293 – « L’Institution de la religion chrétienne ». III. 15. 16 Les critiques de la justification : le mérite et la foi seule
13 09 09
293 – « L’Institution de la religion chrétienne » III. 15. 16. Les critiques de la justification : le mérite et la foi seule
III. 15. le mérite
Quel besoin y avait-il, je vous le demande, de mettre en avant ce mot de « mérite » ? …Comme c’est un mot plein de prétention, il ne peut qu’obscurcir la grâce de Dieu et remplir les êtres humains d’une vaine présomption !
…Les saints n’attribuent rien à leurs mérites, mais tout à la miséricorde de Dieu.
Calvin n’est pas encore très « protestant » ici car je mettrais le mot « élus » plutôt que le mot « saints » ici. On connaît les « appelés », mais non les « choisis » par Dieu, ou « élus », la connaissance des élus étant réservée au jour du Jugement dernier.
5. en Christ seul sont le commencement et l’accomplissement de notre salut.
Voilà un paragraphe que je passe car il n’est pas conforme à mes convictions ; il suppose un tri dans ces conceptions dogmatiques où le Christ envahit tout l’espace réservé pour ma part à Dieu. Jésus est un prophète ; Jésus est le Messie spirituel, le Roi des âmes, Jésus n’est pas Dieu.
Il faut refonder le Nouveau Testament en supprimant tous les excès, pour moi légendaires, épiques, voire « publicitaires », comme lorsque, dans nos chansons de geste, comme Girart de Vienne, les héros, sur un fond historique, accomplissent des exploits surhumains pour mieux capter l’adhésion émerveillée de l’auditoire. C’est ainsi que Victor Hugo en a rajouté : dans « La Légende des siècles » (sous-titre : « Les petites épopées ») (1859) IV. Première série. Le cycle héroïque chrétien : 2. « Le mariage de Roland » présente l’épisode épique du combat entre Roland et Olivier :
…Roland sourit. - Il me suffit
De ce bâton. - Il dit, et déracine un chêne.
Sire Olivier arrache un orme dans la plaine
Et jette son épée, et Roland, plein d'ennui,
L'attaque. Il n'aimait pas qu'on vînt faire après lui
Les générosités qu'il avait déjà faites.
Plus d'épée en leurs mains, plus de casque à leurs têtes.
Ils luttent maintenant, sourds, effarés, béants,
A grands coups de troncs d'arbre, ainsi que des géants…
Si le génie poétique de Victor Hugo a pu s’égarer dans ces excès, pourquoi pas le génie religieux des premiers chrétiens, de Paul en particulier ?
Quand Jésus dit :
Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. (Luc 9. 23)
Tout est compris. Celui qui a renoncé à lui-même a déjà coupé la racine de tous ses maux : il ne cherche plus ce qui lui plaît.
Nous portons dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus se manifeste dans notre corps. (2 Corinthiens 4. 8-10)
Nous (les élus) intégrons l’exemple premier de vie de Jésus en notre intériorité pour nous rapprocher au mieux de Dieu, notre seul Seigneur et notre Père.
Le Père a ordonné que ceux qu’il a élus en Christ soient rendus « semblables à l’image de son Fils, afin qu’il soit le premier-né d’un grand nombre de frères ». (Romains 8. 29)
C’est pourquoi, frères, appliquez-vous d’autant plus à affermir votre vocation et votre élection. (II Pierre, 1. 10)
III. 16. La foi seule
Une foi vide de toute œuvre bonne est impensable comme aussi une justification qui puisse exister sans elles. Le problème central est que, bien que nous confessions que la foi et les œuvres bonnes sont nécessairement conjointes, nous situons la justice dans la foi et non pas dans les œuvres.
La suite explicative du propos (p. 730) étant dogmatique, centrée uniquement sur Jésus-Christ, je ne peux y souscrire. Il me semble que Calvin a dit précédemment que les œuvres bonnes étaient la conséquence de notre élection par Dieu : c’est parce que Dieu nous a porté à l’aimer, à voir en lui notre bien central, que nous agissons selon son cœur, à la lumière de Jésus-Christ.
Lorsqu’ils affirment que personne ne se souciera de vivre bien s’il n’espère pas une récompense, il se trompent lourdement. Car, penser que les hommes ne servent Dieu que pour un salaire à la manière des mercenaires qui vendent leurs services ne nous avance pas. Dieu veut être honoré et aimé d’une vraie affection du cœur.
Nous sommes étrangers et résidents temporaires en ce monde pour que nous aspirions aux cieux, où est notre trésor (Hébreux 11. 13-14)
Nous sommes les temples du Saint-Esprit (I Corinthiens 3. 16 ; 2 Corinthiens 6. 16)
N’auront-ils pas horreur de se vautrer dans la boue après avoir été purifiés et ainsi de troubler et d’infecter, autant qu’ils le peuvent, cette fontaine très pure, qui leur assure leur purification ?
O vous tous qui êtes altérés, venez à la source des eaux ! (Esaïe 55. 1)
(ma propre citation en échange de : « Cantique des cantiques » 5. 3, qui ne convenait pas tellement par le contexte.)