Le véritable objet de la foi est la promesse de miséricorde
Je n’aime pas l’idée de commerce, d’échange, de troc : j’ai la foi PARCE QUE je recevrai… En réalité la foi ne peut-elle être une récompense en elle-même ? le véritable objet de la foi ne peut-il être …la foi… ? En effet, celui qui l’a trouve un équilibre intérieur, un dynamisme, un fil à plomb directeur qui donne un axe de vie.
De même je n’aime pas le vocabulaire financier qui accompagne ce « commerce », dans deux citations des Corinthiens : « les arrhes de l’Esprit » (2 Corinthiens 1. 22 ; 5. 5) (p. 521)
La foi se dirige vers les 4 transcendantaux de Platon et d’Aristote : le vrai, le bien, le beau, l’unique…ils sont irréfutables philosophiquement …ne sont-ils pas chacun part constituante de Dieu ? Socrate, Platon, Aristote, quand ils ont trouvé cela, n’ont-ils pas été aussi grands que le Christ dans sa démarche vers Dieu, par l’Amour ? Comme Moïse et ses dix commandements ? L’homme, blessé à tout jamais par «la « chute » d’Adam, par l’incomplétude, l’imperfection qui lui est viscérale, ne retrouve-t-il pas sa noblesse en cheminant avec ses « frères supérieurs », selon Charles Wagner dans « L’Ami » (réédité récemment aux éditions Ampelos), vers ce qu’ils ont trouvé, et qui représente pour moi l’image de Dieu ? Et quelles récompenses autres que celles de ce cheminement propre qui mène naturellement vers la Lumière ?
Le pardon de Dieu n’est-il pas une expression impropre ? Nous avons été créés fragiles et faillibles dans notre propre liberté, n’était-ce pas au Père de nous protéger du Serpent ? Mais ce serpent ne nous ouvrait-il pas les yeux ? Alors nous n’avons plus été comme l’abeille téléguidée vers la ruche, comme un simple animal, nous avons volé de nos propres ailes et acquis nos lettres de noblesse d’Homme bancal, c’est à dire d’homme enfanté à la fois par le divin (ô la fierté de Dieu !) et par le malin (ô l’échec de Dieu !)…
Dans ce cas, telle est la beauté de la parabole de l’Enfant Prodigue, où la rencontre de Dieu avec l’Homme se produit à nouveau, après que tout ait été perdu. L’homme reconnaît désormais que suivre les voies du Malin, du père du mensonge, se solde par un échec, qu’il ne peut rien sans son Père, de qui tout l’essentiel procède. Le Père n’est rien sans son fils puîné : qu’a-t-il à aimer ? cet autre fils « aîné », si sûr de lui-même, qui a, comme seul amour, de la logique intéressée ?- Alors le Père se dit : A quoi me sert toute ma Création, vraiment, qui est le cadre de vie choisi pour mon fils puîné, qui vit, qui a un cœur, si ce dernier s’en va ? – Ce Père est fondu de reconnaissance envers son fils puîné qui est de retour et il lui prépare une fête magnifique.
C’est ainsi que je vois les retrouvailles de Dieu le Père avec l’Homme. Ce n’est plus alors promesse de Dieu, en sens unique, mais rencontre humble, mémoire du sentiment aigu de manque, d’échec, et joie de part et d’autre.
Ceux qui connaissent ton nom se confient en toi. (Psaumes 9. 11)
La Parole seule ne produit pas de fruit sans l’illumination du Saint-Esprit… de plus, il ne suffit pas que la compréhension soit illuminée par l’Esprit si le cœur n’est pas transformé par sa puissance... le cœur accompagné de confiance, ajoute Calvin.
Cette assurance du cœur est la partie essentielle de la foi.
Le Saint–Esprit ne se borne pas à susciter la foi, il l’augmente peu à peu (2 Timothée 1. 14)
L’Esprit est l’auteur et la cause de la foi.
L’homme naturel n’accueille pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu ; c’est pour lui une folie et il ne peut rien y comprendre, parce que c’est spirituellement qu’on en juge…et j’ajoute, pour résumer la pensée de Calvin : Nous, nous avons la pensée de Christ ! (I Corinthiens 2. 14 et 16) (Luc 24. 25-27) ( Jean 16. 12-15)
La foi est un don et une œuvre de Dieu.
Pour moi, je ne distingue guère Dieu et l’Esprit ; voici ma Trinité : Dieu est Amour, Esprit, et Vie (par ordre alphabétique) (cf. Etude des Evangiles. De Marie-Claire Weber-Lefeuvre. L’Harmattan. Coll. « Chrétiens Autrement ». 2006, p. 143. « Nouveau Credo ».)
Nous prêchons la sagesse de Dieu ( I Corinthiens 2. 7 )
Comme nous sommes animés de cet esprit de foi qui a inspiré la parole de l’Ecriture…(II Corinthiens 4. 13)
L’enseignement des théologiens sophistes est pernicieux :
…de quelle confiance serons-nous armés contre le diable, si nous pensons que Dieu ne nous est favorable que dans la mesure où nous le méritons ?…un sentiment proche du doute ou de l’ambiguïté…
Les théologiens sophistes, selon Calvin, se sont appuyés sur cette parole de la Bible :
Nul ne sait s’il est digne de haine ou d’amour (L’Ecclésiaste 9. 1)
Parole mal traduite selon Calvin, mais il n’en donne pas une autre traduction.
Voilà la traduction de la Nouvelle Bible Segond 2002 :
L’amour comme la haine, l’être humain ne les connaît pas ;
Tout est devant lui….
Et celle de la Traduction Œcuménique de la Bible 1998 :
Ni l’amour, ni la haine, l’homme ne les connaît,
Tout cela le devance.
Avec la note explicative : Si Dieu gouverne les sages et les justes, on ne peut savoir qui pratiquera ou méritera l’amour ou la haine (cf. 3. 8 : il y a un moment pour tout et un temps pour chaque chose sous le ciel… un temps pour aimer et un temps pour haïr…) ; tout peut arriver.
Pour ma part, je regarde la vocation miraculeuse et tardive de Paul, qui confirme cette parole de l’Ecclésiaste.
A partir de la « mauvaise » traduction, Calvin, une fois de plus, avance hardiment vers la foi, dans la foi, sans accepter de voir tous ceux qui n’y entreront pas, comme un guerrier qui ne ralentit pas sa marche, qui ne laisse pas entamer son dynamisme parce qu’il voit des blessés et des morts sur le champ de bataille. Ailleurs Calvin nous a pourtant bien dit d’avancer dans la crainte de Dieu ( I Corinthiens 10. 12 ; I Pierre 5. 6) ; il y a bien une incertitude sur la fin du combat de la foi...(La parabole du Semeur : Matthieu 13. 3-23). Cette incertitude est liée à l’enracinement insuffisant dans la Parole.
Nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin de savoir ce que Dieu nous a donné par grâce. (I Corinthiens 2.12 (p. 523) ; I Jean, 3. 24 ; Esaïe, 44. 3)
Les sophistes veulent que les enfants de Dieu soient conduits par leurs propres esprits, dont Dieu est absent... Les sophistes forgent un christianisme qui n’a que faire de l’Esprit de Christ.
La foi est l’assurance des choses que l’on espère, et une démonstration (au lieu de « démonstration », Segond choisit « l’attestation », et la TOB : « un moyen de connaître des réalités » ; je choisis : « l’intime connaissance ») de celles que l’on ne voit pas. (Hébreux 11. 1)
L’espérance n’est pas autre chose que l’attente des biens que la foi croit véritablement promis par Dieu :
- La foi croit que Dieu est véridique et l’espérance attend qu’il révèle, en son temps, sa vérité.
- La foi croit que Dieu est notre Père, et l’espérance attend qu’il se comporte comme tel envers nous.
- La foi croit que la vie éternelle nous est donnée et l’espérance s’attend à l’obtenir un jour.
- La foi est le fondement sur lequel l’espérance repose et l’espérance nourrit et maintient la foi.
Le premier point : « Dieu est véridique », ne comporte pas théoriquement, comme j’ai défini Dieu tout de suite par les Transcendantaux et l’amour, de difficultés pour moi ; il est déjà plus difficile de le faire vivre en imagination, comme une personne a la vie en soi, et qu’il soit notre Père. Son image évolue au cours des temps dans le cœur des hommes ; il ne devient plus le protecteur d’un seul peuple, le peuple d’Israël, comme dans l’Ancien Testament, mais de tous les hommes qu’il a choisis. Je l’imagine notre Père par la définition de son Etre, et par l’Evangile, dans les perspectives merveilleuses qu’il nous donne pour vivre ; nous participons en partie à son être puisqu’il est notre Créateur, en partie à la continuité de sa création, l’autre partie étant hélas sous le règne du mal, du mensonge, du laid, de la haine. Pour ma part je cherche à me diriger vers son règne.
Certainement le plus difficile à croire pour moi est le troisième point : « la foi croit que la vie éternelle nous est donnée… », car cette foi ne s’appuie sur aucune connaissance. Nous savons seulement par les NDE, ou expériences proches de la mort, que l’esprit vraisemblablement peut continuer à vivre hors du corps, une fois que la personne est déclarée morte, mais aux limites toutes proches de la vie, car ce sont des personnes revenues à la vie qui en ont témoigné...
En réalité, ce qui m’importe, c’est de vivre le mieux que je peux selon les préceptes des Evangiles, dans cette vie, et après…le mystère l’emporte…Seul reste l’espoir fou… « la petite Espérance » de Péguy…Je m’imagine retrouvant tous les êtres que l’on a aimés, que l’on a rencontrés, dans leur lumière et non plus dans la pesanteur de leur ombre, dans un univers de beauté, de vérité, de bonté, centré sur l’Etre unique de notre foi.
Je mets ma confiance dans l’Eternel, qui cache sa face à la maison de Jacob. (Esaïe, 8. 17)
En voyant que Dieu recommande clairement aux pécheurs d’avoir une espérance certaine de leur salut, nous nous appuyons avec force sur sa vérité. A cause de sa miséricorde, nous rejetons toute confiance en nos œuvres et nous attendons, sans le moindre doute, ce qu’il promet. Ainsi, nous découvrirons que celui qui a dit : « qu’il vous soit fait selon votre foi » (Matthieu 9. 29) ne nous trompera pas.
